En 2003, l'économie russe a eu 29,7 milliards de dollars d'investissements étrangers, 1,5 fois de plus qu'en 2002, rapporte le Comité d'Etat aux Statistiques.
Comment interpréter ce chiffre ? En termes absolus, il n'est pas tellement important. Car c'est moins que le montant des investissements étrangers réalisé dans l'économie de la Chine en 2001, une année de crise, lorsque rares étaient ceux qui osaient investir où que ce soit (47 milliards). Et à peine comparable aux investissements réalisés par la Chine elle même dans le monde entier en 2003 : 35 milliards. Enfin, ce chiffre ne peut en aucune manière être comparé à ce qui a été investi dans cette même Chine, ou aux Etats-Unis, ces deux leaders de la mobilisation de capitaux étrangers, de nos jours.
Pourtant, ce bond de 50% mérite une attitude plus que sérieuse. Y compris en Russie, où les appréciations pessimistes ne manquent toujours pas. Aujourd'hui, en réponse à ces bonnes statistiques, il faut s'attendre à une multitude de "oui, mais...". On vous rappellera par exemple que l'économie du pays est largement basée sur les exportations de matières premières, que les investisseurs étrangers se heurtent à de nombreux obstacles juridiques et autres, et beaucoup d'autres choses encore qui sont, quoi qu'on en dise, justes. Mais le fait que près de 40% des investissements de 2003 soient allés dans l'industrie est un fait éloquent en soi. C'est une nouvelle étape du développement, la première ayant commencé par les services et les infrastructures. La hausse des investissements dans l'économie russe permet de faire des prévisions optimistes. "Dans 10, 20 ou 40 ans nous verrons monter une nouvelle classe de puissances qui sont aujourd'hui plus voyantes au niveau régional mais qui ont déjà été des puissances mondiales". C'est l'avis que David Rothkopf, de la Fondation Carnegie, a donné à Davos. La montée record des investissements étrangers en Russie est à voir dans ce contexte justement.
Cette montée pose aussi des questions. Ces nouvelles "locomotives de la croissance" torpilleront-elles ou non la domination économique des deux géants mondiaux d'aujourd'hui, les Etats-Unis et la Chine ? Les nouveaux leaders, coopéreront-ils ou rivaliseront-ils les uns avec les autres ? Que faut-il entreprendre pour que leur nouveau leadership n'accentue pas les défis du nouveau siècle, avant tout la pauvreté de la plupart des pays du monde ? Et enfin, quelle idéologie ces nouvelles puissances apporteront-elles aux relations internationales ? - 0- EK/tg/TJ