Sergueï Glaziev, leader du groupe parlementaire Rodina (Patrie) à la Douma issue des élections de décembre 2003, est un des prétendants au poste de président russe au scrutin prévu pour le 14 mars 2004. Mais tous reconnaissent aujourd'hui que 9 des 10 prétendants sont dans une situation pour le moins ambiguë. Car l'un des dix est Vladimir Poutine, celui que tous les sondages d'opinion donnent vainqueur dès le premier tour. Ce qui veut dire que les neuf restants sont promis au rôle de figurants.
Mais "le pays a toujours le choix", proclame haut et fort cette étoile montante de l'opposition de gauche, et il est toujours temps de dire adieu à la politique appliquée par les dirigeants actuels du pays. S.Glaziev ne se considère donc pas comme quelqu'un qui a perdu d'avance. Mais il évite d'expliquer pourquoi il se lance dans cette course dans laquelle personne, sauf Poutine, n'espère sérieusement remporter la victoire. On peut en déduire que Glaziev projette de profiter de la tribune offerte au candidat pour parler de lui-même, de son parti et de son programme. Manière de se faire un capital politique à l'horizon de 2008, lorsque Vladimir Poutine aura quitté définitivement son poste.
Des analystes en Russie estiment que le succès remporté par le bloc Rodina aux élections du 7 décembre s'explique par l'idée avancée par celui-ci: les "oligarques" russes - exportateurs de pétrole, de gaz, de diamants, de métaux - prospèrent grâce à la rente des ressources naturelles qu'ils se sont appropriée. Ces oligarques, explique Glaziev à ses électeurs, exploitent les sous-sols, lesquels, par définition, appartiennent au peuple. Les prélèvements sur leurs surprofits doivent donc être augmentés : du coup, le budget d'Etat devrait s'enrichir de 30 milliards de dollars.
Des économistes connus contestent ce chiffre également, tout comme la thèse de "l'appropriation de la rente naturelle". Les sociétés pétrolières, disent-ils, versent non seulement les impôts traditionnels mais aussi un impôt spécial sur l'utilisation des sous-sols et une taxe à l'exportation qui suit la conjoncture haussière des marchés mondiaux.
Le 18 décembre, s'entretenant en direct avec la population, Vladimir Poutine a annoncé que le gouvernement augmenterait peu à peu ses prélèvements sur les surprofits, mais de manière à ne pas mettre en péril le secteur pétrolier, cette "poule aux oeufs d'or" pour la Russie. Opération qui promet de rapporter au budget 3 milliards au maximum, et non pas les 30 milliards de dollars déjà promis par Glaziev. Mais ses dissertations et ses chiffres ont l'heur de plaire à une partie notable des électeurs russes.
Le programme économique avec lequel Glaziev va aux élections présidentielles est donc en net contraste avec la politique appliquée par le gouvernement et par Poutine lui-même. Le candidat est en désaccord avec tout ce que fait le gouvernement. "Un programme raisonnable peut encore être appliqué pour raviver l'économie et éviter la catastrophe", dit-il. Les deux projets de loi préparés par le bloc Rodina montrent de quoi il s'agit en fait. L'une propose un impôt sur les surprofits, l'autre rend le gouvernement directement responsable de l'évolution des indices de niveau de vie dans le pays.
Glaziev promet une croissance sur une "base technologique rénovée", un relèvement de deux fois du niveau de vie, une répartition judicieuse des rentrées budgétaires, des mesures anti-monopole, une concurrence loyale, des crédits sans intérêt à la construction du logement, une hausse de plusieurs fois des différentes allocations (allocations familiales, bourses d'études, soldes des militaires), le rétablissement des comptes d'épargne de l'époque soviétique détruits par les réformes. Où prendra-t-il l'argent pour cela ? Le leader de la gauche fait allusion à une "nouvelle manière d'établir le budget", mais compte de toute évidence sur ces mêmes 30 milliards de dollars à prélever sur les compagnies pétrolières.
L'énergie déployée par Sergueï Glaziev incite aussi bien la presse que les analystes à conclure que ce politique n'attendra pas 2008 pour tenter sa chance. Ils discernent en lui l'ambition de se mettre à la tête du nouveau gouvernement qui sera formé après les élections présidentielles.
Les analystes rappellent autre chose aussi : après l'échec enregistré par la principale force politique de la gauche russe, le Parti communiste, aux dernières législatives et l'annonce de la candidature du communiste Mikhaïl Kharitonov, à priori "faible prétendant", à la présidence, Glaziev a vu une belle chance de "conquérir" la totalité de "l'électorat de gauche" et d'imposer son contrôle sur le parti lui-même. En tout état de cause, il fonderait de grands espoirs dans son statut de candidat, y voyant peut-être la promesse d'une nouvelle ascension dans sa carrière politique.