Toute une année s'est d'ores et déjà écoulée donc depuis le début de la guerre en Irak. Quoi qu'il en soit, de très vives discussions ne cessent toujours pas à la recherche d'une réponse à la question: Qui y avait raison, et qui y avait tort? D'autre part, la question se pose également: Comment évaluer le bilan de cette opération militaire avec ces milliers de vies de civils irakiens qu'elle a emportées, ces centaines de soldats étrangers ayant trouvé leur mort dans les hostilités et cette transformation évidente de l'Irak en un authentique paradis pour terroristes et maraudeurs de tout bord...
Les appréciations en sont plus que mitigées.
Nul doute que la plupart des Irakiens ne déplorent pas un seul instant la chute du régime de Saddam Hussein. Bien plus, ils se posent même de plus en plus la question: Pourquoi la communauté internationale est-elle restée aussi longtemps passive, tout en encourageant, en fait, le dictateur? Selon un sondage d'opinion, effectué à l'intention de la BBC, 56% des Irakiens estiment que leur vie à l'issue de la guerre est devenue bien meilleure qu'elle ne l'était sous Saddam Hussein. 49% d'autres sont persuadés que l'invasion des coalisés a été un acte tout à fait justifié.
Néanmoins, le renversement du dictateur n'a pas valu aux Américains l'amour des Irakiens. C'est qu'en dépit de toute leur reconnaissance pour la libération de la dictature, les Etats-Unis et leurs alliés sont toujours considérés comme des occupants en Irak. Pire, 41% des Irakiens sont même persuadés que l'occupation a humilié leur pays. Or, le principal mécontentement n'est sans doute pas dû au fait même de l'occupation, mais plutôt à cette circonstance incontestable que l'administration de coalition n'a toujours pas réussi à rétablir une vie pacifique normale en Irak.
Le fait même que les actions des Américains dans l'Irak d'après-guerre n'ont pas été, dès le début, suffisamment professionnelles et ne tenaient pas dûment compte des particularités nationales du pays est aujourd'hui parfaitement évident et n'est contesté par personne. C'est que Washington a manifestement employé toutes ses forces pour organiser son opération militaire sans penser pour autant à ses propres faits et gestes après l'achèvement des hostilités. En effet, à part une idée plutôt abstraite de transformation de l'Irak en Etat démocratique, les Américains n'avaient à l'époque aucun autre plan d'action. C'est justement ce vide du pouvoir dans les premiers mois après la fin officielle des hostilités qui a transformé l'Irak en cible privilégiée des terroristes. Et c'est sans doute la raison pour laquelle les Irakiens attendent avec une telle impatience la fin de l'occupation pour pouvoir, enfin, eux-mêmes, administrer et gérer leur propre pays. Et il est fort peu probable que cette situation change sous peu.
Or, le mécontentement est tout aussi évident tant à l'intérieur même des Etats-Unis que dans leurs pays alliés. Rappelons que, dès le début, les Américains ont insisté sur l'invasion de l'Irak et ce, sous prétexte que Bagdad ne respectait pas, disaient-ils, une résolution appropriée du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies et poursuivait, affirmaient-ils, la mise au point des armes de destruction massive (ADM). Quoi qu'il en soit, en l'espace de toute une année de travail des experts US en Irak, ces fameuses armes de destruction massive n'ont jamais été retrouvées et ce, en dépit de tous les efforts déployés par Washington pour confirmer sa justesse. Aussi, n'est-il pas du tout étonnant qu'aujourd'hui bien des Américains et, à leur instar, la population des pays qui se sont ralliés à leur opération en Irak se révoltent à l'idée même que leurs soldats sont allés mourir au nom d'un mensonge notoire.
Le futur Premier ministre de l'Espagne - José Luiz Rodriguez Zapatero - a promis que les militaires espagnols seraient retirés le plus prochainement possible de l'Irak. Pourtant, le fait que les mêmes idées ont germé dans les têtes des officiels ukrainiens est sans doute beaucoup moins connu. Pour ce qui est de la direction polonaise, elle n'a pas l'intention de rappeler ses militaires de l'Irak, bien que le Président de la Pologne, Aleksander Kwasniewski, ait reconnu avec amertume: "On nous a induits en erreur concernant les armes de destruction massive".
Cependant, Londres et Washington persistent à affirmer que leurs actions en Irak ont été parfaitement légitimes. Intervenant, par exemple, devant les soldats et officiers US lors de sa visite surprise à Bagdad, le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, les a exhortés à ne pas se faire trop de soucis au sujet des armes de destruction massive toujours introuvables en Irak. Le principal est que les Irakiens et leurs voisins se sont enfin délivrés de la peur que Saddam Hussein puisse en utiliser, comme cela a déjà été le cas par le passé, a fait remarquer le chef de la diplomatie américaine.
Les avocats des opérations militaires, y compris le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, évoquent un autre effet très positif de la campagne irakienne. Selon ceux-ci, le renversement du régime de Saddam Hussein est devenu une leçon exemplaire pour toute une série de leaders autoritaires. Ce n'est sans doute pas, disent-ils, par hasard que la Libye s'est empressée à renoncer aux armes de destruction massive, alors que l'Arabie Saoudite s'est mise à parler de la nécessité des réformes politiques. Qui plus est, bien des gouvernants orientaux en sont venus à la conclusion qu'il est fort peu probable que cet antiaméricanisme effréné auquel ils se livraient aide leurs régimes à se maintenir au pouvoir.
Or, il n'est plus tellement important aujourd'hui si les Américains avaient raison ou tort, en déclenchant la guerre en Irak. Il est de loin plus important qu'une réédition quelque part ailleurs de la situation irakienne est très peu probable. Du moins, tant que l'opinion publique en Occident, et notamment aux Etats-Unis, n'oubliera pas ce mensonge qui a servi de base à la guerre en Irak.