Femmes d'affaires russes: les clichés de l'Occident sont une illusion

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Un cliché bien ancré en Occident présente la femme russe comme un être humble, une créature foncièrement domestique, que l'on peut modeler comme de la glaise. C'est une illusion. Les toutes dernières statistiques brossent un tableau assez rose. De très nombreuses femmes russes sont à la tête de sociétés privées et de structures commerciales quelque peu moins importantes.

Depuis Clara Zetkin il est prescrit de plaindre la moitié féminine de l'humanité, en butte à la discrimination dès qu'elle veut se lancer dans les affaires ou accéder au pouvoir.

Si la grande révolutionnaire allemande avait pu se trouver en ce début du mois de mars en Russie, où la Journée internationale de la femme est célébrée chaque année, son visage ordinairement sévère se serait éclairé d'un large sourire. En effet, les femmes d'affaires se rendent en rangs serrés à leur travail où elles ne se sentent pas mal du tout.

Les toutes dernières statistiques brossent un tableau assez rose. De très nombreuses femmes russes sont à la tête de sociétés privées et de structures commerciales quelque peu moins importantes. Le business féminin assure un emploi à un travailleur russe sur quatre.

Cette contribution à l'économie nationale n'est pas gracieuse. Selon les derniers sondages, 25% des femmes russes ont des revenus plus élevés que leurs collègues masculins. Dans la presse d'affaires du pays - à la rubrique humour il est vrai - on évoque de plus en plus souvent le retour du matriarcat. Plaisanterie maladroite. En règle générale, en Russie la vie est plus dure pour les femmes que pour les hommes. Mais elle l'est deux fois plus pour celles qui gèrent un business privé.

Lorsque les femmes entrepreneures russes montent leur affaire, elles sont dans une situation inégale par rapport aux hommes. A la différence de leurs maris, frères et fils, les femmes n'ont généralement pas les mêmes possibilités que les hommes d'accéder aux crédits et aux ressources administratives. La pratique montre que bien souvent elles ne disposent pas de la somme que l'on pourrait qualifier fièrement de capital de départ.

Malgré cela, et peut-être même grâce à cela - le besoin fouette - le business féminin russe fourmille de carrières féminines fulgurantes.

Souvenons-nous, entre autres, de l'envolée de Lioudmila Antoniouk, cette femme extraordinaire de Kalouga, qui avait pris la tête de la société Kraft, la seule entreprise russe spécialisée dans la fabrication d'équipements pour la chloration de l'eau, et qui avait fini par concurrencer les compagnies occidentales renommées.

Aujourd'hui cette femme d'affaires jouit d'un tel prestige dans les milieux d'affaires que ceux-ci lui pardonnent, à leur manière certes, ses déclarations hautement risquées. Ainsi, au cours d'une récente conférence internationale tenue sur le thème "Les femmes et les affaires. Expériences comparées de la Russie et de l'Allemagne", Lioudmila Antoniouk n'avait pas hésité à prétendre que l'humiliation des femmes et la présomption des hommes étaient pour une bonne part à l'origine du développement défectueux de l'économie russe. La conférence avait jugé cette conclusion plutôt paradoxale mais "pas dénuée de bon sens".

Il en est peut-être ainsi, mais aujourd'hui la présomption et l'humiliation semblent quand même appartenir au passé. Selon les sociologues russes, la réussite dans le management n'est ni féminine, ni masculine. De par sa nature, le management est asexué. Autrement dit, dans le contexte actuel, quand la Russie se trouve en équilibre entre l'économie planifiée et le capitalisme encore immature, le bon gestionnaire doit mettre à profit aussi bien les atouts masculins - force, stratégies énergiques - que féminins: approche souple, réflexion harmonieuse et obstination.

De nos jours, il n'y a rien de plus important que la survie pour l'entrepreneur russe. L'impératif de survie oblige les femmes autant que les hommes à recourir aux même méthodes de management. Quoi qu'il en soit, les Svetlana et les Natalia russes sont davantage enclines, pour l'instant et d'une manière générale, au petit business mobile, organisé selon le principe dit du deuxième foyer. Le club, la galerie de peinture, le salon de beauté, le salon de coiffure, le magasin d'alimentation de quartier sont des entreprises qui se prêtent bien aux principes de l'organisation familiale proches de la mentalité féminine. Les affaires dans ce cas sont en quelque sorte un duplicata du foyer. Alors la femme d'affaires cumule sans stress particulier les rôles de dirigeante, de femme et de mère. Le portrait type de la femme d'affaires russe séduit par ses facettes multiples.

Deux tiers des entrepreneures sont mariées et ont un ou deux enfants. Un quart d'entre elles se sont lancées dans les affaires assez tôt, avant l'âge de 35 ans; environ 40% entre 35 et 45 ans et 35% après 45 ans. L'âge des compagnies dirigées par des femmes va de 3 à 7 ans. 80% des femmes d'affaires russes sont diplômées de l'enseignement supérieur, ce qui est assez impressionnant.

Un cliché bien ancré en Occident présente la femme russe comme un être humble, une créature foncièrement domestique, que l'on peut modeler comme de la glaise. C'est une illusion. Au cours de l'histoire de la Russie bien des femmes ont tenu les rênes du pays et souvent des hommes détenant le pouvoir se sont avérés incapables de prendre des décisions tant soit peu importantes sans prendre conseil auprès de leur épouse. Les femmes d'affaires russes d'aujourd'hui démontrent qu'elles ont hérité de ce gène de l'indépendance.

En effet, le grand business russe est pour l'essentiel toujours entre des mains masculines. Seulement les banques du pays ouvrent de plus en plus largement leurs portes aux femmes managers de l'échelon supérieur.

On voudrait croire que le jour n'est pas loin où la fameuse liste des 50 femmes d'affaires les plus influentes, qui est publiée par Forbes Magazine, comportera un nom de femme russe qui figurera aux côtés de ceux de Marjorie Scardino, la présidente de la maison d'édition Pearson, d'Anne Lauvergeon, présidente du monopole public français Cogema, et de Mary Ma, la top manager de la grande compagnie informatique hongkongaise Legend.

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