La discrimination des Russes en Turkménie inquiète Moscou

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Les relations entre la Russie et la Turkménie affichent des tendances qui inquiètent certains représentants haut placés de l'élite politique et de l'opinion publique russes. Il s'agit en premier lieu de la situation qui se crée depuis le retrait d'Achkhabad de l'accord russo-turkmène sur la double nationalité. Cela s'est produit au printemps dernier et le délai de deux mois accordé par décret du président turkmène aux personnes ayant la double nationalité pour choisir une des deux citoyennetés a expiré le 22 juin. Ainsi les personnes ayant à la fois la nationalité russe et turkmène se sont retrouvées devant la nécessité de choisir le pays dont ils voulaient être citoyens. D'où une multitude de problèmes, liés notamment aux biens immobiliers, pour les cent mille citoyens de Russie résidant en Turkménie. Selon les informations provenant de Turkménie et rendues publiques par le service de presse du chargé des droits de l'homme en Fédération de Russie, Oleg Mironov, ces gens subissent souvent une pression morale et même physique pour les décider à opter pour une nationalité. Oleg Mironov a qualifié de "dramatique la situation des droits des Russes en Turkménie".

Les parlementaires russes qui s'occupent du problème des droits des citoyens russes dans ce pays d'Asie centrale emploient la même terminologie. Ainsi, le président du Comité des affaires internationales de la Douma de la troisième législature et un des leaders du bloc "Rodina" élu à la nouvelle Douma, Dmitri Rogozine, caractérise la situation des Russes en Turkménie comme "extrêmement inquiétante. "Le fait le plus révoltant est que pour quitter le territoire turkmène à destination de la Russie les Russes sont contraints de demander l'autorisation des autorités turkmènes qui donnent leur aval en apposant un tampon dans leur passeport", dit-il. Cela constitue, à son avis, une violation de toutes les conventions sur la libre circulation, sur les libertés civiles et, bien entendu, "c'est une violation grossière de la Constitution de la Fédération de Russie par un Etat étranger, ce qui constitue un problème de sécurité nationale". Dmitri Rogozine a appelé le ministère russe des Affaires étrangères à adopter une position plus dure face à "l'arbitraire à l'égard des droits des Russes en Turkménie".

Moscou ne voudrait pas détériorer ses relations avec Achkhabad, vu que la Russie et la Turkménie font partie de la Communauté des Etats Indépendants qui regroupe douze anciennes républiques soviétiques et que les deux pays ont des problèmes communs tels que la garantie de sécurité de la frontière sud de la CEI et le développement de la coopération économique étroite dans la région de la mer Caspienne. Les intérêts de la grande diaspora russe en Turkménie requièrent l'établissement des relations de bon voisinage solides et d'une compréhension mutuelle totale entre Moscou et Achkhabad. En même temps, le Kremlin se rend compte que les intérêts des Russes résidant en Turkménie et tout empiétement sur les droits des citoyens russes à l'étranger, y compris en Turkménie, impliquent une réaction adéquate de Moscou. Or les faits de violation de ces droits deviennent malheureusement de plus en plus fréquents.

Le 25 décembre un an s'est coulé depuis l'arrestation de Boris Chikhmouradov, ministre des Affaires étrangères de la Turkménie et citoyen de Russie, accusé sans preuve d'avoir organisé un attentat à la vie du président turkmène Saparmourat Niazov et condamné à perpétuité. Larissa Chikhmouradova, soeur de l'arrêté et coprésidente de la Fondation d'Helsinki pour les droits de l'homme en Turkménie, affirme que son frère a été sauvagement torturé pour lui soutirer des renseignements. "Mon frère cadet Konstantin est lui aussi en prison. Il est ingénieur des ponts et chaussées et n'a rien à voir avec la politique. Une véritable chasse aux sorcières est organisée contre mes autres parents. C'est pour les sauver que Boris s'est rendu de son plein gré aux autorités turkmènes, mais son arrestation n'a pas amélioré leur situation. Ma mère âgée de 88 ans qui habite Achkhabad ne mange pas à sa faim et ne sais pas quels autres malheurs vont s'abattre sur elle demain. Nous ne pouvons pas contacter nos parents et n'avons pas d'information véridique sur leur sort. Nous ne savons même pas s'ils sont en vie car dans les prisons turkmènes trois ou quatre personnes meurent tous les jours des suites de tortures et de l'absence de toute assistance médicale". Larissa Chikhmouradova déclare avec conviction qu'il n'y a eu aucun attentat à la vie de Saparmourat Niazov et que son frère a été arrêté parce qu'il n'était pas d'accord avec le régime autoritaire du président de la Turkménie.

Moscou n'est pas seul à formuler des griefs contre Achkhabad. Différentes organisations internationales sont également alarmées par les violations des droits de l'homme et par l'absence de liberté des médias en Turkménie. Ainsi, le représentant de l'OSCE pour la liberté des médias et de la presse, Freimut Duve, a adressé une lettre au ministre turkmène des Affaires étrangères, Rachid Meredov, pour l'avertir que l'OSCE préparait un rapport spécial sur la situation des médias dans ce pays. Cette démarche a été décidée, selon Freimut Duve, "vu l'absence absolue de la liberté d'expression en Turkménie, situation sans précédent pour l'OSCE depuis la création de cette organisation". Freimut Duve considère comme une "violation intolérable des engagements du pays membre de l'OSCE qu'est la Turkménie la confiscation dans ce pays d'un numéro imprimé du journal "Komsomolskaïa pravda" dans lequel était publié un article sur la situation en Turkménie. Cela s'est produit à la fin du mois de mars où les douanes de l'aéroport d'Achkhabad a saisi une partie du tirage qui devait être distribué aux abonnés du journal. Les abonnés qui ont reçu le journal ont été contraints de s'engager par écrit à ne pas divulguer ce qu'ils avaient lu dans le quotidien. L'accès du site Internet de ce dernier a été bloqué. Des mesures analogues ont été mises en oeuvre contre les sites du journal russe "Vremia novostéi" et de plusieurs autres périodiques étrangers.

Les peuples russe et turkmène ont toujours eu de bonnes relations d'amitié. Elles ont été bâties au fil des siècles. Les sorts des deux peuples se sont tout particulièrement imbriqués au cours des dizaines d'années passées au sein d'un même Etat, l'Union Soviétique. L'URSS n'existe plus, les anciennes républiques soviétiques sont maintenant indépendantes. La Russie et la Turkménie aussi. Chacune a le droit de décider elle-même de sa voie de développement et d'appliquer une politique extérieure et intérieure répondant à ses propres intérêts. Mais les valeurs démocratiques fondamentales, dont la principale est le respect des droits de l'homme, doivent rester inébranlables. Pour Moscou c'est d'autant plus important qu'il s'agit des Russes résidant en Turkménie et dont les intérêts ne peuvent laisser la Russie indifférente.

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