"Le volume des échanges de la Russie après l'élargissement de l'UE sera égal, selon nos estimations, à 100 milliards d'euros. Les tarifs commerciaux pondérés avec les 10 nouveaux membres sont actuellement chez nous de 10%. Ce chiffre descendra à 4% lorsque les nouveaux intégreront l'UE le 1er mai et rejoindront l'Accord de partenariat et de coopération".
Selon l'affirmation du diplomate, la Russie économisera sur la baisse de ces tarifs, mais dans uniquement en perspective. Pour les positions les plus sensibles, les tarifs, au contraire, augmenteront. "Il s'agit des ressources énergétiques et des marchandises à faible niveau de transformation, ce qui constitue pour le moment la base de nos exportations. Selon nos calculs, à la suite de l'élargissement de l'UE, nous perdrons dans nos échanges avec les pays s'apprêtant à intégrer l'UE entre 250 et 450 millions d'euros", a souligné Alexandre Grouchko.
"Aujourd'hui, par exemple, nous livrons à la dizaine de pays qui seront membres de l'UE le 1er mai de l'aluminium à des taux zéro. Mais à compter du 1er mai, les taux passeront à 4%-6%. Ce seront les premières pertes subies par nos exportateurs. Autre exemple: nous livrons à Chypre jusqu'à 10 mille tonnes d'orge par an à taux zéro, mais nous devrons effectuer les mêmes livraisons à des taux atteignant 93 euros la tonne. Nous insistons pour que l'UE prenne en considération nos liens commerciaux traditionnels avec la "dizaine" de pays, futurs membres de l'Union Européenne", a fait remarquer le diplomate.
Parmi les 14 points problématiques évoqués par la Russie, il y a les positions sur l'agriculture. Des accords vétérinaires séparés sont en vigueur entre la Russie et les pays de la "dizaine". Le 1er mai, les règles de l'UE s'étendront à ces pays, d'où la fermeture pour la Russie des exportations de produits d'origine animale. "A ce propos, les nouvelles règles créeront des difficultés non seulement pour nos exportations, mais aussi pour nos importations en provenance de ces pays", a précisé Alexandre Grouchko.
L'Union Européenne incite ses Etats membres à différencier les sources d'importation d'hydrocarbures. Ceci concerne avant tout le pétrole et le gaz, mais en Hongrie le marché pétrolier est à 90% approvisionné par la Russie. La part du gaz russe dans les autres pays représente 100%. Selon les estimations de M.Grouchko, tout laisse penser actuellement que de ces livraisons traditionnelles seront maintenues.
Le diplomate a également souligné que la Russie ne veut évidemment pas perdre les marchés traditionnels dans ces pays. Il a rappelé que quelque deux dizaines de réacteurs nucléaires se trouvent sur le territoire des nouveaux membres. Ce sont des centrales atomiques, construites avec le concours de l'URSS, et qui sont alimentées en combustible russe. Moscou souhaiterait parvenir à un accord avec l'UE stipulant que les contrats à long terme ont été intégralement exécutés et que la Russie a conservé une position privilégiée, bien que les règlements d'Euratome prescrivent la diversification des fournisseurs.
Selon A.Grouchko, l'UE ne prendra aucune sanction à l'égard de la Russie. Le scénario de développement des événements a été défini en 1999, lorsque Moscou a proposé à l'Union Européenne de réfléchir avec la Russie à la façon dont les rapports seraient édifiés dans le contexte de l'élargissement de l'UE. Mais à l'époque l'Union Européenne était totalement absorbée par ses problèmes complexes. Et seulement maintenant, l'UE s'est attelée à la résolution des problèmes accumulés dans les rapports avec la Russie.
"Nous avons toujours dit que l'élargissement de l'UE était un processus objectif. Nous recevons un voisin avec un gigantesque marché de 450 millions d'individus et un immense potentiel. Si la part des échanges entre la Russie et l'UE représente aujourd'hui 36% du volume global des échanges de la Russie avec le monde extérieur, après l'élargissement de l'UE, elle sera d'environ 51%. Mais il serait étrange de ne pas poser les questions là où nous voyons des pertes directes, une restriction de nos intérêts. C'est que l'adhésion à l'UE de dix nouveaux membres constitue une avancée géopolitique. Ce sont nos proches voisins et partenaires commerciaux qui adhèrent à l'Union Européenne", a conclu le diplomate.-O-tg/tj