Le second quadriennat: maintenant on peut prendre l'économie à bras-le-corps

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Moscou, 15 mars (par Youri Filippov, commentateur politique de RIA Novosti). Tous les pronostics se sont avérés exacts, dimanche dernier le président russe, Vladimir Poutine, a été réélu à la magistrature suprême, comme le prédisaient la quasi totalité des analystes et politologues ainsi que des millions de Russes.

Comment la seconde présidence s'annonce-t-elle? Ici les prévisions semblent plus malaisées à faire. Bien que Vladimir Poutine soit sous le feu des projecteurs depuis plus de quatre ans sur la scène aussi bien nationale que mondiale, que des milliers d'articles et des dizaines de livres aient été écrits à son sujet et que chacune de ses démarches ait été épiée par les caméramen et les reporters, il reste pour beaucoup un personnage énigmatique.

Alors, est-ce un conservateur ou un réformateur? Un homme ayant le sens de l'Etat ou un libéral? Un adepte de la politique musclée ou un partisan du consensus dans les rapports internationaux? En quatre ans les journalistes et les politologues ont évoqué Vladimir Poutine en donnant libre cours à leur imagination et ce, aussi étrange cela soit-il, sans beaucoup malmener la vérité. Réformateur conservateur, libéral ayant le sens de l'Etat, pacificateur conscient de sa propre force. Tout cela a été dit et écrit et tout cela est vrai.

Néanmoins Vladimir Poutine parle de lui mieux et de manière plus précise que les autres, surtout en ce qui concerne tout ce qui touche à l'avenir. Il a exposé avec clarté son programme pour le second quadriennat: croissance économique visant le doublement du produit intérieur brut en dix ans, élimination de la pauvreté sont les grands volets de son programme. Celui recèle très peu de politique et énormément d'économie. Et si ce n'est pas très typique de la Russie, c'est on ne peut plus nouveau et, comme nous le voyons, générateur d'une popularité étonnante.

A propos, le fait que dimanche Vladimir Poutine ait obtenu davantage de suffrages qu'il y a quatre ans devrait être interprété comme ceci: si l'électeur approuve les intentions du président pour les quatre années à venir, mais fait confiance aussi à ses aptitudes en ce qui concerne la matérialisation de ses projets.

Pour la première fois Vladimir Poutine a exposé son programme l'année dernière, dans le message qu'il avait adressé à l'Assemblée fédérale. Les choses ne sont pas encore arrivées à la réalisation de ce programme d'envergure. Cela peut étonner, mais c'est un fait qui s'explique simplement. En 2000, Vladimir Poutine avait reçu en héritage une économie délabrée et affaiblie, un Etat qui n'était pas organisé de manière fonctionnelle, un appareil bureaucratique corrompu, une élite régionale aux aspirations séparatistes. S'attaquer aux réformes économiques sans avoir remis sur ses rails la machine de l'Etat aurait été vain. Par contre, aujourd'hui, quatre ans après, la chose est presque achevée. Le séparatisme est entré dans le domaine du passé, en 2003 la république nord-caucasienne de Tchétchénie a adopté sa Constitution dans laquelle elle se présente comme une partie inaliénable de la Fédération de Russie. La réforme du gouvernement qui a commencé doit faire du pouvoir exécutif en Russie un instrument de travail transparent et opérant compréhensible pour la société et comptable à celle-ci. Enfin, et ce qui est peut-être le plus important, c'est que la société qui dans les années 90 du siècle dernier avait oscillé entre les valeurs du libéralisme et du communisme a finalement accepté le programme libéral de refonte de l'économie. Le programme de Vladimir Poutine.

A présent le président russe va pouvoir mener jusqu'au bout l'oeuvre qu'il a entreprise. En votant massivement pour Vladimir Poutine le 14 mars, les électeurs russes ont montré qu'ils plaçaient de grands espoirs sur lui.

Il est étonnant de constater que depuis vingt ans l'Etat russe ne s'était jamais vraiment occupé de l'économie du pays. Tout d'abord cela avait été gêné par la perestroïka soviétique qui avait ouvert la voie menant à la liberté d'expression et obligé à prendre en compte les droits de l'homme, mais qui en même temps avait détourné l'énergie de l'Etat de la solution des problèmes économiques. Ensuite la Russie nouvelle et indépendante était née sur les ruines de l'Union soviétique, mais sans oublier complètement son passé elle avait été contrainte d'attacher beaucoup trop d'attention à la politique, et ce souvent au préjudice de l'économie. La lutte entre les communistes et les démocrates, la guerre en Tchétchénie, les altercations permanentes avec l'Occident à propos de l'élargissement de l'OTAN avaient coûté à l'Etat russe le gros de ses forces. Il ne lui était resté presque plus rien pour les réformes économiques. Et puis de quelles réformes économiques il aurait pu être question si jusqu'à ces tous derniers temps le principal problème de l'économie russe avait été la dette extérieure qui avant l'accession de Vladimir Poutine au Kremlin se chiffrait à 160 milliards de dollars, une somme peu importante à l'aune mondiale, mais qui était quand même supérieure de quatre fois aux dépenses du budget fédéral de l'époque.

Aujourd'hui tous ces problèmes sont dépassés, tout comme le premier quadriennat de Vladimir Poutine. Et maintenant? Quels aspects vont prendre les réformes économiques envisagées par le président russe, quelles sont les mesures qui vont les matérialiser? Pour le moment Vladimir Poutine est probablement le seul à pouvoir répondre à ces questions. Cependant, une chose est certaine, c'est que ces réformes seront menées.

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