Russie - Ukraine : ensemble en Europe

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par Raïssa Zoubova, RIA-Novosti

Fin janvier, Vladimir Poutine a effectué une visite de travail en Ukraine; il s'agit du dernier voyage officiel du chef de l'Etat russe avant le 14 mars, date des élections présidentielles. Ces deux jours à Kiev clôturent le programme des visites étrangères de son premier mandat présidentiel. Fait qui revêt la valeur d'un symbole. Les relations russo-ukrainiennes sont une priorité absolue non seulement pour les politologues mais aussi pour les habitants des deux pays. Et c'était bien la visite qui pouvait impressionner l'électeur russe.

Formellement, le chef de l'Etat s'est rendu à Kiev pour prendre part à la cérémonie de clôture de l'année de la Russie en Ukraine. En réalité, cette visite s'est avérée plus "de voisinage" et "d'amitié" que "d'affaires". Si les solennités, réceptions et concerts furent au premier plan, le débat autour des problèmes politiques d'actualité - et ils ne manquent pas ! - s'est déroulé en coulisse.

La visite a coïncidé avec le 350e anniversaire de la Rada de Pereïaslav qui unifia les deux pays. A l'époque de l'URSS, cette date aurait été célébrée avec fanfare. Mais aujourd'hui, les politiques, aussi bien en Russie qu'en Ukraine, évitent de mettre l'accent sur le thème de la réunification. La situation politique en Ukraine n'est pas propice au désir de la Russie de renforcer les liens amicaux avec son voisin. Très nerveuse, l'opposition nationaliste accueille ces plans à couteaux tirés, y voyant "les récidives de l'esprit impérial" dans la politique russe. L'idée d'espace économique unique, élaborée ces derniers temps par les dirigeants des deux pays, torpille, aux yeux de ces mêmes nationalistes, aussi bien l'indépendance ukrainienne que la politique de rapprochement avec l'Occident mise en oeuvre par Kiev. A Moscou, on s'efforce de ne pas agacer les milieux politiques ukrainiens par des références à la Rada de Pereïaslav.

"Pour l'Ukraine, le chemin de l'Europe passe par la Russie et le rapprochement russo-ukrainien est une question clef pour le développement des deux pays", affirme Viatcheslav Igrounov, expert et président du Conseil russo-ukrainien, un organisme non gouvernemental. Les processus économiques objectifs qui avaient lié les économies des deux pays à l'époque soviétique poussent - avec toujours plus d'insistance - les deux pays à la coopération et au dialogue. Le chiffre d'affaires des échanges réciproques a fait un bond de 30% l'année passée tandis que les guerres commerciales "du sucre", "des tuyaux" et "des automobiles" se sont apaisées. La Russie et l'Ukraine se sont mises à concerter leurs positions concernant les conditions de leur adhésion à l'OMC.

Mais tout au long de 2003, deux autres problèmes économiques ont été d'actualité pour les deux pays. Il s'agit du transit sur le territoire ukrainien de produits énergétiques russes et des termes de l'exploitation des ressources de la mer d'Azov.

Longtemps, le problème du transport de gaz par l'Ukraine et les dettes gazières de Kiev ont rongé les rapports entre les deux pays. L'Ukraine, qui a accumulé des dettes importantes pour les livraisons russes de gaz, procédait aux "prélèvements non sanctionnés" de combustible bleu sur les gazoducs d'exportation. Finalement, Moscou et Kiev ont en principe réussi à s'entendre sur la mise en place d'un consortium russo-ukraino-allemand qui gérera le réseau de transport de gaz ukrainien.

A la Russie, cette solution garantira des exportations sans obstacle de gaz en Europe occidentale et à Kiev, des investissements massifs : le réseau ukrainien a besoin de réparations, de développement et de nouvelles technologies. Mais s'il y a accord de principe, la réalisation pratique est freinée. Les parties déclarent que ces "empêchements" sont de nature technique, mais les observateurs établissent, eux, leur diagnostic : l'idée de consortium tripartite patine en raison des incertitudes politiques en Ukraine, en prévision du scrutin présidentiel prévu pour l'automne.

Situation semblable en matière de transport de pétrole. Moscou se dit prêt à signer un accord de 15 ans sur le transport de brut russe à travers le territoire ukrainien et persuade Kiev de donner son accord pour l'utilisation réversible de l'oléoduc Odessa-Brody, aujourd'hui non exploité. Cet accord est profitable à l'Ukraine, mais la décision définitive tarde à venir. Enfin, l'opposition ukrainienne a perçu de manière alarmiste en 2003 l'acquisition par le groupe énergétique russe RAO EES (électricité) de parts importantes dans dix sociétés énergétiques régionales d'Ukraine. Il n'est pas donc exclu que les forces politiques, aujourd'hui en opposition à la politique du président Koutchma, tenteront de contester ce marché.

L'an dernier a vu les deux pays s'entendre - en principe - sur le problème de la mer d'Azov et du détroit de Kertch. Les deux pays ont décidé de considérer la mer d'Azov comme leur mer intérieure et d'exploiter conjointement ses ressources. Pourtant, et les spécialistes le reconnaissent, les formalités nécessaires et la réalisation de l'accord prendront plus d'une année. Moscou devrait s'armer de patience et mobiliser tout son art diplomatique. Au terme de sa visite à Kiev, le président Vladimir Poutine a chargé le gouvernement de "relancer le travail en vue d'obtenir la ratification par les parlements des deux pays de l'accord sur la mer d'Azov et le détroit de Kertch et sur la création d'un espace économique unique".

Inévitablement, le capital russe se fraiera un chemin en Ukraine. Il n'y a là rien de néfaste pour nos voisins. Il est même juste de penser qu'ils pourront en tirer un profit conséquent.

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