Il y a cinq ans, et plus précisément, le 24 mars 1999, l'Alliance de l'Atlantique Nord commençait ses frappes aériennes de la Yougoslavie, en prétendant que c'était bien une réponse aux "nettoyages ethniques" et l'expulsion des Albanais du Kosovo. Aujourd'hui, quand ces cinq années se sont bien écoulées, on a tout lieu de constater que les actions de l'OTAN ont bel et bien débouché sur des conséquences tout à fait opposées aux objectifs proclamés dès le début même de cette opération militaire. A l'époque, les puissances occidentales prétextaient leur ferme volonté de prévenir une catastrophe humanitaire au Kosovo. Quoi qu'il en soit, elles l'ont bien provoquée, elles-mêmes. C'est justement à la venue des "casques bleus" au Kosovo que de vrais "nettoyages ethniques" et d'envergure ont commencé dans cette province serbe, nettoyages dont les Serbes, les Tziganes, les Juifs, les Turcs, bref, toutes les populations non-albanaises, sont devenus victimes. Depuis ces cinq dernières années, quelque 400 000 personnes ont été bien obligées de fuir la province.
La campagne pour un "Kosovo ethniquement pur", déclenchée par les extrémistes albanais, ayant usurpé tout le pouvoir dans la province et bénéficiant de la complaisance parfaitement évidente de l'Alliance de l'Atlantique Nord, n'arrête pratiquement pas un seul instant depuis toutes ces années. Elle ne connaît en fait que de très brèves accalmies pour reprendre de plus belle par la suite. Le dernier regain de cette campagne s'est produit, ces derniers jours, à l'occasion des événements tragiques à Kosovska-Mitrovica, événements qui sont incontestablement une provocation planifiée d'avance par des Albanais. Comme résultat, l'assassinat de plus de deux dizaines de Serbes et l'expulsion de la province de plusieurs centaines d'autres, des villages serbes partis en fumée, des mises à feu des églises chrétiennes orthodoxes, une hystérie antiserbe et de nouvelles revendications de l'indépendance du Kosovo. Lesdites revendications qui vont d'ailleurs tout à fait à l'encontre de la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies, document qui consacre l'intégrité territoriale de l'ex-République fédérale de Yougoslavie (de nos jours, la Serbie-Monténégro) et considère le Kosovo comme une partie intégrante de cette dernière, sont sans cesse proclamées par les leaders des extrémistes albanais. Or, force est de reconnaître que, de facto, le Kosovo ne relève plus depuis longtemps de la juridiction de Belgrade. C'est que la province s'est transformée en territoire sous mandat de l'OTAN, alors que la Force de maintien de la paix de l'Alliance (KFOR) ne contrôle pratiquement pas la situation au Kosovo.
Ce sont des extrémistes albanais qui y règnent en maîtres absolus. Leur organisation terroriste UCK (Armée de libération du Kosovo) contre laquelle avait lutté l'ex-Président de la Yougoslavie fédérale, Slobodan Milosevic, accusé à l'heure actuelle par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye de "nettoyages ethniques", n'a toujours pas été dissoute après l'introduction du contingent otanien dans la province, bien que l'Alliance de l'Atlantique Nord se soit formellement engagée à désarmer ces bandits. L'UCK n'a fait que changer d'enseigne, en se transformant en Corps de sécurité du Kosovo (TMK), dont les commandos se livrent aujourd'hui aux excès non seulement sur le territoire même de leur province, mais perpètrent aussi des raids dans les régions Sud de la Serbie, en y agressant de simples civiles et s'attaquant à des postes de police. Bien plus, les bandits de l'UCK s'infiltrent aussi sur le territoire de la Macédoine, en y complétant les rangs des extrémistes albanais locaux et attisant le séparatisme de ces derniers. Ils les poussent, et non sans succès, d'ailleurs, à une lutte armée "pour l'indépendance" des Albanais. La légalisation de l'UCK par la création du Corps de sécurité du Kosovo a permis à des dizaines de bandits de faire partie des structures administratives de la province pour réaliser tout à fait officiellement leurs objectifs extrémistes.
Malheureusement, bien des politiques en Occident encouragent les visées séparatistes des extrémistes albanais, en déclarant, par exemple, que "la situation évolue de la sorte qu'il n'y a plus d'alternative à l'indépendance du Kosovo". Ainsi, Madeleine Albright, ancien secrétaire d'Etat US, l'a plus d'une fois affirmé. C'est une prise de position très dangereuse. C'est qu'il ne s'agit pas là seulement de faire du Kosovo un Etat indépendant, mais d'amorcer aussi et surtout la mise en application d'un plan de loin plus global, celui de création d'une "Grande Albanie" qui s'étende sur l'Albanie elle-même, en tant que telle, le Kosovo, une partie du Monténégro, de la Macédoine et de la Grèce. Néanmoins, l'apparition sur la carte de l'Europe d'un tel Etat comptant de 6 à 7 millions d'habitants, Etat, né de la recoupe des frontières existantes et habité d'une population très vite croissante, pourrait modifier bien sérieusement la situation non seulement dans les Balkans, mais aussi sur l'ensemble du continent. Dans un tel cas, il ne serait pas du tout facile de se débarrasser d'une telle "épine" balkanique.
A l'heure qu'il est, après plusieurs jours de pogroms serbes, une accalmie relative s'est instaurée au Kosovo, et le Président Ibrahim Rugova a même déclaré le deuil des victimes. Pourtant, tout porte à croire que cette accalmie, réussie grâce au transfert urgent au Kosovo d'unités supplémentaires de la KFOR et par de très sévères mesures militaires et policières, est plus que trompeuse. Pire, elle est par trop précaire et, par conséquent, provisoire. Nul doute, que cette présente accalmie ne manquera pas de céder la place, et sou peu, à une nouvelle escalade de la violence qui pourrait revêtir cette fois une ampleur extrêmement dangereuse, car le problème du Kosovo n'est toujours pas réglé, alors que l'Occident ne se propose pas, de toute évidence, de serrer la bride, une fois pour toutes, aux extrémistes définitivement déchaînés et ayant choisi la terreur comme arme principale de la mise en uvre de leurs plans séparatistes.
On estime à Moscou que, pour stabiliser la situation au Kosovo, il est nécessaire avant tout de respecter à la lettre la résolution 1244 du Conseil de sécurité et de rétablir la juridiction de Belgrade sur le Kosovo. "Malheureusement, les leaders albanais n'ont pas toujours respecté les dispositions du Conseil de sécurité de l'ONU", a déclaré dans une interview à la télévision russe le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov. Qui plus est, a fait remarquer le chef de la diplomatie russe, certains représentants des Etats occidentaux fermaient les yeux sur cela et ne rappelaient pas à l'ordre les Albanais quand il le fallait. "Les derniers développements à Kosovska-Mitrovica n'ont fait que confirmer nos craintes qu'une telle indulgence complaisante à l'égard des Albanais qui cherchent à nettoyer la province d'autres nationalités et ethnies soit très nocive et même dangereuse", a indiqué Sergueï Lavrov, tout en ajoutant qu'à l'heure actuelle, Moscou réclame le retour aux dispositions fondamentales d'un règlement qui ont été approuvées par le Conseil de sécurité de l'ONU.
Comme la coexistance pacifique de différentes ethnies au Kosovo ne réussit toujours pas, il conviendrait sans doute d'accepter la proposition du Premier ministre de la Serbie, Vojislav Kostunica, sur la division du Kosovo en cantons nationaux. Autrement dit, il s'agit d'un schéma qui est d'ores et déjà appliqué en Bosnie-Herzégovine où après les hostilités du début des années 1990, les Serbes et les musulmans habitent séparément. Pour instaurer l'ordre au Kosovo, il faut enfin désarmer l'UCK dans les faits, et non seulement dans les paroles, et ce, quelle que soit l'enseigne de cette organisation terroriste. Il faut poursuivre en justice les "faucons" albanais, tels que Hasim Taçi, ancien chef de file de l'UCK, devenu depuis un homme politique "tout à fait respectable" qui dirige le fameux Parti démocratique du Kosovo. Il a perpétré une multitude de crimes et fait aujourd'hui la politique au Kosovo. Il est tout à fait évident qu'une telle politique ne mène qu'à de nouvelles violences et est parfaitement capable de faire exploser tous les Balkans.