Tout en réconfortant les âmes des croyants en Russie, la récente fête de l'Epiphanie leur a laissé tout de même, cette fois encore, un certain sentiment d'amertume. En effet, c'est justement dans cette période des fêtes religieuses que la division entre l'orthodoxie et le catholicisme saute, dirait-on, aux yeux. En effet, cette fois encore, les Russes sont seuls à fêter le jour des Rois, alors que le reste du monde a d'ores et déjà célébré la fête de l'Epiphanie. Or, il ne s'agit pas que de cette fête concrète. L'Europe célèbre, par exemple, Noël dans la nuit du 24 au 25 décembre, alors que la Russie ne le fait que le 7 janvier et ainsi de suite. Malheureusement, l'Eglise orthodoxe russe se réjouit et pleure séparément des autres chrétiens de la planète. Quoi qu'il en soit, une telle pratique quotidienne de la séparation, et même dans les dates, ne peut évidemment pas ne pas affliger tout chrétien pensant qu'il soit orthodoxe russe ou catholique romain.
On dirait qu'aujourd'hui, ce lourd fardeau, accumulé tout au long des siècles entiers, pourrait, enfin, disparaître car l'ordre du jour du Concile de toutes les Eglises orthodoxes qui se prépare comporte, entre autres, la question du changement du calendrier religieux. Quoi qu'il en soit, tout porte à croire qu'une décision là-dessus serait repoussée, cette fois encore, sine die. Il est effectivement fort peu probable que l'Eglise orthodoxe russe, connue pour son conservatisme et son immobilisme en matière de dogmes et de normes, puisse modifier son calendrier des dates religieuses en sorte qu'il coïncide avec celui des catholiques.
Il n'en est pas moins vrai, non plus, que le Vatican qui se montre en général assez souple n'admettrait sans doute pas les dates religieuses, adoptées par l'Eglise orthodoxe russe.
Par conséquent, il serait bon que chacune des parties accède aux souhaits de l'autre, se montre prête à des compromis. Mais comment le faire? Ne pourrait-on pas trouver, par exemple, une certaine date médiane dans chaque cas concret? Malgré les apparences, cela n'est pas si absurde que ça!
Si l'on écoute la voix de la raison, on pourra très facilement s'imaginer un dialogue éventuel entre un catholique (ou un protestant), d'une part, et un chrétien orthodoxe, de l'autre, dialogue qui s'inspire de la volonté d'un compromis et d'une compréhension réciproque.
Catholique:
- Le calendrier romain des solennités chrétiennes est attaché aux données de l'astronomie et repose, par conséquent, sur une approche tout à fait scientifique. Ce sont justement une étude approfondie de la question, y compris sur la date de la nativité du Christ, l'analyse des chroniques historiques et le résultat des observations séculaires sur l'évolution des astres célestes qui ont permis finalement au monde catholique de donner une réponse explicite et bien argumentée - le Christ est né le 25 décembre à Bethléem. Pour ce qui est de l'Eglise orthodoxe, la date de Noël y est plutôt le résultat d'une tradition, sinon de simples échos des croyances byzantines et grecques de jadis. Autrement dit, c'est une sorte d'entente enregistrée qui n'a rien à voir avec la science, en tant que telle. Aussi, doit-on du moins le reconnaître une fois pour toutes. Par exemple, le 7 janvier qui est célébré en Russie comme la fête de Noël est une date tout à fait conventionnelle, étant le résultat d'un changement de calendrier. C'est que l'on fête aujourd'hui Noël selon le nouveau calendrier alors que, d'après l'ancien, la date de la nativité du Christ est tout autre. Tel est en fait un bilan plutôt étrange de la réforme de calendrier, réalisée autrefois par Pierre le Grand.
Chrétien orthodoxe:
- Il est effectivement évident qu'il serait mieux pour les chrétiens de célébrer Noël et Pâques simultanément pour que la lumière même de la foi soit plus éclatante. Quoi qu'il en soit, il est tout aussi évident que, pour le moment, ce problème est insoluble. C'est que seul le Seigneur connaît la réponse exacte sur l'heure et la date de la nativité du Sauveur, l'Evangile ne disant absolument rien du 25 décembre ni, d'ailleurs, du 7 janvier. Ces deux dates ne sont en réalité que l'uvre humaine.
Si, en commun avec les catholiques, nous reconnaissons ce simple fait, si aucun de nous n'insiste sur la scientificité ni la sainteté de ses seules règles, un compromis sera tout à fait possible. Est-il impossible, par exemple, de convenir d'un changement réciproque du calendrier religieux, en choisissant, disons, le premier janvier - Nouvel an - comme date de la nativité du Christ? Ainsi, la fête de Nouvel an, célébrée par l'ensemble de l'humanité, serait unie à une fête encore plus grande - celle de la nativité du Sauveur. Une telle initiative du Vatican pourrait sans doute pousser les hiérarques de l'Eglise orthodoxe russe à des changements.
Catholique:
- Pourquoi pas? Cette idée pourrait sans doute être examinée. Toujours est-il qu'en fêtant Noël, le Jour de l'An, les catholiques et les croyants orthodoxes pourraient, pour la première fois de leur longue histoire, célébrer enfin simultanément l'Epiphanie et, ensuite, Pâques qui est la base même de tout le cycle liturgique chrétien. Néanmoins, il faudrait sans doute des décennies pour des concertations de tout genre...
Chrétien orthodoxe:
- Il est encore un facteur à ne pas négliger ni à Moscou ni au Vatican. C'est qu'il ne nous reste pratiquement plus de nouveaux centenaires en réserve, car l'époque de longues concertations est d'ores et déjà révolue. Croissance vertigineuse de l'islam, grande popularité du bouddhisme parmi les jeunes de tous les pays, aggravation de l'athéisme sous ses formes les plus vulgaires et dissémination des sectes de tout bord lancent depuis longtemps déjà un défi de taille au monde chrétien. C'est pourquoi sur fond de cette agression croissante, nous ne pouvons tout simplement pas faire semblant que rien ne menace la foi chrétienne et qu'elle ne risque pas de couler un jour.