L'élection présidentielle russe aura lieu dans un peu plus d'une semaine. Pour la Commission électorale centrale (CEC) le compte à rebours a commencé. Au cours d'une conférence de presse tenue à Moscou à la fin de la semaine, le président de la CEC, Alexandre Vechniakov, mercredi, 10 mars, la commission tiendra une conférence multiplex en vue de vérifier l'état de préparation du système électoral. Selon Alexandre Vechniakov, tous les présidents des commissions électorales de région, de district, de territoire et de circonscription, ainsi que des représentants du pouvoir exécutif et des organes de maintien de l'ordre y prendront part. Ce sont là plus de 100.000 personnes directement impliquées dans la préparation du scrutin, a souligné le président de la CEC.
Alexandre Vechniakov a cité plusieurs autres chiffres concernant aussi le travail des représentants des grands moyens d'information. Les accréditations des journalistes sont terminées. "Officiellement", 1.140 correspondants de 62 publications russes et 136 de publications étrangères couvriront l'élection présidentielle. D'autres part, 19 chaînes de télévision russes et 78 étrangères ont été accréditées.
Quoi qu'il en soit, présentement l'attention des journalistes travaillant à Moscou est captée moins par le scrutin présidentiel que par la formation du nouveau gouvernement russe dont la composition définitive sera vraisemblablement connue d'ici à la présidentielle.
Commentateurs, analystes et experts rivalisent à celui dont la liste de ministres sera la plus proche de la réalité. Mais ces prévisions ne sauraient être considérées même comme "approximativement définitives", ce dont conviennent d'ailleurs ceux qui les font. En tout cas, l'apparition voici quelques jours sur la scène politique moscovite de Mikhaïl Fradkov, auquel le président Vladimir Poutine a proposé de prendre la tête du nouveau gouvernement, n'a pas confirmé les supputations faites jusque-là par les analystes quant à la personnalité du futur premier ministre. Le nom du représentant de la Russie à l'Union européenne, qui il y a quelques jours encore était Mikhaïl Fradkov, était peu connu. C'est pourquoi la même chose pourrait se reproduire avec les ministres.
A l'heure qu'il est, deux candidatures sont indiscutables: ce sont celles de Mikhaïl Fradkov, en tant de chef du gouvernement, et d'Alexandre Joukov (Russie unie), en qualité de premier vice-premier ministre.
En ce qui concerne les autres maroquins, c'est encore le grand flou. Certains observateurs estiment qu'il ne pourrait y avoir plus aucun autre vice-premier ministre et que tous les autres membres du nouveau gouvernement seraient simplement ministres. C'est vrai que selon certaines estimations, les ministères pourraient être remembrés, leur nombre passant de 23 à 16, chacun d'eux constituant en quelque sorte un bloc de départements fédéraux. Par exemple, le département des Finances, dont la direction pourrait être confiée, selon certains analystes, au ministre des Finances sortant, Alexeï Koudrine, ou le département de l'Economie qui, toujours d'après des supputations, pourrait revenir à l'ancien patron du ministère du Développement économique et du Commerce, Guerman Gref, ou encore le bloc Energétique à la tête duquel beaucoup d'analystes voient Viktor Khristenko, l'actuel premier ministre intérimaire.
En tout cas, le parti Russie unie qui détient la majorité absolue à la Douma (chambre basse du parlement) ambitionne une dizaine de ministères. A cet égard, dans la presse on mentionne en qualité de ministrables les noms de responsables connus de cette formation comme Oleg Morozov, Guéorgui Boos, Lioubov Sliska, etc.
Pour ce qui est de l'élection présidentielle russe toute proche, il semble qu'à l'étranger elle reste un événement d'importance, même si en Occident on a déjà annoncé à plusieurs reprises que son résultat était déjà connu. Car ce n'est certainement pas pour émettre cette opinion, cette fois en direct depuis Moscou, que plusieurs dizaines de journalistes étrangers ont été accrédités au centre de presse.
Le prochain scrutin présidentiel a aussi capté l'attention de grandes organisations internationales comme, entre autres, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE). Konstantin Kossatchev, président du comité des affaires internationales de la Douma, a annoncé que l'APCE avait décidé d'envoyer en Russie dix parlementaires en qualité d'observateurs. Cette délégation sera conduite par l'Allemand Rudolf Binding qui, selon Konstantin Kossatchev, "est connu en Russie par le fait qu'il travaille activement sur le thème tchétchène et occupe une position franchement inamicale à l'égard de Moscou".
Les adversaires de campagne de Vladimir Poutine eux aussi redoublent d'efforts. Ils font connaître leurs programmes à la radio et à la télévision.
Jeudi l'histoire concernant le fameux "enlèvement d'Ivan Rybkine" a connu un nouveau rebondissement. Le candidat indépendant au poste de président a refait surface à Kiev où il a donné une conférence de presse. Quoi qu'il en soit, selon le chef adjoint du Département de répression du crime organisé et de la corruption du Service de sécurité d'Ukraine, Igor Grebennik, il n'a pas été possible de remettre à Ivan Rybkine une convocation à se présenter au Parquet général en qualité de témoin dans le cadre de la plainte qu'il a lui-même déposée. Selon Ivan Rybkine, lors de son précédent séjour à Kiev il aurait été drogué et retenu de force quelque part dans la capitale ukrainienne.
Effectivement, il y a quelque temps Ivan Rybkine avait mystérieusement disparu de Moscou et son épouse avait demandé à la police de lancer des recherches. Toutefois, assez rapidement le candidat à la présidence était réapparu on ne sait pourquoi à Kiev et jusqu'à présent il n'a pu fournir aucune explication compréhensible à ce qui s'était passé: ni à Kiev, ni à Moscou, ni à Londres où il se trouvait ces dernières semaines. A l'heure qu'il est, la situation est aussi confuse, quoique les sourires esquissés par la moitié masculine de la population russe soient sans équivoque. En tout cas, le président de la Commission électorale centrale, Alexandre Vechniakov, a une nouvelle fois demandé jeudi à Ivan Rybkine de rentrer d'urgence à Moscou pour prendre part à la campagne électorale.
Un autre "événement singulier": la candidate indépendante Irina Khakamada a déposé une plainte en justice contre le président du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement), Sergueï Mironov, qui lui aussi brigue la magistrature suprême, pour "atteinte à son honneur et à sa dignité". Irina Khakamada prétend qu'au cours d'un débat télévisé ayant eu lieu la semaine dernière Sergueï Mironov aurait qualifié de "criminels" les sponsors de sa campagne électorale.
Toutefois, tous ces "thèmes à scandale" laissent la plupart des Russes indifférents. Surtout qu'en réalité le bilan du scrutin n'est pas encore clair "jusqu'au bout". Personne ne doute de la victoire de Vladimir Poutine. Ce qui importe, c'est de savoir s'il sera élu dès le premier tour. En effet, un second tour pourrait être nécessaire si le 14 mars moins de 50 pour cent des inscrits se rendaient aux urnes. Ce qui pourrait très bien se produire si la plupart des Russes estiment que "les jeux sont faits".
Cependant, ces derniers jours on observe un regain d'intérêt des Russes à l'égard de l'élection présidentielle.
Vladimir Poutine est déjà accrédité de 80 pour cent des intentions de vote. Pour la plupart des analystes, ce "phénomène russe", comme ils l'appellent, est dû au fait qu'en ce début du XXI-e siècle les Russes sont moins préoccupés par les questions ayant trait à "la démocratie dans la société" que par les processus de stabilisation dans la politique, l'économie, le maintien de l'ordre. Le fait que beaucoup de gens associent le terme "démocratie" aux mots d'ordre des événements turbulents des années 1990, qui avaient abouti à l'éclatement de l'Union soviétique, à l'effondrement presque total de l'économie du pays et à l'appauvrissement de la population est pour ces analystes une autre explication.
De nos jours, il est indubitable que l'électeur russe préfère le terme "ordre". Cependant, ce serait lourdement se tromper de croire qu'il le lie à une répression rigoureuse des hétérodoxes. Quoiqu'on ne puisse pas écarter que ce que d'aucuns espèrent, c'est-à-dire "le châtiment de ceux qui ont pillé le pays", devienne réalité. Ce que les Russes attendent d'essentiel de l'élection présidentielle et de la constitution du nouveau gouvernement, c'est un niveau de vie et de sécurité plus élevé. Une de nos vieilles connaissances nous a confié que c'était ce qu'elle souhaitait beaucoup et que pour cette raison elle irait voter.