A l'heure actuelle les émissions de gaz de serre par les pays industrialisés ayant ratifié le document ne représentent que 44% de leur totalité. On sait que les Etats-Unis dont les rejets de ces gaz sont les plus importants (36%) ont refusé de ratifier le protocole. Dans ces conditions, la décision de la Russie dont la part se monte à 17% sera cruciale car le protocole ne prendra effet que lorsqu'il aura été ratifié par 55 pays responsables de 55% de la totalité des émissions de gaz carbonique dans l'atmosphère.
Durant les années des discussions sur le protocole, l'opinion publique a changé radicalement sa position en la matière. Il est de plus en plus rarement évoqué comme un accord climatique mais plutôt comme un contrat économique global du XXIe siècle. En argumentant la décision des Etats-Unis sur le protocole le président George Bush a déclaré dans son discours du 13 mars 2001 que les données fournies relativement à l'accord de Kyoto avaient le caractère d'une "connaissance scientifique incomplète sur les causes du réchauffement global du climat" et ne pouvaient pas de ce fait servir de base pour en tirer des conclusions pratiques.
L'argumentation scientifique du protocole est fondée sur le travail effectué par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). La conclusion principale faite dans son dernier rapport paru en 2001 consistait à constater une élévation de la température de l'air de 0,6°C au cours des cent dernières années et à l'attribuer à l'action de l'homme sur l'environnement consécutive à la croissance des rejets dans l'atmosphère de gaz carbonique, responsables de l'effet de serre.
Cependant, de l'avis du chercheur russe K.Kondratiev, membre honoris causa de l' American Academy of Arts and Sciences, de l'Académie européenne des sciences et des arts et membre étranger honoris causa de l'American Meteorological Society et de la Royal Meteorological Society de Grande-Bretagne, le rapport du GIEC ne fournit pas d'éléments nécessaires à une telle conclusion. Les auteurs du document reconnaissent, d'ailleurs, que les résultats de leurs études climatiques "ne peuvent pas être considérés comme un témoignage convaincant de l'existence d'un lien évident de cause à effet entre l'action humaine et la variation de la température à la surface de la planète". Dans le rapport il est indiqué, d'autre part, que la hausse générale de la température sur Terre étant de 0,6°C durant les cent dernières années, la majeure partie de cet accroissement (0,53°C) a été constatée dans la période de 1910 à 1945, c'est-à-dire lorsque le niveau d'émission a été beaucoup plus bas qu'aujourd'hui. Ce qui surprend le plus, c'est que le protocole de Kyoto ne dit rien du principal agent responsable de l'effet de serre qu'est la vapeur d'eau car elle intervient dans ce phénomène pour 62%. De telles "omissions" témoignent en faveur de l'hypothèse selon laquelle le protocole ne devrait pas être adopté seulement et tellement pour combattre l'effet de serre mais plutôt pour une raison tout à fait différente.
Depuis ces temps derniers les mécanismes économiques du protocole de Kyoto sont évoqués de plus en plus fréquemment, ce qui prouve que l'accord de Kyoto est au fond un contrat commercial global du XXIe siècle.
Le protocole prévoit l'engagement d'opérer des réductions quantitatives des émissions de CO2 dans l'atmosphère terrestre de façon que les 39 pays énumérés à l'annexe B au protocole doivent diminuer les émissions totales de bioxyde de carbone de 5,2% en moyenne par rapport au niveau de 1990. Des quotas individuels d'émissions sont fixés à chacun de ces pays. Celui des Etats qui aurait des émissions moins importantes pourrait vendre le reste de son quota. Au cas où un pays dépasserait le sien, il serait frappé de sanctions et privé du droit accordé par l'accord de vendre le moindre part de son quota.
Au cas où la Russie augmenterait d'ici 2010 sa production d'énergie électrique de 40% pour réaliser la stratégie énergétique qu'elle a adoptée, elle aurait brûlé des quantités de combustible si importantes que, dans la seule production d'électricité, les rejets de gaz de serre dépasseraient le niveau de 1990 de 30,8%. Dans cette éventualité, elle aurait à payer des amendes énormes, de 16 à 17 milliards de dollars par an, selon les calculs du docteur ès sciences techniques B.Boldyrev.
L'adhésion de la Russie au protocole de Kyoto signifie en fait son obligation de s'interdire d'approvisionner sa propre économie en pétrole, en gaz et en charbon en des quantités dépassant le niveau de 1990. Cela entre en contradiction avec l'objectif fixé au pays par son président Vladimir Poutine de doubler le PIB d'ici dix ans.
Cependant, il existe une dépendance entre la croissance économique et l'augmentation des émissions de gaz de serre. L'axiome de la production industrielle stipule que l'une des conditions sine qua non d'un essor économique stable au niveau de 2% à 3% par an est le doublement de la production d'énergie électrique. Voici deux exemples : au cours des années 1990 les émissions de gaz carbonique ont augmenté de 25% en Chine et de 15% aux Etats-Unis. Ces deux pays, surtout la Chine, ont affiché une croissance stable pendant cette période.
Une situation particulière s'est créée en Europe. Au Danemark, les rejets de bioxyde de carbone dans l'atmosphère se montent à 440% de la quantité susceptible d'être absorbée par toute la végétation qui couvre son territoire. Ils sont de 500% en Allemagne, de 670% en Angleterre, de 860% en Belgique, de 1500% aux Pays-Bas. Aux Etats-Unis, la situation est plus proche de celle qui prévaut en Russie : les émissions de CO2 représentent 96% des quantités que la flore de l'Amérique est capable de digérer. En Russie, le taux d'émission de CO2 s'élevait à 22-23% en 1990.
Il se trouve que la Russie fournit à l'Europe des services écologiques gratuits à une échelle impressionnante dont le coût économique est inconnu à ce jour. Cela n'empêche pas les membres de la Commission européenne de faire des déclarations péremptoires à l'adresse de la Russie pour le cas où elle refuserait de se joindre à l'accord dans l'immédiat. La position de l'Europe est claire. Il n'est pas moins évident que la Russie aussi doit agir partant en premier lieu de ses propres intérêts nationaux.
La récente déclaration d'Igor Ivanov en signifie pas le refus de la Russie de coopérer avec d'autres pays dans le domaine écologique. Au contraire, a-t-il souligné, "la Russie a toujours été et reste favorable à l'existence de mécanismes multiformes internationaux". Cependant, "cette question doit être résolue dans le cadre de l'ONU".