En prévision des présidentielles en Géorgie

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par Mikhaïl Marguelov, président du Comité pour les Affaires internationales du Conseil de la Fédération

LA RUSSIE ET LA GÉORGIE SONT VOUÉS AU BON VOISINAGE

On a sans doute tout lieu de qualifier la dernière décennie en comparaison avec l'espace soviétique d'une époque à "souveraineté étatique limitée". En fait, tout au long de ces dix dernières années, de nouvelles conditions pour la formation de souverainetés, de nouveaux instruments d'exercice du pouvoir, d'une nouvelle culture de la gestion ont été peu à peu réunies.

Somme toute, tel est le contexte historique des actuelles élections présidentielles en Géorgie.

Il est tout à fait évident qu'un développement durable du pays n'est possible que si son élite sociale s'assigne pour objectif la modernisation nationale. Bien plus, si cette dernière en est capable et possède des instruments de pouvoir efficaces, si elle s'appuie sur la partie la plus active de la population et bénéficie d'un large soutien de la société dans son ensemble. L'absence même de l'un des facteurs évoqués entrave considérablement le mouvement vers l'avant. Qui plus est, tous les facteurs évoqués déterminent aussi l'attitude de l'Etat en question envers ses propres voisins.

L'histoire prouve qu'en règle générale, il n'existe qu'un nombre limité de tels rapports. Il peut s'agir en premier lieu d'une "aspiration au bien réciproque", c'est à dire d'un dialogue entre des pays qui ont un intérêt mutuel à se moderniser. Deuxième cas celui du "dialogue basé sur une position de force", et cela implique des relations où la modernisation d'un pays s'effectue aux dépens de l'autre. Et enfin, dernier cas celui de "l'éternel conflit ", lorsque des systèmes parfaitement incompatibles entre deux pays ont, chacun, pour objectif d'anéantir le rival.

La Russie et ses voisins du Caucase ont toujours eu intérêt à se moderniser mutuellement et ce, pour garantir au moins leur propre sécurité intérieure et extérieure, la stabilité et le bien-être économique dans l'ensemble de la région. Par ailleurs, leur histoire commune, tant culturelle que sociale - en témoigne explicitement.

Quoi qu'il en soit, les événements de ces dernières années ont montré que toute tentative de modernisation artificielle, le fait de miser exclusivement sur l'élite étrangère et ses ressources financières sans tenir compte des particularités nationales et culturelles de la société, débouchent en règle générale sur un résultat à l'opposé de celui recherché, sur l'archaïsme pur et simple. Il s'agit ici du principe colonial de la mise en œuvre de ses intérêts géopolitiques. Les exemples ne manquent pas, loin s'en faut, à commencer par l'édification du socialisme dans des Etats d'Afrique jusqu'aux exemples les plus récents, ceux de la Yougoslavie et du Proche-Orient. Sans aller chercher aussi loin, nous nous souvenons tous des "déceptions" infinies, exprimées par diverses institutions internationales concernant un "nouveau revers" des réformes économiques en Russie.

Force est de constater que tous les dirigeants politiques qui n'aspirent pas uniquement à assumer un rôle de "gendarme " sur le territoire doivent avoir pour objectif principal la modernisation de la société et de l'économie. Et là, il n'y a pas et il ne peut pas y avoir de stéréotypes politiques, qu'il s'agisse des intérêts d'autrui ou de ses propres faits et gestes. La Russie et la Géorgie ont tant d'intérêts politiques et économiques communs, tant de liens culturels qu'elles demeurent inévitablement, l'une pour l'autre, des partenaires stratégiques majeurs dans la région, ce qui détermine, finalement, l'avenir même des relations russo-géorgiennes.

Les futures élections en Géorgie doivent avant tout garantir la mise en place d'un pouvoir légitime dans le pays et n'y admettre aucun scénario de force pour normaliser l'actuelle situation "de transition".

Quant aux Etats-Unis, tout porte à croire aujourd'hui que Washington procède à une sorte d'inventaire géopolitique pour renforcer la structure unipolaire du monde. De toute évidence, les Américains sont engagés dans la construction d'une nouvelle "Ligne Maginot", puisque l'attentat du 11 septembre a brisé l'ancienne. Cet inventaire touche entre autres l'espace post-soviétique. Il faut bien reconnaître que, dans de telles circonstances, la Russie n'aura tout simplement pas à y proclamer ses intérêts, mais aussi et surtout à les faire valoir. Il s'agit d'intensifier les processus politiques et économiques en cours dans le cadre de la Communauté des Etats indépendants (CEI). Faute de quoi, nous serons tout bonnement expulsés de cet espace.

Or, aujourd'hui, pour la Russie, en tant que pays en voie de modernisation, ses intérêts nationaux à l'égard de la Géorgie sont tout à fait évidents. Ses intérêts se résument comme suit: Moscou doit être sûr que le système de sécurité au Caucase correspond totalement aux réalités de nos jours. A mon avis, à l'avenir, une telle certitude serait sans doute illustrée par le retrait des forces russes de maintien de la paix installées en Géorgie. Néanmoins, pour le moment, la présence de telles forces y est toujours utile. A une certaine époque, la mission russe de maintien de la paix en Géorgie a permis de prévenir une guerre civile d'envergure sur le territoire de ce pays. Dans ce contexte, la récente déclaration du secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, sur l'opportunité du retrait des troupes russes de la Géorgie est tout bonnement inacceptable. Bien plus, cela peut même servir de prétexte aux forces nationalistes en Géorgie pour de nouvelles déclarations agressives. J'ignore la raison pour laquelle Donald Rumsfeld n'a pas trouvé d'autre moment pour exprimer son opinion personnelle en la matière. Toujours est-il que dès qu'un pouvoir légitime sera mis en place en Géorgie, tous les problèmes, y compris ceux qui se rapportent aux activités de maintien de la paix dans ce pays, seront réglés conformément au droit international et aux intérêts bilatéraux.

RIA-Novosti

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