Le combustible nucléaire irradié : "persona grata" en Russie

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MOSCOU, 27 février /Commentatrice de RIA-Novosti Tatiana SINITSYNA/. Le président Vladimir Poutine, en voyage de travail à Krasnoïarsk, en Sibérie orientale, a déclaré en répondant à une question des étudiants des universités locales, qu'il ne voyait pas de problème dans l'importation en Russie de combustible nucléaire irradié. "A condition de respecter strictement les technologies, de se concentrer sur les déchets provenant du combustible que nous livrons nous-mêmes et d'utiliser l'argent obtenu pour régler des problèmes écologiques et notamment liés à la pollution nucléaire, cette décision (celle d'autoriser les importations de combustible irradié) sera justifiée sur le plan moral", a dit Vladimir Poutine.

Cette question des étudiants n'avait rien de hasard. C'est bien à Jeleznogorsk, une ville "secrète" située sur le Territoire administratif de Krasnoïarsk, où se trouve, dans l'enclos du Combinat chimique et minier qui à l'époque de la course nucléaire produisait du plutonium militaire, l'un des plus importants entrepôts russes de combustible nucléaire irradié (CNI). Le combustible irradié provenant des réacteurs VVER, installés non seulement sur des sites nucléaires russes mais aussi à l'étranger, dans les centrales ukrainiennes, bulgares et hongroises y arrive.

Au printemps 2001, la Douma d'Etat avait adopté la loi autorisant les importations et le retraitement en Russie du combustible nucléaire irradié. Pour contrôler ces importations, le président Poutine avait institué en juillet une commission spéciale avec à sa tête le député Jores Alferov, prix Nobel de physique.

La Russie qui se prépare à prendre part à un appel d'offres pour le droit de construire, sur son territoire, un entrepôt international de CNI, examine la "candidature" du Combinat de Jeleznogorsk pour cet éventuel chantier. D'après les projets de l'Agence internationale pour l'Energie atomique, cet entrepôt international pourrait concentrer en un seul endroit si possible tous les matériaux présentant un danger du point de vue de la menace terroriste. La capacité de l'entrepôt de Jeleznogorsk est de 6 000 tonnes et il est déjà rempli à 50%. Une modernisation, actuellement en cours, permettra de porter sa capacité à 9 000 tonnes. Ceci dit, le combustible provenant des réacteurs RBMK (de type de Tchernobyl) devrait être transféré vers un autre entrepôt, d'une capacité de 38 000 tonnes. Sa construction a débuté dans les années 1990.

Selon les experts du ministère russe de l'Energie nucléaire, les entrepôts aménagés dans les sols rocheux du Territoire de Krasnoïarsk pourraient accueillir des dizaines de milliers de tonnes de combustible nucléaire importé. Le ministère dit pouvoir accueillir 20 000 tonnes, soit 10% des réserves mondiales du CNI. Cela promet de considérables rentrées au Trésor russe, à raison de 1 million de dollars par une tonne de CNI, et aussi des sommes considérables à la ville de Jeleznogorsk (25% des sommes versées) pour le règlement de problèmes écologiques.

Selon le porte-parole du ministère, Nikolaï Chingarev, le combustible irradié pourrait être importé en Russie, aux termes de la loi, soit pour stockage provisoire, soit pour retraitement. Dans le premier cas, après un maintien de plusieurs dizaines, voire de plusieurs centaines d'années, le combustible, déjà moins radioactif, est retourné au fournisseur. Quant au retraitement, il consiste à enrober de verre les déchets faiblement radioactifs. Ces blocs de verre resteront à jamais dans les lieux où cette opération a été effectuée, alors que le matériel nucléaire non brûlé est retourné à ses propriétaires.

Nikolaï Chingarev affirme que de nombreux écologistes soutiennent l'idée d'importation et de stockage de CNI en Russie justement pour cette raison qu'ils constitueront une source financière importante permettant de redresser la situation écologique dans les régions concernées. Certes, il y a ceux qui s'y opposent, par exemple, Alexeï Yablokov, membre correspondant de l'Académie des sciences et président du Centre de politique écologique de Russie, estime que "tous les plans du ministère de l'Energie nucléaire visant à organiser le stockage de toutes les "vieilleries nucléaires" du monde entier poursuivent uniquement l'objectif de gagner de l'argent. Yablokov exprime aussi des craintes au sujet des matériaux de construction qui seront utilisés dans l'aménagement des capacités de stockage durable, puisque la période de désintégration du CNI dure des centaines d'années.

Depuis la naissance de l'industrie nucléaire - non seulement en Russie, mais aussi dans d'autres pays - le traitement du combustible irradié reste un des problèmes les plus difficiles. La production d'un mégawatt d'énergie thermique sur les centrales nucléaires conduit à l'apparition de 1 g de matériaux de fission présentant un niveau de radioactivité élevé. Presque entièrement, ces matériaux restent dans les éléments combustibles.

Selon les estimations de l'AIEA, près de 200 000 tonnes de CNI sont aujourd'hui stockés dans le monde. Le développement de l'énergie nucléaire dépend donc à plus d'un titre de la solution qui sera trouvée au problème du stockage et du retraitement en toute sécurité du combustible nucléaire irradié.

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