La Russie teste son "bouclier global"

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Par Viktor Litovkine, RIA Novosti

Depuis le 20 janvier un entraînement stratégique de commandement et d'état-major en matière de conduite des forces armées a lieu dans six Régions militaires de Russie. On doit cette appellation officielle au premier chef adjoint de l'Etat-major général des Forces armées, le général de corps d'armée Youri Balouïevski. Le général Balouïevski a convoqué à Moscou une conférence de presse spéciale suite à la publication dans la presse russe d'articles consacrés à cet entraînement. Il y est prétendu que "la Russie prépare une guerre nucléaire", "la Russie entre en guerre nucléaire contre elle-même", "les manoeuvres militaires les plus grandioses ont commencé"...

Le général a qualifié ces publications d'inventions et de suppositions et s'est employé, au nom du ministère de la Défense, à apporter des éclaircissements. Il s'est avéré que cet entraînement était tout à fait ordinaire, annuel, qu'il était programmé, n'avait rien de grandiose et qu'il se poursuivrait tant que les organes de conduite et les troupes n'auraient pas mené leurs missions à bien". Il n'y a donc rien de sensationnel.

Seulement plus monsieur Balouïevski réfutait le contenu des articles publiés dans la presse moscovite et plus on s'apercevait que les médias, mis à part quelques exagérations journalistiques bien naturelles et erreurs techniques pardonnables aux profanes, avaient publié des informations assez véridiques et aussi curieuses.

Examinons les dimensions de l'entreprise. Toutes les armes des Forces armées - Terre, Air, Mer - ainsi que les forces de dissuasion stratégique prennent part à l'entraînement stratégique de commandement et d'état-major baptisé "Bouclier global". Les Troupes balistiques stratégiques, les Troupes spatiales, le 12-e Département principal de l'Etat-major général, responsable de la gestion des ogives et des munitions nucléaires, sont également engagés. La direction immédiate de l'entraînement est assumée par le chef de l'Etat-major général, le général d'armée Anatoli Kvachnine. La direction générale l'est par le ministre de la Défense, Sergueï Ivanov. Il n'est pas exclu qu'à une certaine étape l'entraînement soit chapeauté par le président russe, Vladimir Poutine, chef suprême des armées. Les journalistes n'ont pas précisé quand le chef de l'Etat se trouverait à la tête du "Bouclier global". De toute évidence la chose pourrait se produire à la mi-février, période à laquelle il est prévu de tirer des missiles stratégiques depuis le polygone de Plessetsk et des missiles balistiques depuis des sous-marins nucléaires positionnés en mer de Barents ou en mer Blanche. Sans la présence du chef suprême des armées de tels tirs sont impossibles car il doit débloquer le code de transmission des signaux de la "mallette nucléaire". Par exemple, les Etats-Unis connaissent exactement quand ce sera fait. Conformément au Traité Start-1, qui restera en vigueur jusqu'en 2009, ils ont été informés à l'avance par Moscou. Pas les autres pays. Leurs observateurs n'ont pas non plus été invités. En vertu du document de Vienne sur les mesures de confiance et de sécurité en date de 1999, de telles notifications et invitations sont faites "si au moins 9.000 hommes, dont les troupes de soutien", ou "250 chars de combat ou 500 véhicules blindés ou 250 pièces d'artillerie tractées ou autotractées sont engagés dans l'entraînement ou les exercices". Le général Balouïevski a déclaré que de telles quantités de troupes n'étaient pas impliquées dans l'entraînement en question. Des forces sont désignées çà et là, elles réalisent des missions d'instruction et de combat. Mais quelles sont donc ces missions? Le premier chef adjoint de l'Etat-major général a conseillé à l'assistance de lire attentivement le chapitre III des "Objectifs actuels du développement des Forces Armées russes", au sujet desquels le ministre de la Défense, Sergueï Ivanov, a présenté un rapport au cours d'une conférence tenue à Moscou le 2 octobre de l'année dernière. Il était intitulé "Evaluation des dangers", et toutes les actions du commandement de l'entraînement stratégique, des forces et des moyens engagés visent justement à neutraliser ces dangers. Extérieurs en premier lieu.

Le général de corps d'armée n'a pas précisé d'où ces dangers émanaient. Il a même dit qu'ici "les Etats-Unis, les pays européens ou encore l'OTAN ne sont pas du tout impliqués", "l'ennemi est conventionnel". Toutefois il a fait remarquer que le but de l'entraînement "est de se donner des moyens pour exclure toute pression armée sur la Russie", "de vérifier si les unités et les formations opérationnelles classiques sont prêtes à être transférées sur de grandes distances et à mener à bien les missions qui leur seront attribuées", "de procéder à des expériences scientifiques et pratiques en matière d'emploi de moyens stratégiques futurs à même de percer un bouclier antimissile".

Quant au nom de celui qui met en place la défense antimissile en question, c'est un secret de polichinelle. Le général Balouïevski n'a pas caché ce qu'il pensait de la décision des Etats-Unis de créer des charges nucléaires de faible puissance, du refus de Washington de ratifier le Traité sur l'interdiction totale des essais nucléaires. Selon lui, ces actions constituent des facteurs déstabilisants. "Les Etats-Unis veulent transformer les armes nucléaires en armes de théâtre et en instrument pour réaliser des tâches militaires, abaisser le seuil de leur emploi, et cela ne peut que susciter notre préoccupation", a dit le premier chef adjoint de l'Etat-major général. "Ne devons-nous pas réagir à cela, au moins au niveau de l'entraînement de commandement et d'état-major? Nous le devons, j'en suis sûr, et c'est ce que nous faisons". Nous ne voulons effrayer personne, a fait remarquer le général, nous ne faisons que ce que les militaires doivent faire, c'est-à-dire se préparer en vue d'un conflit éventuel.

Au demeurant, il était déjà évident sans ces propos qu'en ces journées de février la Russie et ses Forces armées font la démonstration au pays et au reste du monde qu'elles sont prêtes, même avec les moyens relativement réduits alloués à la défense par le budget, à mener à bien les tâches pratiques fixées par la "nouvelle doctrine militaire", qui consistent à montrer leur potentiel de dissuasion stratégique.

Enfin, quoi que disent les généraux, un entraînement de commandement et d'état-major en pleine campagne présidentielle n'est jamais ordinaire.

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