Le président russe Vladimir Poutine a déjà évoqué la situation autour de l'Adjarie au cours d'un entretien téléphonique avec M.Saakachvili. Le leader russe a exhorté son homologue géorgien à régler la situation par la voie pacifique.
Washington est aussi préoccupé par la situation. Le problème adjare a été au centre d'une conversation téléphonique qu'ont eue le secrétaire d'Etat américain Colin Powell et le chef de l'Etat géorgien Mikhaïl Saakachvili.
Il faut régler d'urgence les problèmes entravant les relations entre Tbilissi et Batoumi. L'ambassadeur des États-Unis en Géorgie Richard Miles a fait lundi une déclaration en ce sens à l'issue d'une rencontre avec le président géorgien à Poti (port géorgien sur la mer Noire).
"Vous savez que la situation est difficile. Nous essayons d'aider M.Saakachvili et M.Abachidzé à régler le problème par la voie des négociations", a relevé le diplomate américain. La crise des relations entre Tbilissi et Batoumi est une affaire intérieure de la Géorgie et les États-Unis n'ont pas l'intention de s'ingérer directement dans cette affaire", selon lui.
Il est à noter que les États-Unis coopèrent étroitement avec la Géorgie dans le domaine militaire. Les instructeurs américains continuent de participer à la formation des unités géorgiennes dans le cadre du programme "Former et équiper".
Moscou a aussi une attitude particulière à l'égard de la situation en Adjarie. Estimant de plein droit que la Géorgie fait partie de la zone de ses intérêts géopolitiques, la Russie insiste sur un règlement pacifique de tous les problèmes relatifs à l'Adjarie. Une déclaration appropriée a été faite par le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Alexandre Iakovenko.
Moscou espère que les autorités géorgiennes et adjares trouveront une solution au moyen d'un dialogue ce qui permettrait de préserver la stabilité dans le pays. Dans le même temps, M.Iakovenko a rejeté la responsabilité de l'éventuelle crise des relations entre Tbilissi et Batoumi sur les autorités géorgiennes. La Russie a des raisons pour croire que "Tbilissi envisage d'avoir recours à la force". De telles actions peuvent avoir des conséquences des plus graves et imprévisibles, avant tout pour la Géorgie même, de l'avis de M.Iakovenko. "Les autorités géorgiennes ont assuré à maintes reprises de leur disposition à régler les problèmes que rencontre le pays par la voie démocratique. Cependant on a l'impression que leurs paroles ne s'accordent pas avec les actes". "Lancer des ultimatums de toute sorte ne fera que provoquer le chaos et une guerre intestine", a souligné le porte-parole.
Il s'agit de l'ultimatum de 24 heures que le président géorgien a lancé dimanche soir au leader adjare Aslan Abachidzé le sommant d'assurer la liberté de circulation du chef d'Etat sur le territoire de la république autonome.
Cette déclaration a été faite après que le convoi de M.Saakachvili eut été refoulé à la limite administrative de l'Adjarie.
"Il ne faut pas lancer des ultimatums à son peuple dans son pays natal, d'autant moins à un dirigeant qui n'a pas été nommé et ne sera pas limogé par le président", a signalé M.Abachidzé devant les journalistes réunis à Batoumi.
"Le président est un homme qui représente l'Etat, sa responsabilité est plus grande, il doit donner l'exemple", a poursuivi le leader adjare avant d'ajouter que le chef de famille ne se doit pas d'aller et venir dans sa propre maison avec une arme afin d'effrayer ses proches.
A la question des journalistes - Etes-vous prêts à laisser entrer en Adjarie Mikhaïl Saakachvili ? - le numéro un adjar a répondu : "Seul, oui. Peut-être deux ou trois hommes encore, avec lui. Mais pas plus, car derrière lui on trouve les forces armées".
La réaction de Tbilissi ne s'est pas fait attendre. La décision est prise de mettre sur pied une cellule anti-crise, qui s'est immédiatement penchée sur les questions adjares. C'est ce qu'a déclaré le président géorgien, prenant la parole, lundi, à la réunion extraordinaire du gouvernement géorgien, à Poti, dans la partie occidentale du pays. Le cabinet a examiné la situation sur le territoire de la république autonome.
"Notre tâche principale consiste à protéger la démocratie et les droits de l'homme, à désarmer les hommes armés et à les neutraliser sur le territoire de l'Adjarie. A cette fin, nous mettons sur pied une cellule anti-crise qui est déployée à Poti", a indiqué le président, expliquant que cette cellule serait dirigée par le premier ministre, Zourab Jvania.
Selon M. Saakachvili, elle sera chargée d'instaurer un contrôle étanche des frontières de la république autonome, notamment du port de Batoumi. "Ces mesures visent à interdire les livraisons en contrebande d'armes et de matériels de guerre en Adjarie", a expliqué le numéro un géorgien.
Le port de Batoumi est déjà bloqué par trois bâtiments de guerre.
Les routes automobiles et la voie ferrée reliant Batoumi à Tbilissi sont également coupées.
Suite au blocage de l'espace aérien adjar, l'aéroport local est aussi fermé.
Le fait qu'une base militaire russe soit stationnée en Adjarie rend la situation encore plus délicate. "Le personnel militaire russe en Géorgie a pour instruction d'observer la neutralité, de ne pas s'ingérer dans les affaires intérieures et de ne faire appel aux armes qu'en cas de pénétration non autorisée sur le territoire de la base, de tentatives de prise de matériels et d'armements", lit-on dans la déclaration de l'ambassade russe à Tbilissi. La mission diplomatique a démenti certains médias qui affirmaient que des matériels de guerre russes auraient quitté la base.
Etant donné son rôle dans la région, la Russie doit se poser en intermédiaire dans le conflit entre Tbilissi et Batoumi, a déclaré lundi le président du comité de la Douma pour les affaires internationales, Konstantin Kossatchev. On ne devrait pas faire appel à la pression économique ou administrative, d'autant moins aux armes, affirme le parlementaire russe. L'essentiel, pour les parties au conflit, est d'éviter des menaces et des ultimatums mutuels, estime-t-il.
Le maire de Moscou, Youri Loujkov, qui, de Turquie, est arrivé à la frontière adjare et a mené des négociations avec M. Abachidze, s'est chargé du rôle de médiateur. Actuellement, M. Loujkov se trouve à Batoumi.
Entre-temps, Valeri Archba, vice-président de l'Abkhazie, une république autoproclamée sur le territoire géorgien, a annoncé lundi aux journalistes que les forces armées abkhazes avaient été mises en état d'alerte. "Nous autres, en Abkhazie, nous savons à quelles destructions et victimes peuvent conduire les ambitions de Tbilissi dans la construction de l'Etat géorgien", a-t-il souligné, faisant allusion à la guerre sanglante qui, au début des années 1990, avait de fait conduit à la sécession de l'Abkhazie de la Géorgie.
De récentes informations provenant d'Adjarie confirment que les événements pourraient évoluer d'après le pire des scénarios.
"Le 15 mars, les représentants des structures de force adjares ont miné le pont automobile sur la rivière Tcholoki, à la frontière administrative de la république autonome", a rapporté la télévision géorgienne Roustavi-2.
Le minage a été confirmé par le ministre adjar de l'Intérieur, Djemal Goguitidze. Cela a été fait pour empêcher l'armée géorgienne de passer sur le territoire de la république autonome, a-t-il expliqué.
"Les actes et les paroles de Mikhaïl Saakachvili poussent l'Adjarie à proclamer son indépendance. C'est une erreur du président", a encore indiqué Goguitidze aux journalistes, promettant de ne pas admettre que la situation sur le territoire de la république autonome soit déstabilisée. "Nous voulons éviter tout conflit, mais à la force nos répondrons par la force, à la bonne volonté par la bonne volonté", a déclaré le ministre adjar.