La 2-ème conférence internationale "Communauté internationale contre la mondialisation de la criminalité et du terrorisme" vient de se dérouler à Moscou. L'initiative en revient au Forum anticriminel et antiterroriste mondial (WAAF), au Comité Sécurité de la Douma (Chambre basse du Parlement russe) et à la Fondation anticriminelle et antiterroriste de Russie. Cette rencontre très représentative a associé des hommes d'Etat et des personnalités publiques, ainsi que des représentants des services secrets, des juristes et des savants de la Fédération de Russie, des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, d'Israël et de beaucoup d'autres pays du monde.
Evaluant la situation en matière de criminalité dans le monde, le président du FAAM et ex-ministre russe de l'Intérieur, Anatoli Koulikov, a fait remarquer que la menace du terrorisme augmentait de façon catastrophique de jour en jour, que le terrorisme lançait de nouveaux défis et ce, sous des formes de plus en plus machiavéliques et redoutables. Cette conclusion a été concrétisée par le président de la Commission des lois du Bundestag (Parlement fédéral) de l'Allemagne - Rupert Scholz - qui a déclaré, en substance, que, selon l'Office fédéral pour la protection de la Constitution de la RFA, des centaines de groupements islamistes et d'extrême-droite opéraient, à présent, sur le territoire de l'Allemagne, organisations qui comptaient jusqu'à 150 000 militants. Les forces de l'ordre du pays les considèrent comme des terroristes potentiels.
David Armstrong de l'Agence d'information américaine à la sécurité nationale a déclaré qu'au cours de l'année dernière, par exemple, l'Internet avait supporté 90 millions d'attaques de différents groupes criminels en quête d'informations d'ordre criminel. Ils tiennent, en règle général, à obtenir des données confidentielles ou se livrent tout bonnement à une fraude financière pure et simple. Aux Etats-Unis, le terrorisme de ce genre inflige tous les ans un détriment qui se monte à quelque 5 milliards de dollars.
Or, la situation au centre même de l'Europe, et notamment en Italie, n'est pas, elle non plus, moins alarmante. Rien qu'au cours de ces dix dernières années, les balles des terroristes et les bombes qu'ils avaient posées y ont fait 229 victimes parmi les civils, en emportant également les vies de 73 policiers et représentants de la Justice. La fameuse "mafia russe" - terme appliqué en Occident généralement à tous les ressortissants des pays-membres de la Communauté des Etats indépendants (CEI) - ne représente sans doute pas, à l'heure actuelle, pour les Italiens une menace moindre que leur propre Cosa Nostra.
La tendance à l'aggravation du crime organisé et du terrorisme se manifeste également en Russie. C'est ce qu'a notamment déclaré le sous-secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, Valentin Stepankov. A son avis, ladite tendance n'affecte pas seulement la sécurité nationale du pays, mais aussi la sécurité de l'ensemble de la communauté internationale. Depuis ces quatre dernières années, le nombre des crimes commandités, perpétrés par différents groupes et associations de malfaiteurs, a augmenté de huit fois, en allant de 3 300 à 26 000 crimes. Un crime sur trois est lié à la contrebande, un crime sur quatre - à la terreur, et un crime sur cinq est un assassinat commandité. Comme l'a indiqué Valentin Stepankov, sont particulièrement alarmants les délits commis dans les domaines des migrations clandestines, du narcotrafic, de la contrebande d'armes et du blanchiment de l'argent sale.
Qui plus est, ces derniers temps, le terrorisme en Russie est en train de revêtir un caractère de plus en plus transnational. Un tel constat a été fait, au cours de la conférence internationale, par le substitut du Procureur général, Vladimir Kolesnikov. Il a indiqué en substance que les agissements des bandes en Tchétchénie associaient souvent des mercenaires étrangers. Par conséquent, dans cette région, la Russie doit lutter contre le terrorisme international. Bien plus, a-t-il poursuivi, l'activité des terroristes en Tchétchénie est directement fonction de leur financement depuis l'étranger. Et d'ajouter qu'au sein de la direction des formations illégales armées, ce sont des motifs matériels et financiers qui prédominent, alors que des convictions religieuses sont généralement typiques de simples exécutants d'attentats qui ne sont en fait que des fanatiques purs et simples. Vladimir Kolesnikov suppose que d'ultérieures modifications de la nature même du crime organisé auraient pour effet que le Caucase du Nord et Moscou seraient les zones les plus criminogènes en Russie. Il a aussi signalé aux participants à la conférence l'aspiration manifeste des terroristes d'entrer en possession d'armes de destruction massive, ce qui implique évidemment la nécessite absolue de la protection rigoureuse des installations du nucléaire civil et ainsi de suite. Le magistrat est convaincu que l'emploi des forces à destination spéciale est des plus efficaces dans la lutte contre le crime organisé et le terrorisme, car cela réduit l'éventualité des pertes parmi les civils innocents, tout en diminuant en général les frais des opérations spéciales.
Quoi qu'il en soit, la force, à elle seule, n'est pas à même d'en finir avec le terrorisme. Telle a été justement l'idée qui a constitué en quelque sorte le leitmotive de toute la conférence internationale dans la capitale russe, chose reconnue même par le membre de la Knesset et ancien ministre de la Défense d'Israël - Benyamin Ben-Eliezer. Malheureusement, l'Etat hébreu qu'il représente n'hésite pas trop, en règle générale, à lancer des opérations de rétorsion contre les terroristes sans pouvoir pour autant en finir avec le terrorisme sur son propre territoire.
A l'avis des participants à ce forum international, tant que les Etats et les coalitions miseront principalement sur la force dans leur lutte contre le terrorisme, on n'arrivera sans doute pas à y effectuer un tournant radical. Les preuves n'en manquent d'ailleurs pas qu'il s'agisse de l'Afghanistan ou de l'Irak où, par les efforts des Etats-Unis et de leurs alliés, des régimes avaient été renversés et remplacés sans que cela améliore quelque soit peu la situation dans les pays évoqués. Pire, selon certains paramètres, estime Anatoli Koulikov, la situation s'y est même aggravée. Ainsi, l'Afghanistan s'est transformé en une puissante fabrique de drogue "d'un niveau véritablement mondial" qui produit, de nos jours, 20 fois plus de stupéfiants que sous le régime Taliban. Or nul n'ignore que le narcobusiness constitue la base économique du terrorisme international.
Les participants à la conférence antiterroriste moscovite ont également examiné les contradictions qui s'aggravent de plus en plus entre les Etats industrialisés, d'une part, et les pays en voie de développement, de l'autre, tout en constatant que cette polarisation croissante constituait, elle aussi, une base "propice" au terrorisme. Dans les documents finaux du forum, ses participants ont recommandé d'élaborer un système en vue de contrôler les sponsors des organisations terroristes internationales et de conjuguer les efforts des services secrets de tous les pays pour pouvoir procéder à un échange urgent de renseignements qui anticipent sur les agissements des terroristes.
La conférence internationale "Communauté internationale contre la mondialisation de la criminalité et du terrorisme" est à juste titre qualifiée par les observateurs de "répétition générale" du Premier congrès du Forum mondial contre le crime et le terrorisme qui est prévu pour les 5-6 octobre prochain.