Un tenace romantique nommé aux Affaires étrangères

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par Marianna Belenkaïa, commentatrice politique de RIA-Novosti

Ceux qui ont assisté à la première conférence de presse de Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, ont tenté de dresser un portrait psychologique du nouveau membre du gouvernement. Celui-ci s'avère non moins intéressant que les qualités purement professionnelles du ministre. Avant, les journalistes relevaient qu'il est intelligent, qu'il a de la retenue et de l'esprit, qu'il est enfin un bon professionnel.

Or mercredi, pendant sa conférence au centre de presse du MAE, on a découvert sa nouvelle qualité, pourtant rare pour les politiques d'aujourd'hui, celle de savoir répondre aux questions des journalistes. A plusieurs reprises, il arrêtait son porte-parole, déjà prêt à clore le point de presse. Et plus difficiles et embrouillées sont les questions, plus le ministre trouve le plaisir d'y répondre. Résolu et intelligent, il semble priser les mêmes qualités chez son interlocuteur.

L'humour est une qualité appréciable pour tout diplomate. Les journalistes accrédités à New York se souviennent des plaisanteries caustiques de Lavrov. Un jour, le délégué américain a comparé les efforts de la Russie tendant à lever les sanctions contre l'Irak (c'était avant la guerre) avec la tentative d'attribuer cinq étoiles au restaurant dont les visiteurs trouvent des cafards dans la soupe. "Nous n'exigeons pas d'attribuer à l'Irak cinq étoiles, nous voulons qu'on s'y sente au moins comme dans un Kentucky Fried Chicken " , a paré Sergueï Lavrov.

Mais l'humour n'explique pas à elle seule ce respect que lui vouent les journalistes et ses collègues diplomates. "Dès qu'en 1994 Lavrov arrive à New York, il donne à comprendre que Moscou recouvrera ses positions dans l'arène internationales perdues après la dislocation de l'URSS", a dit de lui l'envoyée de Reuters accréditée auprès du siège des Nations Unies. C'est la note la plus élevée pour un diplomate appelé à défendre les intérêts de son pays. Seulement, il faut ajouter que le sentiment que Lavrov avait provoqué chez les journalistes en 1994 s'est complètement justifié en 2004, au moment où il quittait son poste. Aujourd'hui, la communauté internationale écoute Moscou. Certes, ce n'est pas le mérite personnel de Lavrov mais bien le résultat de la politique étrangère qui, comme l'a souligné le nouveau chef de la diplomatie russe, est définie par le président du pays. Mais c'était Lavrov qui est resté toutes ces années le porte-parole de la Russie à l'ONU. Un porte-parole charmant, soulignons-le. Ce qui compte également, c'est son discours aux accents chaleureux, dépourvu de tournures bureaucratiques. Cela saute aux yeux, et non seulement les journalistes mais aussi les simples gens devraient lui en être reconnaissants. Si Lavrov est souvent invité à la télévision, exposées par lui, les priorités de la politique extérieure russes seront peut-être plus compréhensibles pour tous. Le secret de ce charme est simple. Sergueï Lavrov a en soi les qualités que divers groupes de la population apprécieront sans aucun doute. Intellectuel, il compose des vers et chante à la guitare, hommage à l'époque où la chanson libre bravait les interdits communistes. Tout compte fait, il appartient à cette génération des bardes, même si son physique patricien le distingue quelque peu de leur rusticité feinte.

Galant et bel esprit, il conquiert facilement les coeurs féminins. Il fait du rafting et aime en général le risque, de quoi attirer les sympathies des jeunes et de la population masculine du pays. Ce qui l'apparente d'ailleurs à Vladimir Poutine, qui, aux yeux des jeunes, est un exemple vivant de la pratique active du sport. D'ailleurs, le risque et l'aptitude de réagir promptement aux défis est une qualité de valeur pour un diplomate.

Quant aux milieux politiques russes, ils sauront apprécier que le nouveau ministre reste fidèle à sa parole et qu'il est constamment orienté vers le but précis. "Ne pas fléchir et aller directement au but" : c'est une ligne de l'hymne de l'université des relations internationales MGIMO que le ministre a écrit en 1998. Lavrov a l'habitude de travailler en équipe, sans quoi la diplomatie est impossible. Dans tout discours, il préfère parler d'"efforts collectifs". Mots qui ont retenti dans les réponses à presque toutes les questions posées au ministre au cours de la conférence de presse, qu'il s'agisse de la lutte contre le terrorisme, de la réforme de l'ONU ou de la coordination des activités des ministères russes.

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