Bon, maintenant il est trop tard pour polémiquer sur cette question. Désormais la loi fédérale spéciale "Du service civil alternatif" garantit le droit constitutionnel de chaque jeune homme âgé de dix-huit ans révolus et appelé à servir dans l'armée et la marine russes ou dans d'autres formations paramilitaires du pays. Ce texte a été adopté par la Douma (chambre basse du parlement) le 28 juin 2002, entériné par le Conseil de la Fédération (chambre haute) le 10 juillet 2002 et signé par le président Vladimir Poutine le 25 juillet 2002.
Conformément à cette loi, les jeunes gens dont les convictions ou les croyances s'opposent à l'exécution du service militaire peuvent remplacer celui-ci par un service civil alternatif. Jouissent également de ce droit les représentants des peuples peu nombreux qui ont un "mode de vie traditionnel, qui mènent une activité économique traditionnelle et exercent des métiers traditionnels". Il est vrai que le refus de servir sous les drapeaux par conviction ou croyance doit être solidement argumenté. Si la commission de conscription est convaincue du bon droit du solliciteur, celui-ci aura à accomplir un service militaire alternatif 1,75 fois plus long que le service actif. Par exemple, un jeune qui travaillera dans des organismes des Forces armées ou dans d'autres formations militaires devra servir 36 mois (18 s'il est diplômé de l'enseignement supérieur).
Les absences injustifiées (de plus de quatre heures d'affilée) sur le lieu de travail, les congés supplémentaires, les exécutions de sanctions pénales ou administratives, les mises à pied pour ivresse causée par l'alcool, des stupéfiants ou des substances toxiques ne sont pas prises en compte dans la durée du SMA. Notons que le Code du travail s'étend aux jeunes ayant opté pour le SMA, c'est-à-dire qu'ils bénéficient de la journée de travail de huit heures et de jours de repos obligatoires.
D'une manière générale, le service militaire alternatif repose sur l'extraterritorialité. Cela signifie qu'il doit être accompli hors des frontières de l'entité de la Fédération où l'appelé est domicilié. Cependant, si cela s'avère impossible, le jeune homme peut recevoir un travail dans sa ville natale, sa région ou sa république.
Il va de soi que Moscou offre le plus grand choix en la matière. En effet, on dénombre dans la capitale près d'une cinquantaine d'organisations dans lesquelles le service militaire civil est possible. Quelque 2700 emplois y sont prévus à ces fins. Les plus nombreux se recensent dans le domaine social et l'enseignement spécialisé. Par exemple, l'Ecole-internat d'enseignement général N° 20, le Centre de réhabilitation et de correction psychologique et pédagogique pour enfants, des établissements pour enfants handicapés mentaux, une maison de retraite pour anciens combattants, des pensions pour vétérans du travail ainsi que les hôpitaux cliniques de la capitale. Il faut également ajouter le Centre de gérontopsychiatrie, le centre de réhabilitation pour handicapés, plusieurs établissements psychiatriques. Certes, les salaires offerts dans ces établissements ne dépassent pas 3.000 roubles par mois, les fonctions sont des plus modestes (garçons de salle, boueux), mais ce n'est pas du tout pour "faire des crasses" aux jeunes gens qui ne veulent pas porter l'uniforme ou qui ne sont pas à même de prendre les armes, mais uniquement parce qu'il y a pénurie de personnel peu qualifié ou pas qualifié du tout. Au demeurant, dans la capitale et les grandes villes on manque aussi de spécialistes divers et cela constitue un avantage potentiel pour ceux qui accomplissent un SMA. Par exemple, un dépôt de trolleybus a besoin de chauffeurs, d'ajusteurs et de plombiers. Cette entreprise possède un foyer décent, avec des chambres de deux et de trois lits et des services appropriés.
Vous ne le croirez peut-être pas, mais les célèbres Choeurs Alexandrov de l'Armée russe offrent pour des "alternatifs" un emploi de danseur et de musicien d'orchestre. Parmi les offreurs d'emplois il y a aussi la revue Orientir publiée par le ministère de la Défense, le centre culturel des Forces armées, le Musée central des Forces armées et l'Etat-major de la circonscription militaire de Moscou. Ces organisations manquent d'ajusteurs, de chauffeurs, de nettoyeurs, de surveillants de musée.
Le plus intéressant, c'est que dans cette liste seules ne figurent pas les unités militaires où, en vertu de la loi, des "alternatifs" pourraient assumer des fonctions de spécialistes civils. On dit que cela est dû à l'absence pour le moment d'un texte juridique définissant ce qu'est une unité militaire: une organisation, un établissement ou quelque chose d'autre. Dans la loi il est dit "dans les organisations des Forces armées de la Fédération de Russie, d'autres troupes, formations et organes militaires". L'unité militaire peut être tout sauf une "organisation".