La décision du Président Vladimir Poutine de limoger le gouvernement de Mikhaïl Kassianov a été une surprise, y compris pour le Premier ministre lui-même. Or, selon certaines rumeurs, celui-ci en aurait été informé plusieurs heures avant l'intervention télévisée du chef de l'Etat.
Tout porte à croire que l'actuelle démission du gouvernement juste avant les présidentielles a pour objectif essentiel de gagner l'appui des électeurs non seulement en faveur du Président personnellement, mais aussi et surtout pour toute une équipe bien concrète et un programme d'action tout aussi concret. Autrement dit, tout en votant pour Vladimir Poutine, les électeurs feront aussi confiance à sa nouvelle équipe. Nul doute qu'un tel revirement de la situation ne manquera pas de conforter tant les positions d'un nouveau cabinet des ministres que la stratégie de Vladimir Poutine dans son ensemble pour son nouveau mandat présidentiel.
Viktor Khristenko est nommé Premier ministre par intérim. C'est un homme politique connu en Russie. En effet, depuis ces dernières années, Viktor Khristenko répondait des domaines aussi compliqués que les relations fédérales, le développement des régions et les collectivités locales, la régulation du fonctionnement des monopoles naturels, la politique des prix, la réforme du secteur énergétique et les économies d'énergie, la politique en matière de transports et la réforme structurelle des chemins de fer. Quoi qu'il en soit, beaucoup estiment que l'actuel Premier ministre par intérim ne serait qu'une "figure passagère" par la suite remplacée par quelqu'un issu du proche entourage de Vladimir Poutine.
Mais qui peut le remplacer dans l'avenir? On entend parmi les noms cités le plus souvent celui de l'actuel ministre de la Défense, Sergueï Ivanov. C'est un ancien camarade de Vladimir Poutine et, selon bien des évaluations, son allié le plus fidèle. Une autre candidature au poste de futur Premier ministre, candidature dont on parle beaucoup, est celle de l'actuel président de la Douma d'Etat (Chambre basse du Parlement russe), Boris Gryzlov, homme qui a manifesté, lui aussi, plus d'une fois son dévouement absolu au Président sortant. Néanmoins, estiment des observateurs, il est fort peu probable que Vladimir Poutine veuille retirer Boris Gryzlov du poste qu'il n'a occupé que deux mois auparavant, à l'issue des législatives de décembre dernier. Autre candidature au poste de nouveau chef du gouvernement, celle d'Alexeï Koudrine. Dans le gouvernement de Mikhaïl Kassianov, il était ministre des Finances.
Toujours est-il que l'on apprendra sans doute très prochainement le nom du nouveau Premier ministre tout comme d'ailleurs ceux des membres de son gouvernement. C'est d'ailleurs ce que le Président Vladimir Poutine a dit lui-même mardi dernier au cours de son intervention à la télévision nationale. "J'estime correct, a-t-il indiqué, de déclarer, dès à présent, c'est-à-dire sans attendre la fin de la campagne électorale, la composition de l'organe exécutif supérieur du pouvoir d'Etat qui devra, par conséquent, assumer sa part de responsabilité pour le développement ultérieur de notre pays". La presse russe retient aussi le fait qu'à part Mikhaïl Kassianov, tous les membres de l'ancien gouvernement gardent pour le moment leurs postes à cette exception près qu'ils sont désormais "ministres par intérim". Néanmoins, de toute évidence, un tel état de choses ne va sans doute pas s'éterniser. Vladimir Poutine ne se servira sans doute pas de l'ancien jeu de cartes pour former un nouveau gouvernement, de sorte que de nouveaux noms ont toutes les chances d'apparaître. Il n'est même pas, non plus, à exclure, loin de là, que non seulement des militants du parti pro-présidentiel "Russie Unie", mais aussi des soi-disant opposants, qui ont essuyé une défaite écrasante aux récentes législatives, deviennent ministres. Des politiques du parti "Yabloko" peuvent très bien recevoir des portefeuilles. Ainsi, indiquent certains, le Président manifesterait son désir d'initier à la direction du pays diverses forces politiques, y compris des forces que l'Occident épaule par tradition. Autrement dit, le nouveau cabinet deviendrait dans une certaine mesure un "gouvernement de consensus national".
Il n'en est pas, cependant, moins vrai que, tout de suite après les futures présidentielles, Vladimir Poutine, qui va certainement les remporter (très peu nombreux sont effectivement ceux qui en doutent), se propose de s'atteler énergiquement à la mise en uvre des réformes, tant économiques que politiques. Force est de reconnaître que le gouvernement de Mikhaïl Kassianov ne convenait pas tellement. En effet, la personne même de l'ex-Premier ministre était plutôt associée à l'époque de Boris Eltsine, époque révolue à laquelle les Russes lient généralement de très graves problèmes du passé. Et c'est justement avec ces erreurs d'autrefois que le futur gouvernement doit en finir une fois pour toutes, estiment les citoyens de la Russie.