Moscou préoccupé par la situation au Kosovo

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MOSCOU, 19 mars - Nikolai Jerebtsov, commentateur de RIA-Novosti. L'aggravation actuelle de la situation dans la province serbe du Kosovo ne peut pas ne pas inquiéter les Russes pour des raisons politiques, historiques, ethniques et religieuses.

Le conflit du Kosovo - l'une des composantes du mélange explosif balkanique - peut et doit être réglé par des moyens pacifiques avec la participation de toutes les parties qui y sont engagées. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe peut prouver son efficacité par le règlement pacifique de ce conflit, car son prestige en tant que force politique capable de maintenir l'équilibre des forces sur le continent est pratiquement mis en doute.

Les députés à la Douma (chambre basse du parlement russe) se sont fermement prononcés pour l'intensification des efforts internationaux en vue de prévenir l'aggravation ultérieure de la situation dans la province où des violences inter-ethniques ont éclaté mercredi.

Aujourd'hui, le bilan est de plus de 30 morts et de plus de 500 blessés, des centaines de maisons des Serbes et des dizaines d'églises orthodoxes ont été incendiées.

De l'avis de Dmitri Rogozine, député à la Douma, le parlement russe doit élaborer un message au gouvernement russe en proposant de prendre d'urgence la décision d'évacuer les Serbes dans la Fédération de Russie et de leur assurer la défense politique.

Constantin Kossatchev, président du Comité des affaires internationales de la Douma, qualifie cette proposition d'"absurde". Selon lui, parler d'évacuation de dizaines de milliers de Serbes en Russie, "sans leur demande, ce n'est pas l'évacuation, mais la déportation", a souligné Constantin Kossatchev.

Il a déclaré vendredi aux journalistes que la communauté mondiale devait intervenir énergiquement dans les événements qui se produisent dans les Balkans pour trouver des moyens réels "de mettre fin à la guerre civile latente au Kosovo". Il est indispensable que l'OSCE et le Conseil de l'Europe prennent des mesures en vue de régler le problème du Kosovo, pour ne pas conserver ce conflit, ce qui était, à son avis, le résultat de nombreuses initiatives antérieures des organisations internationales.

Constantin Kossatchev estime que la détérioration actuelle de la situation au Kosovo est devenue possible, car les mesures destinées à normaliser la situation dans la région et approuvées par le Conseil de sécurité de l'ONU n'ont pas été accomplies entièrement. La solution n'a toujours pas été trouvée en cinq ans aux problèmes ethniques complexes du Kosovo, et le conflit subsistait dans le contexte de la présence de la KFOR (force multinationale de paix) et de la mission de l'ONU dans la province, a fait remarquer le parlementaire.

A son avis, ce n'est pas par hasard que le conflit entre les Serbes chrétiens et les Albanais musulmans a éclaté au moment où l'activité des terroristes islamiques s'est accrue en Europe. Il est à étudier attentivement le lien entre ces deux phénomènes.

Le député a indiqué que les fameux "critères pour le Kosovo" approuvés à l'époque par le Conseil de sécurité de l'ONU n'ont pas été mis en oeuvre. Il s'agissait d'assurer la sécurité du retour des réfugiés, de former un corps multiethnique pour la défense du Kosovo et de la police du Kosovo, d'entamer un dialogue avec Belgrade.

Les partenaires de la Russie du bloc de l'OTAN qui déploient actuellement des efforts en vue d'arrêter l'escalade du conflit sont également conscients qu'il est impossible de régler les problèmes en se bornant à accroître les forces policières au Kosovo, que les moyens de sortir de la crise doivent être recherchés par toutes les parties intéressées sous l'égide des organisations internationales, estime Constantin Kossatchev.

Le ministère russe des Affaires étrangères a également exprimé son inquiétude profonde devant la situation au Kosovo. On le lit notamment dans la déclaration d'Alexandre Iakovenko, porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Russie parvenue à RIA-Novosti.

"La Russie condamne résolument les événements actuels et exige que les fauteurs des violences soient punis comme ils le méritent", lit-on dans la déclaration.

La diplomatie russe invite les parties engagées dans le conflit, avant tout la majorité albanaise du Kosovo, à cesser immédiatement les violences.

Moscou estime que "la mission de l'ONU au Kosovo, ainsi que la Force multinationale de paix doivent prendre des mesures urgentes en vue de rétablir la légalité et l'ordre public, d'assurer la sécurité requise aux représentants de toutes les communautés ethniques de la province".

Alexandre Iakovenko redoute que les troubles au Kosovo ne fassent exploser la situation. "Nous invitons les fauteurs des troubles à y mettre immédiatement fin", a-t-il dit dans une interview à la chaîne de télévision "Rossia".

En ce qui concerne l'appel de l'ONU à édifier une "société multiethnique, démocratique et tolérante" au Kosovo, les analystes russes sont enclins à estimer qu'il restera un voeu pieux. En témoigne, en premier lieu, la situation démographique qui s'est créée dans cette province serbe. Plus de deux millions d'Albanais et près de 70 000 Serbes habitent aujourd'hui dans la province. Ces cinq dernières années, des centaines de milliers de Serbes ont été contraints de quitter le pays, ce processus continue de nos jours.

Bref, comme tout l'indique, les Albanais parviendront, en fin de compte, à créer un Etat monoethnique au Kosovo, estiment les politologues.

De toute façon, comme il ressort des interventions des députés des trois principaux partis albanais au parlement du Kosovo où les Albanais ont la majorité écrasante, que l'unique moyen de normaliser la situation au Kosovo est de proclamer l'indépendance de la province.

Cet avis a été émis par les responsables de l'Union démocratique du Kosovo et du Parti démocratique, ainsi que par le président de l'Alliance pour l'avenir du Kosovo.

Les députés serbes ont boycotté cette réunion.

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