Le retrait des bases militaires russes du territoire géorgien reste sans doute le problème le plus grave dans les relations entre Moscou et Tbilissi.
En effet, les délais d'un tel retrait ont plus d'une fois constitué une pierre d'achoppement dans les négociations entre la Russie et la Géorgie. Tbilissi insiste sur le délai de trois ans, alors que Moscou parle de onze ans. Toujours est-il que la position de Moscou apparaît certes plus argumentée dans la discussion en cours sur le délai en question. C'est que la Russie n'a sans doute rien oublié de son amère expérience du retrait de ses troupes de l'Allemagne de l'Est quand, pour respecter ses engagements, elle s'était trouvée dans l'obligation d'héberger ses soldats et officiers sous tentes et ce, même en plein hiver. A l'époque, elle avait également dû enfoncer littéralement dans le bourbier des champs son matériel de guerre.
"Il n'y aura plus de tels retraits", a déclaré le ministre de la Défense de la Fédération de Russie - Sergueï Ivanov. Il faut d'abord construire des logements pour les familles des officiers et les casernes pour soldats, ainsi que des parcs pour matériels militaires. Bref, il faut créer toute l'infrastructure nécessaire avant d'engager le retrait des troupes, est convaincu le ministre. Or, Sergueï Ivanov a même cité le coût d'un tel retrait - 500 millions de dollars. "Si la Géorgie ou quelqu'un d'autre trouvait cet argent, il serait sans doute possible d'accélérer le retrait des troupes russes", a fait remarquer le ministre russe de la Défense. Le ministre des Affaires étrangères de la Géorgie, Tedo Djaparidzé, a pour son tour qualifié d'excessive cette somme, en prétendant notamment que des fonds moins importants suffiraient pour effectuer le retrait des bases russes. Par ailleurs, Linn Pasko, adjoint du secrétaire d'Etat américain, n'est pas prêt, lui non plus, à retrouver une somme pareille. Quoi qu'il en soit, en intervenant en direct à la chaîne de télévision "Roustavi-2", il a promis, au nom de son gouvernement, d'accorder "une certaine assistance financière pour faciliter le retrait des troupes".
Néanmoins, estiment des experts militaires, il ne s'agit pas là seulement ni tellement du délai et du coût du retrait des troupes russes du territoire de la Géorgie. C'est que la Russie considère les pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI) comme une zone de ses intérêts nationaux et ne veut guère céder à qui que ce soit son influence politique, économique, culturelle et militaire sur l'étendue post-soviétique et ce, en premier lieu, pour les raisons de sa propre sécurité.
Rappelons qu'à la charnière des années 1980 et 1990, la Russie avait déjà retiré ses troupes des Etats baltes, ainsi que des pays de l'Europe Centrale et Orientale. Et tout de suite après, sous tel ou tel prétexte, des bases militaires des Etats-Unis se sont mises à y "pousser". Qui plus est, l'infrastructure militaire de tous ces pays a été reconstruite et adaptée à l'accomplissement des missions par les armées de l'Alliance de l'Atlantique Nord. Pire, des radars y sont construits pour contrôler l'espace aérien à l'Est.
Il est fort peu probable que le Kremlin tient à ce que cela se reproduise en Géorgie.