Après l'arrivée du nouveau chef de la diplomatie russe Serguei Lavrov au ministère des Affaires étrangères, les analystes russes ont déclaré qu'au lieu d'attendre les changements radicaux de la politique extérieure, il convient de suivre le rôle nouveau du Conseil de sécurité du pays à la tête duquel a été nommé Igor Ivanov, ancien ministre des Affaires étrangères.
Notre pronostic s'est entièrement confirmé à la première conférence de presse de Serguei Lavrov qui a commencé à assumer ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, en fait, cette semaine.
"Je ne juge pas nécessaire de corriger la conception de la politique extérieure russe, ses orientations stratégiques", a-t-il dit, en rappelant les récents propos tenus par le président russe Vladimir Poutine: "Nous tâcherons de garantir la défense des intérêts nationaux de la Russie sans s'enliser dans la confrontation et l'agression".
Serguei Lavrov a déclaré: "Nous sommes réconfortés par la nomination d'Igor Ivanov aux fonctions de Secrétaire du Conseil de sécurité, organe qui doit coordonner le travail de tous les départements qui assurent, dans tel ou tel domaine, la sécurité de l'Etat" Le ministre a exprimé l'espoir que l'efficacité du Conseil de sécurité s'accroîtrait après l'arrivée d'Igor Ivanov.
Serguei Lavrov qui a passé toute une époque à New York a manifesté la connaissance parfaite de la politique internationale et des détails de la position de la Russie sur tous les problèmes. Il a facilement répondu à toutes les questions concernant non seulement les rapports entre Moscou et l'Union européenne ou les Etats-Unis, mais aussi sur le règlement des problèmes à Chypre et au Karabakh, sur la situation au Kosovo et en Bosnie, à propos de la coopération avec l'Iran, etc.
On peut considérer ce début moscovite du nouveau ministre comme un véritable hymne de l'Organisation des Nations Unies où Serguei Lavrov a représenté la Russie, d'après certaines estimations, pendant dix ans (depuis 1994) et, d'après d'autres, pendant dix-sept ans, car, de 1981 à 1988, il était premier secrétaire, conseiller et principal conseiller de la Représentation permanente de l'URSS à l'ONU. C'est là qu'il a connu littéralement tous les problèmes internationaux, c'est là que le ministre a connu "le monde tel qu'il est".
C'est pourquoi le ministre emploie souvent, par inertie, le mot "nous" qu'il faut interpréter - si on l'écoute attentivement - comme "la communauté internationale" ou le "Conseil de sécurité de l'ONU". Son expérience lui a donné une conception de ce qui se produit aujourd'hui dans le monde. Selon le ministre, le nouvel ordre mondial ne s'est pas encore formé. Les restrictions qui prévenaient jadis de nombreux conflits n'existent plus, une réponse unique est difficile à trouver pour venir à bout des nouvelles crises: de l'avis de Serguei Lavrov , tout cela oblige le monde à rechercher de nouvelles solutions à tâtons, chemin faisant. L'essentiel est de le faire non pas unilatéralement, mais collectivement.
De nombreuses réponses du ministre sont marquées par l'assurance, et non pas par un ton défensif. On le ressent dans sa réponse à la question sur le droit de poursuivre et de liquider les terroristes au-delà des frontières nationales (" cette question ne concerne pas la Russie ": il faut se souvenir, en ce sens, des actions d'Israël, ainsi que de la façon dont on a agi à l'égard des talibans, d'"Al-Qaïda", du régime irakien). Selon Serguei Lavrov, les problèmes complexes ne manquent pas, mais ce n'est pas la raison pour ne pas se pencher sur ces problèmes et ne pas donner de réponses aux questions qui touchent les intérêts légitimes de Moscou.
Serguei Lavrov est un diplomate d'envergure mondiale, ses premières actions fermes à son nouveau poste le confirment. De toute évidence, sa personnalité est parfaitement conforme à l'image de la nouvelle Russie, pays qui s'est renforcée après la crise persistante des années 90 et dont le rôle ne cessera de s'accroître dans l'arène mondiale.