Des chefs-d'oeuvre d'Auguste Rodin vont reprendre leur place au musée-panorama "La bataille de Stalingrad" à Volgograd. Ils s'y trouvaient jusqu'en 2000, c'est-à-dire jusqu'au moment où ils avaient été volés pour être revendus à des collectionneurs privés en Occident. Trois ans plus tard, à la fin du mois de novembre 2003, le crime retentissant était élucidé. Le 14 janvier, le directeur du Service fédéral de sécurité (FSB) de Russie, Nikolaï Patrouchev, a remis "Le Baiser" et "Jalousie", les noms des oeuvres du grand sculpteur français, au ministre de la Culture, Mikhaïl Chvydkoï.
Ces figurines de bronze d'une hauteur de 30 centimètres et représentant une jalouse et des amoureux s'embrassant, sont des copies d'auteur réalisées par Rodin en 1899. Elles avaient élu domicile au musée en 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, offertes par Margarethe Westmascott à Stalingrad, aujourd'hui Volgograd, une ville qui avait été le théâtre d'une des plus terribles batailles du siècle. La célèbre collectionneuse anglaise avait voulu ainsi rendre hommage au courage manifesté par les Soviétiques dans la lutte contre le fascisme.
Dans l'aventure des deux Volgogradiens "amateurs d'oeuvres d'art", interpellés en flagrant délit à la fin du mois de novembre de l'année dernière par des agents du FSB, il y a une "partie de cache-cache", un cimetière et deux mitraillettes allemandes Schmeisser.
Un des malandrins a avoué que l'idée de voler "Le Baiser" et "Jalousie" lui était venue à l'esprit au cours d'une visite du panorama. Un beau jour le malfaiteur, probablement inspiré par le célèbre film de William Myler "Comment voler un million de dollars", s'était introduit dans un local auxiliaire pour y attendre la fermeture du musée. Une fois la nuit tombée il avait neutralisé sans peine le système d'alarme, féru d'électricité qu'il était.
Après s'être emparé des bronzes coulés par le génial sculpteur étranger, il décida d'emporter aussi deux mitraillettes allemandes. Probablement pas pour assurer sa sécurité mais sûrement pour réaliser un rêve d'enfance. Tout heureux de ses acquisitions, le voleur quitta les lieux en passant par une fenêtre.
On se demande ce qui l'incita à cacher son butin dans un caveau funéraire: le souvenir d'un film policier? La remémoration de la lecture des aventures de Tom Sawyer? Nous l'ignorons. Mais ce qui est certain, c'est que l'endroit s'est avéré sûr puisque les objets dérobés y sont restés toute une année sans être découverts. Finalement, le filou s'est confié à un copain dans l'espoir que celui-ci l'aiderait à vendre les statuettes à bon prix. Dans un premier temps les aventuriers furent dépossédés du "Baiser", et ensuite de "Jalousie" et des deux Schmeisser.
Selon Mikhaïl Chvydkoï, l'opération lancée pour retrouver les sculptures de Rodin est "étonnante et mérite d'être reconstituée artistiquement". Il a qualifié d'"événement d'importance exceptionnelle" la remise de ces oeuvres historiques par le Service fédéral de sécurité. Le directeur du département de conservation des objets d'art du ministère de la Culture, Anatoli Vilkov, a indiqué que les malfaiteurs avaient essayé de vendre "Le Baiser" et "Jalousie" à l'étranger en échange d'une somme de six millions de roubles (quelque 200.000 dollars).
Ce n'est pas la première opération lancée par le FSB en vue de faire restituer des objets d'art à la Russie. Ses agents avaient déjà empêché le transfert à l'étranger de la toile de Franz Rubo The Capture of Shamil, qui avait été volée dans le musée de Grozny, la capitale de la République de Tchétchénie. Conjointement avec le ministère de la Culture, le Service de sécurité a réussi à rapatrier une collection d'ordres et de médailles russes d'une valeur de près de deux millions de dollars. Selon Anatoli Vilkov, une action est actuellement en cours en vue de récupérer plusieurs icônes orthodoxes transférées illicitement à Chypre.