Les secrets de la matriochka

© RIA Novosti . Ilia NechaevLes poupées russes Matriochka
Les poupées russes Matriochka  - Sputnik Afrique
S'abonner
Dans la biographie de la "matriochka", la poupée russe, le plus frappant est que son idée a été dérobée aux Japonais! Non pas la poupée telle quelle, mais bien l'idée d'une poupée où sont emboîtées ses répliques de plus petite taille.

Dans la biographie de la "matriochka", la poupée russe, le plus frappant est que son idée a été dérobée aux Japonais! Non pas la poupée telle quelle, mais bien l'idée d'une poupée où sont emboîtées ses répliques de plus petite taille.

Les Japonais, il est vrai, affirment quant à eux que la poupée est l'oeuvre d'un Russe, un moine chrétien qui s'est installé il y a des années dans leurs îles. A la main, il fabriquait des poupées en les découpant dans des billots. Ayant le mal du pays, il les peignait à l'image d'une femme aux vêtements campagnards, de sa mère ou de sa soeur...

D'une manière ou d'une autre, à la fin du XIXe siècle, ce jouet originaire de Honshu est déjà à Moscou : une poupée en porcelaine, pleine de bonhomie et de malice, représentant le moine bouddhique Fukuruma. La "principale" en cachait plusieurs autres, rangées par ordre de taille décroissante. C'était une commande du propriétaire d'un prestigieux magasin d'articles pour enfants, Alexeï Mamontov, qui voulait faire une surprise à la gente dame qu'il portait en son coeur.

Sensible à la beauté, l'âme russe sut apprécier à sa juste valeur cette idée originale, la raviver d'une fantaisie toute fraîche et empreinte de nuances folkloriques. Mamontov montra la poupée japonaise à Vassili Zvezdotchkine. Les yeux de l'artisan s'allumèrent : c'était un vrai "coup de foudre". A partir d'un billot de tilleul, il a fabriqué, avec une fraiseuse, une poupée, mais cette fois-là "féminine", puis 8 autres figurines s'emboîtant l'une dans l'autre. Ainsi cet artisan entra dans l'histoire de l'art appliqué russe comme inventeur de la poupée "matriochka".

Les figurines ont été peintes par Sergueï Malioutine, dont le pinceau lyrique accorda à la poupée de grands yeux bleus, un sourire envoûtant et une robe sans manches aux couleurs vives. Une jolie villageaoise typiqement russe naquît de ses mains.

Elle fut baptisée Matriocha, diminutif de Matriona (de la racine latine mater, "mère" ), prénom qui était associé à la mère d'une joyeuse famille nombreuse. C'est ainsi que vit le jour la poupée destinée à devenir un jour la reine des souvenirs russes et symboles de l'artisanat national.

En 1900, "matriochka" se rendit célèbre à l'Exposition de Paris, y obtenant une médaille et une reconnaissance universelle. D'emblée, Mamontov eut une grande commande. Pour lancer la fabrication de ces poupées, leurs échantillons furent distribués parmi les artisans de Serguiev-Possad, un centre artisanal au nord de Moscou. La ville devint ainsi la patrie des "matriochka".

Le succès de Paris fut suivi d'un boom véritable dans la production de ces poupées. Irrésistible, "matriochka" devint la remarquable ambassadrice humanitaire de la Russie dans le monde entier, ce qu'elle demeure jusqu'à ce jour. Dans cette charmante poupée, chacun verra un sourire de jolies filles vêtues de robes aux dessins de fleurs, de fruits, d'oiseaux, d'étoiles et mêmes de flocons de neige.

De nouveaux centres de fabrication de ces souvenirs nationaux se sont vite formés ensuite : Maïdan et Semonov près de Nijni-Novgorod et Nolinsk, dans la région de Kirov (Viatka). Les "belles" qui en sont originaires ne sont en rien moins sympathiques que celles de Serguiev-Possad, seulement, les couleurs utilisées et le style sont différents. Afin que la continuité ne soit pas rompue, des écoles pour les jeunes artisans talentueux ont été ouvertes auprès de ces centres artisanaux et où les maîtres transmettent aux jeunes leurs savoir et secrets professionnels.

La technologie de fabrication des "matriochka" a certaines particularités. Des essences, seuls le tilleul ou le bouleau conviennent. Les arbres sont abattus au début du printemps, lorsque la sève commence à monter, puis laissés en plein air une année au moins. Pour décorer les poupées sorties des fraiseuses, les peintres travaillent à la gouache, à l'aquarelle ou au tempéra, couleurs qui permettent de sauvegarder l'aspect noble et la pureté écologique du bois. Pour finir, la poupée traduira la fantaisie et le sentiment des couleurs de son auteur. Résultat, chacune d'entre elles est oeuvre originale et ne ressemble à ses amies ni par l'expression de son visage, ni par son sourire, ni par les ornements de ses vêtements. Bref, c'est une oeuvre unique.

Mais le clou de cet art traditionnel est constitué par le nombre de poupées que le maître réussit à " emboîter". Longtemps, le titre de "championne" a été détenu par la matriochka de 1,5 m de hauteur fabriquée dans les ateliers de "Semenovskaïa Rospis" en 1998. Cette poupée, offerte aux Italiens, en contenait 72 autres. Il n'y a pas longtemps, ce record a été battu par un maître de Maïdan qui a réussi à fabriquer une "matriochka" à 75 "places", haute de 90 cm seulement. Chaque poupée qu'elle contient est un échantillon d'un travail digne d'un joaillier.

En règle générale, les "matriochka" sont fabriquées à la fraiseuse par les hommes, mais elles sont peintes par les femmes de A à Z. Les premiers coups de pinceau dessinent les contours de l'ovale du visage, puis les yeux - le "miroir de l'âme" - sont dessinés avec une grande minutie. Un dernier trait les fait s'ouvrir et les "matriochka", "déjà en vie, regardent le maître comme pour lui demander de la beauté", disent les artisans.

Aujourd'hui, pour décorer leurs poupées, les peintres font appel, à côté des matériaux traditionnels, à des produits tous nouveaux. Un film protecteur, "potal", porté à chaud sur la surface de la poupée, lui donne un aspect luxueux. Un autre procédé, dit d'imitation de l'or, est aussi activement utilisé. De petits et fins éléments d'ornementation, exécutés au moyen de ce matériau, rendent les "matriochka" encore plus belles ! Un gel liquide aux différentes teintes représente un autre matériau et il est utilisé essentiellement pour le dessin des étoiles, des fleurs, de la neige et de différents ornements sur les vêtements de la poupée. Pourtant, le principal secret de tous les peintres est le même, et ils ne manqueront pas de le rappeler : lorsqu'ils travaillent avec joie, les "matriochka" sortent de leurs mains vraiment prodigieuses!

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала