Une tentative pour mettre à nu problèmes et contradictions

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Par Vladimir Loukine, président de la fondation Ponts Est-Ouest, ambassadeur de Russie aux Etats-Unis en 1992-93

La visite que le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, vient de faire à Moscou a focalisé l'attention des milieux politiques et de la presse. Elle a largement été commentée, mais bien souvent d'une manière ne correspondant pas du tout au véritable déroulement des négociations et à l'état réel des rapports russo-américains.

Je soulignerais que les négociations ont été franches, prolongées et constructives. On avait vraiment l'impression que le travail réalisé était celui non pas d'opposants, d'adversaires ou d'ennemis, mais de partenaires. Le plus juste, ce serait de qualifier les nombreuses rencontres que Colin Powell a eues dans la capitale russe de tentative pour mettre à nu les problèmes et les contradictions qui marquent les relations russo-américaines. C'est la raison pour laquelle il serait erroné de prétendre que ces rapports sont à peu de choses près les mêmes que ce qu'ils étaient à l'époque de la guerre froide. Or, c'est pourtant ce qui a été dit dans les grands moyens d'information.

Objectivement un problème existe dans les rapports mutuels de Moscou et de Washington. Il réside dans le fait que leur confiance réciproque n'est plus aussi machinale qu'auparavant. Une atmosphère de confiance s'était instaurée, surtout au sommet, au lendemain des événements tragiques du 11 septembre 2001. Par la suite elle avait gagné les sphères inférieures. A présent ce climat est mis à l'épreuve.

Certains événements politiques en Russie n'ont pas l'heur de plaire aux Etats-Unis. Les deux pays semblaient avoir convenu de s'en tenir à un seul système de valeurs, mais on s'aperçoit qu'il y en a en fait plusieurs. L'Amérique n'apprécie pas certaines choses se passant en Russie. Parfois Moscou fournit des réponses évasives à des questions que se posent les Etats-Unis. Cela se produit peut-être parce que ces réponses nous les ignorons nous-mêmes. Grosso modo, les réponses évasives qui sont données concernent les problèmes internes russes, notamment la Tchétchénie, des questions ayant trait à notre proche entourage: la Géorgie, l'Ukraine, la Moldavie. Parfois ces réponses revêtent un caractère contradictoire. A propos de la Géorgie, disons. Nous disons que nous ne pourrons pas retirer nos bases militaires de Géorgie avant 10-11 ans parce que nous ne tenons pas à réitérer la situation qui avait suivi le retrait des troupes soviétiques d'Allemagne, ce qui en soi est juste. D'autre part, nous attirons l'attention sur le fait que nous ne disposons pas des moyens nécessaires pour démonter les bases en question. Mais quand les Etats-Unis proposent ces moyens, nous répondons qu'il n'en est pas question, que tout marchandage est exclu. Cette question relève des relations avec la Géorgie, et cela aussi est exact. Selon moi, la Russie doit faire en sorte que sa politique ne paraîsse pas contradictoire aux yeux du partenaire américain. En attendant nous observons toujours chez nous des récidives de la diplomatie à "géométrie variable".

La Russie elle aussi a des questions à poser aux Américains. Nous les suspectons de vouloir, par prétextes interposés, établir un cordon sanitaire autour de la Russie. Nous nous référons aux bases américaines en Asie centrale, dont on ignore la durée d'existence, le déploiement éventuel de bases en Géorgie et en Azerbaïdjan, ce que nient les Américains. Seulement ici aussi la tâche des Etats-Unis consiste à fournir des réponses cohérentes à ces questions. RIA Novosti.

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