La dégradation de la situation au Kosovo, où le 17 mars de violents affrontements interethniques se sont produits entre Serbes et Albanais à Mitrovica et qui finalement ont dégénéré en véritable pogrome de la population serbe de la province, suivi d'une multitude de manifestations spontanées dans plusieurs villes de Serbie, montrent que le problème du Kosovo n'est toujours pas réglé et qu'il déstabilise la situation non seulement dans l'Etat Serbie-Monténégro, mais encore dans toute la péninsule des Balkans.
Depuis l'agression de l'OTAN en 1999, le Kosovo est pratiquement coupé de la Serbie et le pouvoir dans la province est passé entre les mains des extrémistes albanais qui, avec la bienveillance du contingent de paix du bloc de l'Atlantique Nord, ont mis le cap sur la séparation totale de l'Etat Serbie-Monténégro et la création d'un Etat indépendant "ethniquement propre". Ces dernières années pas moins de 200.000 Serbes, ainsi que des Tziganes, des Juifs et des représentants d'autres ethnies ont été chassés du Kosovo. Toléré par l'OTAN, le séparatisme albanais présente actuellement un grave danger pour toute la région balkanique. C'est qu'il y a longtemps que les extrémistes nourrissent des plans concernant la création d'une "Grande Albanie" dans laquelle entreraient non seulement le Kosovo, mais encore les territoires à population albanaise de la Macédoine, du Monténégro et du Nord de la Grèce. Inutile de dire que la réalisation de ces plans délirants entraînerait un dangereux redécoupage des frontières, ferait exploser la situation dans les Balkans qui, comme le montre l'expérience des deux guerres mondiales, passent avec juste raison pour être le "baril de poudre" de l'Europe.
Les derniers événements, les assassinats de Serbes, les pogromes au Kosovo et les représailles en Serbie (incendies de mosquées et agressions contre les musulmans) montrent le caractère purement mythique des affirmations selon lesquelles on serait parvenu à la concorde interethnique dans la province. Au contraire, il est patent que la tension interethnique a atteint un tel degré qu'il exclut toute cohabitation des Albanais et des Serbes. Le nouveau premier ministre serbe et ancien président de la République fédérale de Yougoslavie, Vojislav Kostunica, avait probablement raison en disant dernièrement qu'il était indispensable de diviser le Kosovo en cantons nationaux. Dans le cas présent c'est certainement la seule façon de sortir de cette situation. Seulement cette proposition de Vojislav Kostunica a catégoriquement été repoussée par les leaders albanais au Kosovo qui veulent non pas une nouvelle division administrative de la province autonome qui, conformément à la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'ONU, est une partie inaliénable de la Serbie, mais son retrait total, définitif et juridiquement fixé de la composition de l'Etat Serbie-Monténégro.
Il n'est pas exclu que les derniers événements au Kosovo aient été fomentés par les extrémistes albanais dans le but de faire pression sur l'ONU et de contraindre cette organisation à admettre "la justesse et le bien-fondé" de leurs revendications. Pour le moment l'ONU est opposée à l'idée de l'indépendance du Kosovo et demande surtout aux autorités locales de faire régner un ordre élémentaire, de créer des conditions pour la cohabitation d'ethnies diverses et le retour des réfugiés. L'ONU n'acceptera d'examiner le statut du Kosovo qu'une fois que ces conditions auront été observées. Seulement les dirigeants de la province n'entendent pas y ramener l'ordre. Si le président Ibrahim Rugova, pourtant relativement modéré, ne le fait pas, alors que dire des extrémistes tels que Hasim Taqi, ancien chef de cette organisation terroriste connue sous le nom d'Armée de libération du Kosovo (UCK) et actuel leader du Parti démocratique du Kosovo, constitué sur la base de l'UCK qui n'a pratiquement pas été dissoute. Ou encore Ramush Haradinaj, lui aussi ancien commandant de l'UCK et aujourd'hui à la tête de l'Alliance pour l'avenir du Kosovo. A propos, Hasim Taqi, le père du tristement célèbre slogan "Pour un Kosovo sans Serbes!" était considéré par les anciens dirigeants de Yougoslavie comme un criminel de guerre et à plusieurs reprises ils avaient demandé à la Cour internationale de La Haye de le traduire en justice, mais la cour n'a pas réagi à cette requête légitime, démontrant ainsi son parti pris anti-serbe.
L'Occident n'a toujours pas abandonné l'idée d'apaiser les extrémistes. Les événements au Kosovo et aussi en Macédoine, où les extrémistes albanais, sans se contenter des concessions qui leur ont été faites, réclament maintenant une organisation confédérale du pays, ce qui viole l'accord qu'ils sont signé avec le gouvernement macédonien avec la médiation de l'OTAN, montrent le caractère extrêmement dangereux de cette démarche.
Pour la Russie un redécoupage des frontières à l'intérieur des Balkans serait inacceptable tout comme on ne saurait satisfaire aux caprices du séparatisme et de l'extrémisme sous quelque forme politique qu'ils soient et quels que soient leurs mots d'ordre. Moscou est convaincu que dans la recherche d'une solution au problème du Kosovo il est primordial d'observer le principe du respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Etat Serbie-Monténégro. Moscou a à maintes reprises mis en garde la communauté albanaise du Kosovo contre des démarches unilatéralistes dans la définition du statut définitif de la province. La situation dans la province, le sort de celle-ci dépendront de la question de savoir si l'on parviendra ou non à assurer des conditions d'existence égales pour toutes les ethnies du Kosovo ainsi que la sécurité de tous les gens qui y vivent. Dans ce contexte une responsabilité toute particulière incombe aux structures internationales, surtout à la mission de l'ONU, qui va devoir remplir ses obligations dans la province conformément à la résolution 1244 du Conseil de sécurité. Celle-ci confirme la primauté de la juridiction de Belgrade au Kosovo.