La Russie lutte contre le tabagisme

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Par Olga Sobolevskaïa, commentatrice de RIA Novosti

Un programme de lutte antitabac chez les moins de 18 ans a été lancé au mois de mars en Russie par le Conseil social de concours au développement positif de la jeunesse "Ton choix". Les organisateurs de cette initiative tiennent des colloques et des tables rondes, contrôlent les connaissances juridiques des débitants de cigarettes en matière de restriction de la consommation du tabac. L'action empruntera l'itinéraire Iékaterinbourg (Oural), Novossibirsk et Irkoutsk (Sibérie), Vladivostok (Extrême-Orient russe), Kazan et Volgograd (Povoljié). Ce n'est pas un secret que la Russie est devenue une grande puissance en matière de consommation de tabac puisque sur le plan de la production elle se classe en troisième position derrière la Chine et les Etats-Unis, a déclaré le président du Conseil social "Ton choix", Nikolaï Guérassimenko, qui est aussi vice-président du comité santé de la Douma (chambre basse du parlement). Le marché du tabac est en pleine expansion. En 1996, le pays avait fabriqué 141 milliards de cigarettes, l'année dernière il en a produit 330 milliards et, selon Nikolaï Guérassimenko, 380 milliards d'unités seront mises en vente cette année. Cinq des sept corporations opérant sur le marché russe du tabac sont étrangères.

En Russie plus de 40 millions de personnes sont dépendantes du tabac. Selon le ministère de la Santé, environ 65 pour cent des hommes et 20 pour cent des femmes sont des fumeurs invétérés. La consommation de tabac est une des raisons pour lesquelles en Russie les hommes n'atteignent pas tous l'âge de la retraite qui est de 60 ans, souligne Galina Tkatchenko, directrice du Centre de coordination des mesures antitabac du ministère de la Santé, membre du groupe de travail interdépartemental chargé d'élaborer la Convention cadre antitabac de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Chez les hommes, le taux de mortalité due aux maladies liées à la dépendance du tabac est de 30 pour cent. Cette passion nocive provoque et exacerbe des maladies graves comme le cancer des poumons, l'infarctus du myocarde, l'apoplexie, l'hypertonie.

L'épidémie de tabagisme se développe parmi la jeunesse. Un écolier sur dix est dépendant du tabac. Les jeunes filles elles aussi se laissent de plus en plus tenter par la cigarette. Selon le ministère de la Santé, elles sont 16 pour cent à fumer parmi les 16-17 ans. Les débits de tabac continuent de vendre leurs produits aux jeunes de moins de 18 ans, enfreignant ainsi la loi de 2002 sur la limitation de la consommation du tabac.

Cette extension du tabagisme en Russie a été provoquée par deux facteurs: la situation économique difficile des années 1990 et l'ouverture des frontières. Il avait semblé aux gens que le tabac aidait à se détendre, à se soustraire aux ennuis financiers et aux problèmes du chômage qui s'étaient abattus sur eux, dit Galina Tkatchenko. Et la demande grandissante de cigarettes a immédiatement été satisfaite. La Russie a littéralement été inondée de produits du tabac. Le pays s'ouvrant au monde s'est avéré un marché d'écoulement nouveau et spacieux pour les cigarettiers internationaux.

Il est indispensable de réaliser un travail d'explication de tous les instants en direction des enfants et des adolescents, dans les écoles, il faut notamment diffuser des livres et des dépliants expliquant les effets nocifs du tabac sur la santé, souligne Galina Tkatchenko. Or, cette littérature n'est pas encore éditée en quantités suffisantes. Il importe aussi d'impliquer des psychologues compétents dans cette campagne. Il serait peut-être bon ici de suivre l'exemple de la Suède où il existe une police des moeurs qui se montre très opérante dans la lutte antitabac parmi les adolescents.

Pour que la lutte contre le tabagisme donne des résultats il est primordial que la société y prenne part et qu'elle fasse connaître son hostilité à l'égard de ce phénomène, souligne Galina Tkatchenko. La société doit créer des conditions inconfortables pour les fumeurs. Très utile ici pourrait être l'expérience des Etats-Unis, du Canada et de la France, où les fumeurs sont la cible de discriminations de toutes sortes.

Cependant, le tout premier rôle doit être tenu par l'Etat. Malheureusement, la législation russe n'a pratiquement pas progressé dans la lutte contre l'expansion de l'épidémie de tabagisme. La loi sur la restriction de la consommation du tabac avait été élaborée sous la pression exercée par les cigarettiers et l'industrie publicitaire qui ne tenaient pas, bien évidemment, à ce que le texte comporte des clauses interdisant la vente des cigarettes et la publicité du tabac.

Nous plaçons des espoirs sur la Convention cadre antitabac adoptée par l'Organisation mondiale de la santé, relève Galina Tkatchenko. Les Etats membres de l'OMS, dont la Russie, qui ont adopté la convention doivent dans les cinq ans à venir interdire ou limiter strictement la publicité, directe ou non, du tabac et des produits dérivés. Le document invite aussi à combattre la contrebande de cigarettes et à prendre des mesures en vue d'interdire leur vente sans taxes. Désormais il sera interdit de fumer dans les lieux publics fermés, les prix des produits du tabac vont être relevés et des campagnes dénonçant la nocivité du tabac vont être lancées, ce dont nous nous félicitons.

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