Le leader spirituel et fondateur de l'organisation extrémiste palestinienne HAMAS, le cheik Ahmed Yassin, est mort comme il le souhaitait, c'est-à-dire en martyr. Il a été tué au cours d'une opération antiterroriste menée par Israël dans la bande de Gaza. Cependant, il est patent que sa mort n'améliorera en rien la sécurité d'Israël et ne fera que provoquer une nouvelle vague de terreur palestinienne. Après son assassinat il serait vain aussi d'évoquer le processus de paix. Au cours de la période à venir pas un Palestinien ne se résignera à entrer en contact avec Israël.
Le ministère russe des Affaires étrangères a relevé que la situation qui s'était créée était "lourde d'une nouvelle vague de violence, qui pourrait réduire à néant les efforts entrepris par le "quartette de médiateurs internationaux (Russie, Etats-Unis, Union européenne et ONU) et les parties régionales clées pour relancer les pourparlers entre les Palestiniens et les Israéliens.
On ne saurait dire que la situation dans la zone du conflit palestino-israélien était bonne, seulement maintenant elle a empiré, a déclaré à RIA Novosti une source place Smolenskaïa. L'assassinat du leader spirituel du HAMAS n'apportera aucun résultat positif à Israël.
Pourquoi Ahmed Yassin a été tué? Au cours de la réunion du gouvernement israélien tenue la veille de l'assassinat, le ministre de la Défense, Shaoul Mofaz, avait déclaré que son département préparait un plan d'action qui devait affaiblir sensiblement le HAMAS avant le retrait d'Israël de la bande de Gaza. Moins de vingt-quatre heures après le plan en question avait été mis à exécution.
La disparition d'Ahmed Yassin affaiblit effectivement les positions du HAMAS, estiment les sources au ministère russe des Affaires étrangères, mais la place laissée libre par une importante formation extrémiste va être occupée par moult petits groupuscules, ce qui va accentuer le chaos déjà grand dans la région. Car il est notoire qu'il est plus facile de s'entendre avec une formation qu'avec dix. Au demeurant, à la différence de l'Europe, la Russie n'a jamais négocié avec le HAMAS et son leader. Probablement parce que Moscou ne donnait pas foi aux promesses d'Ahmed Yassin et ne pensait pas que des pourparlers avec lui puissent concourir au processus de paix.
Selon des sources informées, ces derniers temps Moscou éprouve un certain désenchantement pour le leader de l'Administration nationale palestinienne (ANP), Yasser Arafat, mais il ne le manifeste pas encore au niveau officiel. Les dirigeants russes continuent de mener des pourparlers avec lui du moment qu'il est le chef légitimement élu du peuple palestinien. Ce qui n'était pas le cas d'Ahmed Yassin en dépit de toute l'influence qu'il exerçait sur les Palestiniens.
Dans les milieux d'experts russes on n'était pas non plus enclins à prendre les propos d'Ahmed Yassin pour argent comptant. Pourtant, certains d'entre eux estiment qu'il était possible de dialoguer avec lui. Dans un entretien avec RIA Novosti Irina Zviaguelskaïa, une des spécialistes connaissant le mieux le conflit palestino-israélien, a rappelé que le leader du HAMAS avait promis il y a quelques jours que si Israël retirait ses colons des territoires occupés son mouvement mettrait un terme à la résistance armée.
Dans le même temps Ahmed Yassin avait déclaré à maintes reprises que l'islam permettait de conclure avec l'ennemi un armistice pour une période déterminée, mais interdisait de signer avec l'ennemi un accord de paix permanent. A plusieurs reprises déjà le HAMAS avait effectivement annoncé qu'il cessait le feu et les attentats contre les Israéliens, mais il n'avait jamais renoncé à mener la guerre contre les colons juifs installés dans les territoires occupés. A présent au sein du HAMAS les Israéliens ne trouveront plus personne avec qui négocier. Bien sûr, officiellement aucun pourparler n'était mené avec cette organisation étant donné qu'Isreël n'entretient aucun rapport avec les terroristes, cependant d'après certaines estimations des contacts existaient à coup sûr au niveau des services secrets. Après l'assassinat d'Ahmed Yassin il est peu probable qu'un dirigeant du HAMAS veuille converser avec Israël.
Il ne faut pas idéaliser cet homme politique, estime Irina Zviaguelskaïa, cependant il faut bien comprendre que si Yassin était en mesure de diriger les actes terroristes, il avait aussi le pouvoir de les retenir. Et comme il est peu probable qu'un autre dirigeant du HAMAS soit capable d'influer simultanément sur le choix de la tactique et de la stratégie de cette organisation, il faut s'attendre, maintenant qu'Ahmed Yassin a disparu, à la voir mener une politique plus agressive.
La situation dans la région est catastrophique aussi parce que les dirigeants israéliens ne peuvent plus négocier avec le HAMAS ni avec les responsables palestiniens, ni même avec les politiques arabes. L'assassinat d'Ahmed Yassin a suscité une trop grande colère parmi la population des pays arabes.
La personnalité du cheik Ahmed Yassin séduisait beaucoup de gens. Même chez les Palestiniens qui n'approuvaient pas les actions terroristes du HAMAS ni les tentatives faites par ce mouvement d'islamiser la Palestine, l'ascétisme de Yassin, la politique de justice sociale du HAMAS suscitaient un respect bien plus grand que le mode de vie luxueux de l'entourage de Yasser Arafat.
Il n'y a pas longtemps plusieurs groupes paramilitaires du FATH, une organisation dirigée par Yasser Arafat, ont refusé d'exécuter les ordres du chef de l'ANP et rallié le HAMAS. Il est évident que si les Israéliens se retirent de la bande de Gaza, ce que prévoit d'ailleurs le plan d'Ariel Sharon de séparation unilatérale de la Palestine, cette enclave passera entièrement sous le contrôle des membres du HAMAS.
Cela n'avait pas eu l'heur de plaire à Yasser Arafat, mais celui-ci avait dû tenir compte de l'influence dont jouissait Ahmed Yassin parmi les Palestiniens et dans le monde arabe et c'est la raison pour laquelle de temps en temps il allait lui faire des courbettes. C'est pour cela aussi qu'il n'avait jamais tenté tant soit peu sérieusement de s'opposer à l'activité du HAMAS, notamment pour l'empêcher de commettre des attentats en Israël.
La grande influence du HAMAS dans la bande de Gaza était vue d'un mauvais oeil aussi en Egypte qui depuis de nombreuses années a maille à partir avec ses propres groupes islamistes. Tant que la frontière du côté de Gaza était gardée par les Israéliens, l'Egypte était tranquille. Seulement Israël a récemment proposé d'instituer un contrôle égyptien dans la bande de Gaza. Seulement le président de la République Arabe d'Egypte, Hosni Moubarak, n'a aucun intérêt à assumer la responsabilité de ce qui se passe dans la bande de Gaza du moment qu'il est évident qu'aucun dirigeant arabe ne pourrait officiellement s'opposer à la résistance palestinienne. Maintenant il est peu probable que l'un d'eux se décide à entrer en contact avec Israël sans risquer de saper sa réputation dans le monde arabe. Il ne leur reste plus qu'à soutenir la résistance arabe. Cette situation ne favorisera aucunement la mise en oeuvre de la "feuille de route" qui aux yeux des membres du "quartette" international reste la seule chance de règlement pacifique. Or, cette "feuille de route" va probablement devoir être oubliée au moins pendant la période à venir.