Les marchés pétroliers : point de vue de Moscou

S'abonner
par Vassili Zoubkov, RIA-Novosti

La décision prise le 10 février à la conférence extraordinaire de l'OPEP à Alger - diminuer la production journalière de pétrole en la ramenant à 23,5 millions de barils à partir du 1er avril - a suscité de vives réactions sur les marchés mondiaux. Le cartel se propose donc de retirer du marché près de 2,5 millions de barils, soit 9% de la production globale actuelle. Rares étaient ceux qui s'attendaient à un coup pareil.

Dans leurs débats, les analystes, se demandaient, en effet, si les prix de l'or noir entamaient enfin leur baisse en 2004 et concluaient à l'unanimité que ceci, tout compte fait, n'était pas pour demain. Et que les cours oscilleront au deuxième trimestre entre 30 et 26,7 dollars le baril. Pourtant, le 11 février, les contrats à terme de mars pour le pétrole WTI, sur la place de New York, ont fait un bond à 33,87 dollars, alors qu'à Londres, le Brent se négociait, toujours pour mars, à 30,12 dollars le baril. Le prix du russe Urals (prix dans les ports méditerranéens) a augmenté de 1 dollar, se montant à 26,86 dollars le baril.

Qu'est-ce qui a poussé l'OPEP à prendre ces décisions ? Il y a à cela plusieurs causes, à notre avis.

Premièrement, la baisse de production décidée par les pays exportateurs de pétrole faisant partie de l'OPEP n'est rien d'autre que le respect des quotas qu'ils avaient eux-mêmes décrétés l'an dernier. Ces mêmes quotas que, profitant de la conjoncture favorable, sept pays des dix membres du cartel avaient globalement "dépassé" de 1,8 million de barils par jour.

Deuxièmement, le lancement d'un grand oléoduc en Irak débouchant sur le port turc de Ceyhan est attendu d'un jour à l'autre. Ces faibles quantités de brut qui sont exportés par Bassora sont sans importance pour le marché. Pourtant, l'apparition de grosses quantités de pétrole irakien risquent de faire basculer la situation sur le marché européen, estime-t-on à la compagnie pétrolière russe Lukoil.

Troisièmement, la baisse de production projetée et la hausse des prix qui suivra permettront au cartel de compenser les pertes que le dollar en chute cause à ses revenus d'exportation. Car c'est en monnaie américaine que se réalisent les transactions pétrolières. Et tous les exportateurs pétroliers en souffrent. Le ministre américain des Finances, John Snow, a beau s'indigner : il est pourtant un des auteurs de la politique actuelle du dollar faible.

Le quatrième motif qui a poussé l'OPEP à prendre cette décision est le facteur saisonnier. La saison de chauffage touche à sa fin en Europe et en Amérique du Nord. Naturellement, la demande de brut baisse.

Moscou a réagi calmement à cette décision du cartel. La Russie ne fait pas partie de l'OPEP et personne au sein de cette organisation ne lui demandait s'il fallait augmenter ou non les cours. Certes, il existe une certaine coordination avec le cartel pétrolier mais, en l'occurrence, comme l'a indiqué à RIA-Novosti une source interne au ministère de l'Energie, la Russie n'avait pas été informée de la décision qui allait être prise. Bien qu'elle constitue pour elle une surprise, à plus d'un titre.

La semaine dernière, le ministre russe de l'Energie, Igor Youssoufov, a supposé, au cours de sa rencontre avec les journalistes azerbaïdjanais, que le prix du pétrole russe oscillerait entre 25 et 28 dollars. Les plans de production russes en 2004 portent sur 432 millions de tonnes de brut, volume en augmentation de 3% par rapport à 2003. En janvier, le pays a produit 37 millions de tonnes, ce qui, selon le ministre, témoigne déjà d'un certain dépassement.

D'une manière ou d'une autre, les sociétés pétrolières russes profitent à coup sûr de la situation favorable sur les marchés. A leur place, tout exportateur de brut ferait de même.

Moscou.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала