Réponse: En 2003, la lutte contre le terrorisme international demeurait pour la Russie l'une des grandes priorités dans ses activités politiques extérieures, activités étroitement liées, d'ailleurs, à ses efforts tendant à mettre en place un nouveau système efficace de sécurité internationale, ainsi qu'à l'accomplissement des tâches liées aux garanties de sécurité intérieure du pays lui-même.
La crise irakienne a sans doute constitué la plus sérieuse épreuve pour la communauté internationale pour tester sa capacité effective de faire face à la menace terroriste globale. L'attitude à la fois conséquente et souple de la Russie a permis de résoudre un problème d'une extrême importance: empêcher la division de la coalition antiterroriste internationale, conserver les conditions indispensables au retour de cette coalition aux principes fondamentaux initiaux de l'attachement aux efforts collectifs et à la légitimité absolue, au renforcement du rôle central de l'Organisation des Nations Unies dans la mise au point et la coordination de l'action antiterroriste, au refus des doubles standards et de toute tentative en vue de lier artificiellement la lutte antiterroriste à l'exécution de tâches politiques conjoncturelles, et notamment celle de "réformer" par la force les jeunes Etats indépendants.
L'évolution de la situation en Irak a explicitement montré qu'une révision erronée des principes évoqués ne fait qu'aggraver la menace terroriste globale, stimule les processus de transformation intérieure du terrorisme et mobilise même ses ressources supplémentaires, tant humaines que technologiques. Pire, cela érode même les repères stratégiques uniques de la communauté internationale, face à de nouvelles menaces.
En 2003, la ligne politique extérieure de la Russie visait à minimiser les effets négatifs des à-coups et du ralentissement dans l'accroissement de la coopération antiterroriste internationale.
Parallèlement à la réorientation évidente des agissements de la nébuleuse "Al-Qaïda" vers de nouveaux territoires, et avant tout vers l'Asie du Sud-Est, le Nord-Est de l'Afrique et l'Amérique Latine, la tension persistait toujours dans trois "nuds" de conflits régionaux, et plus précisément au Proche-Orient, en Afghanistan et en Irak. Chacun de ses trois conflits présentait un risque d'escalade ultérieure du terrorisme, de l'extrémisme et du radicalisme islamique. Pire, le terrorisme utilise des know-how technologiques de plus en plus sophistiqués. Les tentatives du terrorisme pour progresser vers ce "seuil limite" qui le sépare encore de la possession des armes de destruction massive, tentatives que l'on a observées tout au cours de l'année dernière, présentent un danger tout particulier. Cette menace est, d'ailleurs, comparable à celle de l'accès des terroristes à d'autres substances dangereuses - radiologiques, toxiques ou bactériologiques, tout comme à certains types d'armements conventionnels (lance-missiles portables).
Question: Il est tout à fait évident que, dans sa lutte contre le terrorisme, la Russie coopère étroitement avec la communauté internationale. Comment cette coopération s'effectue-t-elle dans le cadre des Nations Unies?
Réponse: Cette ligne conséquente que la Russie applique depuis déjà de très longues années en vue d'élaborer une stratégie globale permettant de relever les nouveaux défis et de contrer les nouvelles menaces trouve au sein de l'ONU une compréhension et un appui de plus en plus larges. A preuve la nouvelle résolution "Réaction aux menaces et défis globaux", adoptée par consensus à la 58-ème session de l'Assemblée Générale des Nations Unies, et dont l'initiative revient à la Russie. Ce document recherche les moyens de renforcer et d'utiliser au maximum le potentiel de l'ONU dans la mise au point d'une réponse globale aux défis contemporains à la sécurité. Un autre résultat fondamental du travail de la Russie sur le volet onusien est sans doute la résolution de l'Assemblée Générale intitulée "Les droits de l'homme et le terrorisme" qui renferme pratiquement tous les éléments essentiels du Code de la défense des droits de l'homme contre le terrorisme. Nous avons soumis ce document à l'examen de l'ONU, y compris la principale disposition novatrice concernant le droit de chaque individu à la protection contre le terrorisme.
La Russie a aussi poursuivi sa ligne d'universalisation des conventions antiterroristes, tout en uvrant systématiquement à la recherche des solutions qui permettent de peaufiner définitivement la convention onusienne sur la lutte contre le terrorisme nucléaire et la convention globale sur le terrorisme international.
Le fait que trois groupes terroristes opérant toujours sur le territoire de la Tchétchénie, ainsi que les chefs de file des terroristes tchétchènes - Zelimkhan Yandarbiev et Chamil Bassaïev - ont été portés sur la liste du Comité des sanctions contre les talibans et "Al-Qaïda" du Conseil de sécurité constitue une vraie percée dans l'action anti-terreur.
Dans le contexte de l'élargissement continu de la géographie du terrorisme, une signification toute particulière revient à l'organisation, par le biais du Comité antiterroriste du Conseil de sécurité de l'ONU, d'une aide technique aux pays souhaitant renforcer leur propre potentiel antiterroriste, ainsi qu'à la mise en place d'un mécanisme régulier de coopération entre le Comité antiterroriste et les organisations internationales, régionales et subrégionales. Membre actif du Comité antiterroriste du Conseil de sécurité de l'ONU, la Russie a montré sa disposition à apporter son concours technique à des pays tiers, bien que le principal accent soit placé sur l'assistance à ses partenaires de la Communauté des Etats indépendants (CEI) et de l'Organisation du Traité de sécurité collective. En décembre dernier, la Russie a soumis au Comité antiterroriste du Conseil de sécurité toutes les informations sur sa contribution anti-terreur apportée aux partenaires étrangers.
Forte d'une riche expérience d'action antiterroriste et possédant d'importantes possibilités technologiques et informationnelles en la matière, la Russie participe aussi aux activités du groupe d'action antiterroriste du G8. Organisé sur décision du G8 d'Evian, ce groupe est devenu un instrument majeur d'élargissement du potentiel antiterroriste des organes judiciaires, de la police et des autres structures de force des Etats intéressés, instrument d'aide à l'élaboration des législations nationales en la matière et à la formation des cadres.
Question : Quels sont les axes de la coopération antiterroriste russo-européenne ?
Réponse : La Russie considère comme prioritaire le travail lié à l'adaptation continue des institutions européennes aux objectifs de lutte antiterroriste et à la mise en place, dans le contexte de l'élargissement de l'UE et de l'OTAN, d'une architecture efficace de sécurité européenne. Le sommet Russie-Union européenne en novembre 2003 a adopté des décisions importantes favorisant la progression vers des espaces communs de sécurité extérieure et intérieure, supposant en même temps une relance de la coopération antiterroriste. L'initiative du président russe - créer un groupe de haut niveau Russie - UE - est appelée à jouer un rôle clef en ce sens. Un accord prometteur a été passé entre le ministère russe de l'Intérieur et Europol. La dynamique constructive a été maintenue en 2003 au niveau du groupe spécial de travail conjoint de lutte contre le terrorisme, institué dans le cadre du Conseil Russie-OTAN. L'adoption, avec la participation énergique de la Russie, au Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'OSCE à Maastricht en décembre 2003, de la Stratégie de lutte contre les menaces à la stabilité et à la sécurité au XXIe siècle, a marqué un jalon dans l'adaptation de l'OSCE aux nouvelles missions visant à garantir la sécurité. Dans le cadre du Conseil de l'Europe, la Russie discute avec ses partenaires de l'élaboration d'une Convention européenne relative à la lutte antiterroriste.
Question : Quelle signification la Russie attache-t-elle à la consolidation des efforts dans la lutte antiterroriste dans l'espace de la CEI ?
Réponse : La coopération avec les pays de la CEI est également une priorité pour la Russie dans la lutte contre le terrorisme. Dans leur majorité, les membres de la Communauté sont conscients de l'ampleur de la menace terroriste pour tous les Etats sans exception. La volonté de conjuguer les efforts en vue de combattre le terrorisme devient de ce fait un facteur notable de consolidation à l'intérieur de la CEI. Le renforcement de la base juridique et contractuelle ad hoc se poursuit : la ratification du Traité de 1999 sur la coopération des pays de la CEI dans la lutte contre le terrorisme en est au stade final ; l'Accord sur les mesures de contrôle par les Etats de la CEI des opérations internationales de cession des SAM (lanceurs portables) a été conclu au niveau du Conseil des chefs d'Etat de la Communauté en septembre 2003 ; un accord a été signé entre la Russie et la CEI sur les conditions d'implantation du Centre antiterroriste sur le territoire de la Fédération de Russie.
L'Organisation du Traité de sécurité collective, qui se dote activement des instruments politiques et d'intervention nécessaires, joue un rôle croissant dans la coopération antiterroriste : la mise en place des Forces collectives de déploiement rapide en Asie centrale a été achevée ; la base aérienne russe, qui a pour vocation de contribuer à garantir la sécurité des alliés de l'Organisation, a été ouverte en octobre dernier à Kant, en Kirghizie ; la déclaration des Etats membres appelant à renforcer les efforts internationaux dans la lutte antiterroriste a été diffusée en tant que document de la 58e session de l'Assemblée générale de l'ONU.
Question : Quelle est la contribution de la Russie à la lutte antiterroriste menée par les organisations d'intégration régionale en Asie ?
Réponse : Il est toujours plus évident que l'Organisation de coopération de Shanghai devient un des mécanismes essentiels de la coopération antiterroriste régionale. Le 10 janvier 2003, la Russie ratifiait la Convention sur la lutte contre le terrorisme, le séparatisme et l'extrémisme. En décembre, l'Accord de création de la Structure antiterroriste régionale de l'OCS a été présenté pour ratification à la Douma. Les activités de la Structure deviennent réalité : le budget de la SATR a été entériné ; son organigramme est au stade de l'élaboration ; le Conseil de la Structure s'est réuni pour la première fois.
La Russie s'engage à fond dans la coopération antiterroriste en Asie-Pacifique. En premier lieu, en prenant une part plus active aux manifestations appropriées tenues dans le cadre de l'ASEAN, du Forum régional de l'ASEAN (ARF) et de l'Association de coopération économique Asie-Pacifique (APEC). En 2003, un travail substantiel a été accompli pour préparer la déclaration sur la lutte contre le terrorisme entre la Russie et l'ASEAN ; la Russie et les Philippines, pays qui président au mécanisme des Rencontres inter-sessions sur la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale de l'ARF, élaborent le texte d'une déclaration conjointe du Forum sur la lutte contre le terrorisme dans les transports.
Question : Qu'est-ce qui explique l'intérêt accru pour l'aspect "antiterroriste" dans les relations entre la Russie et les autres Etats ?
Réponse : L'année 2003 a pleinement confirmé la volonté de la Russie d'utiliser, avec un maximum d'efficacité et dans l'intérêt de la lutte antiterroriste, le potentiel des groupes de travail bilatéraux et des consultations de haut niveau. Le bilan des récentes réunions des groupes antiterroristes russo-américain, russo-britannique, russo-indien et russo-chinois, le lancement du fonctionnement plein format de mécanismes semblables avec l'Allemagne et le Pakistan, des consultations antiterroristes au niveau des administrations concernées avec d'autres pays ont permis d'insuffler à cette coopération un regain de confiance et de stabilité. La Russie a poursuivi l'élargissement de la géographie des contacts bilatéraux approfondis dans la sphère antiterroriste. Les premières négociations sur les thèmes de la lutte antiterroriste se sont déroulées avec plusieurs Etats balkaniques, avec des pays d'Afrique du Nord (Algérie, Maroc), les premières consultations antiterroristes se sont déroulées dans l'histoire des relations russo-indonésiennes.
C'est bien le format bilatéral qui s'avère optimal dans beaucoup de cas pour la mise en oeuvre des décisions concertées à un niveau multilatéral. Une coopération utile se poursuit en sens inverse également : au niveau bilatéral, des possibilités toujours plus vastes s'offrent ainsi pour la mise au point urgente et détaillée de projets nouveaux et prometteurs, grâce à quoi les rencontres bilatérales sont génératrices de nouvelles idées pour les rencontres multilatérales, notamment en matière de perfectionnement de l'effort antiterroriste international.
Question : Cela va de soi, la lutte antiterroriste doit s'appuyer sur une base juridique développée. Quelles sont les mesures que la Russie prend pour perfectionner sa législation antiterroriste ?
Réponse : Ces derniers temps, l'effort visant à aligner la législation russe sur les normes internationales, notamment dans la lutte contre le financement du terrorisme, a été poursuivi. Les amendements apportés à la Loi sur la répression de la légalisation des revenus illicites, indispensables à la réalisation des huit recommandations spéciales du Groupe d'action financière sur le blanchiment des capitaux (GAFI), ont été fondamentaux sur ce plan. Le chemin franchi par la Russie dans cette sphère a été apprécié à sa juste valeur par la session plénière du GAFI en juin 2003, à l'issue de laquelle la Russie a été admise au nombre des membres permanents de l'Organisation.
Les résultats enregistrés dans la lutte contre le "financement du terrorisme", la mise en place à cette fin de procédures et de mécanismes nationaux correspondants permettant à la Russie de se montrer toujours plus active dans la coopération internationale et en premier lieu dans les zones d'intérêts prioritaires de la Russie.
Une grande attention a aussi été accordée à l'élaboration de nouveaux aspects et de nouveaux axes de la lutte antiterroriste, notamment aux mécanismes modernes de protection antiterroriste dans l'économie. Ce travail est dirigé par le ministère des Affaires étrangères en coordination avec les autres administrations concernées, à plus d'un titre, sur la base de l'étude des expériences étrangères.