"Homme de la Russie" au sein de la Commission de Hans Blix

S'abonner
par Victor Litovkine, commentateur militaire de RIA-Novosti

La première réunion de la commission internationale de Hans Blix s'est tenue à Stockholm les 28-30 janvier dernier. Le diplomate suédois Hans Blix a acquis une notoriété mondiale en tant que chef de la mission de l'ONU chargée de recherche d'armes de destruction massive en Irak. La commission a été mise en place par le gouvernement suédois sur l'initiative de la regrettée Anna Lindh, ministre des Affaires étrangères. Elle comprend les experts militaires les plus influents de douze pays dont l'Australie, le Brésil, la Chine, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l'Inde, l'Indonésie, le Japon, la Russie, le Sri Lanka et la Suède, ainsi que de Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR) situé à Genève.

Notre pays y est représenté par le docteur en histoire Alexeï Arbatov, membre correspondant de l'Académie des sciences de Russie et président du Centre de la sécurité internationale auprès de l'Institut russe d'économie mondiale et de relations internationales.

Les ministères de la Défense, des Affaires étrangères, d'autres organisations gouvernementales ou les parlements n'ont pas participé à la nomination des membres de la "Commission de Hans Blix" qu'on appelle autrement "Commission sur les ADM", selon M.Arbatov. Les experts ont été invités par les créateurs de la commission, notamment M.Blix en personne, qui avaient consulté à cette fin des instituts de recherches scientifiques et la communauté académique mondiale. La commission fonctionnera grâce à l'autorité de son fondateur qui est devenu encore plus influent après avoir condamné la guerre en Irak.

La Commission de Hans Blix s'occupera des problèmes des armes de destruction massive en qualité d'arbitre indépendant et impartial. Si ses membres décident de se rendre, pas exemple, en Iran, en Corée du Nord, en Libye ou en Syrie, ils obtiendront d'abord une autorisation des gouvernements de ces pays. Qui plus est, des inspections pareilles commenceront tout prochainement. Notre commission recevra un autre accueil que celui réservé aux autres hommes d'Etat, à l'AIEA, aux émissaires du sénat ou du congrès américains grâce à son prestige, à son statut indépendant et à sa capacité d'influer sur la politique internationale, de l'avis de M.Arbatov. "On nous parlera d'une manière plus confiante. Nous collecterons des documents, nous nous adresserons aux meilleurs spécialistes dans les affaires d'un tel ou tel pays, aux instituts de recherches américains, russes, aux organisations internationales dont l'Institut des recherches stratégiques de Londres, l'Institut des recherches sur la paix de Stockholm, le Centre pour la non prolifération auprès de l'Institut des relations internationales de Monterrey (États-Unis). Ensuite nous rédigerons un rapport que nous présenterons au secrétaire général de l'ONU d'ici la fin de 2005. Le rapport sera en outre envoyé aux dirigeants des ministères concernés des plus grands pays, à savoir aux ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de l'Énergie atomique, ainsi qu'aux organisations internationales principales que sont l'AIEA, le Comité pour le désarmement nucléaire de Genève, le Conseil de Sécurité de l'ONU...

D'où vient l'idée de créer une telle commission? Alexeï Arbatov cite trois raisons essentielles. La première raison est le progrès scientifique et technique qui permet de développer de nouveaux types d'armes de destruction massive. Les anciens mécanismes internationaux reposant sur le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), les Conventions sur l'interdiction des armes chimiques, bactériologiques, etc. ne fonctionnent presque plus et il faut remédier à la situation.

Deuxième raison est l'apparition du terrorisme international. Si les terroristes ont l'accès aux armes de destruction massive, surtout aux armes nucléaires, ils mettront en péril la sécurité du monde civilisé. Le terrorisme international n'a pas de frontières, il ne redoute pas les forces armées et ne respecte pas les principes moraux ou éthiques. Il n'a pas de terrains, de la population ou de l'armée qu'il pourrait défendre ou attaquer. C'est un danger tout à fait nouveau, d'autant plus grave si on prend en considération les conflits interethniques, religieux, le trafic d'armes, de drogue, les capitaux criminels importants qui circulent dans les réseaux électroniques... L'académicien Arbatov estime que l'accès des terroristes internationaux aux armes de destruction massive n'est qu'une question de temps. Et on peut régler cette question seulement en adoptant une nouvelle attitude à l'égard des ADM.

La troisième raison de créer la commission réside dans le fait que les problèmes du terrorisme international et la prolifération des ADM servent de prétexte pour certains pays pour lancer des actions expansionnistes contraires au droit international. La guerre en Irak est un exemple classique d'une telle politique. M.Arbatov estime que l'égoïsme de certains États abusant de l'idée noble et juste de lutte contre le terrorisme déprécie cette même idée. L'absence d'une coalition, de la coopération, du soutien de l'opinion publique ont permis au terrorisme écrasé en Afghanistan de triompher en Irak et dans d'autres pays. Washington a, sans doute, commis une erreur en Irak et il cherche à remédier à la situation.

Cela oblige la Commission de Hans Blix d'adopter une autre approche des problèmes des armes de destruction massive. Elle essayera de contribuer à la lutte contre ces armes en s'appuyant sur les organisations et les pays intéressés.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала