La présidentielle de 2004 en Russie a été considérée d'avance par l'opinion publique comme une élection sans alternative et privée d'intrigue. En effet, son résultat politique prédit depuis longtemps n'a étonné personne. A vrai dire, il y avait au moins deux intrigues.
La première d'entre elles: qui occupe la deuxième place? Les sondages d'opinion avaient prédit depuis longtemps que la distance entre le "détenteur de la médaille d'argent" et le vainqueur de l'élection serait indécemment grande: environ 50 %. Néanmoins, la deuxième place occupée dans ces conditions accorderait au candidat de bons atouts politiques dans le jeu ultérieur, par exemple, pour l'élection de 2008.
Nikolai Kharitonov, représentant des communistes, est devenu le "détenteur de la médaille d'argent" en recueillant 13,8 pour cent des voix, un peu plus que le résultat enregistré par le KPRF (Parti communiste de la Fédération de Russie) aux élections législatives de décembre dernier. Qu'est-ce que cela veut dire? En principe, rien d'important pour le destin du KPRF et de Nikolai Kharitonov. Même aujourd'hui, lorsqu'il occupe la deuxième place, il est difficile d'en parler comme d'un homme politique prometteur à l'échelle de la Russie. D'ailleurs, même dans son parti, il est peu probable que Nikolai Kharitonov parvienne à jouer les premiers rôles: son résultat est plutôt personnel. Les voix recueillies par Nikolai Kharitonov signifient qu'une bonne partie de l'électorat du KPRF reste attachée aux idées de gauche, malgré les tentations. Les communistes continuent à traverser une crise des idées et du leadership, ce qui a été confirmé par les législatives russes.
Les politologues ont retenu que tous les candidats, sauf Vladimir Poutine, voulaient atteindre, pendant la campagne présidentielle, des objectifs d'ordre local. Comme l'a dit le célèbre politologue Gleb Pavlovski, tous les candidats, sauf Vladimir Poutine, poursuivaient, dans la course présidentielle, "des buts personnels et non pas politiques". Par exemple, Serguei Glaziev qui a fait parler de lui lors de la dernière saison politique, aurait souhaité occuper la deuxième place pour rallier autour de lui l'opposition de gauche ou l'électorat de la semi-opposition en songeant aux échéances électorales de l'année 2008.
Le nouveau bloc "Rodina" ("Patrie") a enregistré un résultat sensationnel aux législatives de décembre 2003 en recueillant plus de 9 % des voix: ce qui était un bon acompte pour Serguei Glaziev considéré par de nombreux experts comme un homme ayant un potentiel politique important. Au début de l'année, Serguei Glaziev a occupé effectivement, un certain temps, la deuxième place dans les intentions de vote des électeurs russes. Mais, il a probablement manqué de maîtrise de soi et d'expérience. Il s'est présenté à la présidence sans s'assurer de l'appui de ses compagnons d'idée, parmi lesquels il y avait beaucoup d'hommes politiques ambitieux et éminents. Ensuite, il s'est empressé de fonder son propre mouvement sous la même dénomination : "Rodina"...
En fin de compte, un peu avant le 14 mars, Serguei Glaziev n'a pas bénéficié du soutien de son bloc et a été privé de son poste de leader de la fraction parlementaire. Tout cela a réduit son prestige aux yeux de l'électorat et l'intérêt des électeurs pour sa candidature. Il a occupé la troisième place avec 4,1 % des voix. Or, en cas de succès, Serguei Glaziev aurait pu compter non seulement conserver ses partisans au sein du bloc "Rodina", mais aussi s'attirer une bonne partie de l'électorat permanent du KPRF. Mais la réalisation du rêve des politologues de former un bloc de la "nouvelle gauche" n'est pas pour demain.
Irina Khakamada voulait rallier l'électorat démocratique autour d'elle. Si son résultat avait dépassé celui enregistré par le SPS et "Iabloko" aux législatives de décembre 2003 cela aurait signifié que ce ralliement était possible. Nombreux étaient ceux qui estimaient que cet objectif ne pouvait être atteint et, de toute évidence, ils avaient raison. De même que Serguei Glaziev, Irina Khakamada s'est avérée, le 14 mars, sans soutien. Son parti (le SPS) qui a pris la décision de voter librement ne l'a pas soutenue. "Iabloko" a appelé à boycotter l'élection, mais cette visée a échoué: seulement 3,8 % des électeurs ont suivi cette recommandation. Mais, à ce qu'il paraît, indépendamment du résultat enregistré à l'élection présidentielle, Irina Khakamada quittera le SPS et fondera son propre parti. Selon les prévisions des experts, dans les années à venir, le mouvement démocratique en Russie cherchera une nouvelle image: en fin de compte, le SPS et "Iabloko" peuvent disparaître.
Maintenant parlons des candidatures de Serguei Mironov (président du Conseil de la Fédération, chambre haute du parlement russe) et d'Oleg Malychkine (LDPR, Parti libéral--démocrate de Russie). Le président de la chambre haute du parlement a participé à la course présidentielle pour assurer ne serait-ce qu'une alternative à la candidature de Vladimir Poutine. Serguei Mironov a joué son rôle. Son résultat modeste (0,8 %) n'a affligé personne: dès le début, il ne s'agissait pas du résultat. En ce qui concerne Oleg Malychkine, le sens de son apparition parmi les candidats est mystérieux. Selon Gleb Pavlovski, il poursuivait probablement le "but personnel" de devenir célèbre. Ses 2% recueillis doivent être attribués, en réalité, au président du LDPR Vladimir Jirinovski qui a soutenu de son mieux Oleg Malychkine durant toute la campagne électorale. En Russie, de nombreuses personnes restent sous le "charme" de Vladimir Jirinovski et de ses idées éclectiques nationalistes proches de la démagogie sociale.
Le nombre de voix "contre tous les candidats" a doublé depuis 2000 pour atteindre 3,5 %, mais cela n'a rien donné.
Le taux de participation était la véritable intrigue de l'élection. L'idée de boycotter la présidentielle s'était emparée des milieux de l'opposition aussitôt après décembre 2003. Mais cette idée n'a trouvé d'écho ni au sein des partis, ni dans l'opinion publique: plus de 60 % des électeurs se sont rendus aux urnes. En Russie, le taux de participation à la présidentielle est traditionnellement supérieur à celui des législatives et régionales.