En ce qui concerne la surveillance d'un site moscovite comme le Kremlin, on peut dormir sur ses deux oreilles, mais les endroits où des matières fissiles sont stockées sont gardés plus strictement encore. Le vice-ministre russe de l'Energie atomique, Sergueï Antipov, a déclaré que "de nos jours en Russie le voleur de produits nucléaires n'a pratiquement aucune chance: dérober des matières fissiles, militaires de surcroît, comme le plutonium ou l'uranium enrichi, est impossible".
Pourtant, il y a dix ans cette chance existait et elle avait été mise à profit: en 1993, dix grammes de plutonium avaient disparu d'un dépôt situé en Sibérie. Est-ce beaucoup ou non? Pour avoir une idée exacte disons que pour fabriquer une arme nucléaire il faut au bas mot dix kilogrammes de cette substance. Néanmoins, lorsque ces "miettes" dangereuses avaient disparu le branle-bas de combat avait été décrété dans les services concernés et le plutonium avait rapidement regagné sa place. Cela s'était passé en 1993, une année dont on se souvient aujourd'hui comme celle du summum de la déstabilisation sociale et économique dans laquelle le pays était plongé depuis l'effondrement de l'Union soviétique. N'ayant pas été payé depuis plusieurs mois, un employé chargé de la surveillance du dépôt de matières fissiles avait décidé de vendre un peu de plutonium pour pouvoir subsister. Cette substitution de "matière fissile nucléaire" figure dans l'histoire nucléaire russe en qualité de cas UNIQUE en un demi-siècle d'existence. Avec les autres puissances nucléaires la Russie s'est engagée à prévenir la prolifération des technologies nucléaires et des matières fissiles qui sont soumises à un inventaire et à un contrôle rigoureux. "Un système efficient de protection physique a été mis en place dans tous les sites nucléaires, dit Nikolaï Chingariov, chef du département des relations publiques du ministère de l'Energie atomique. Tous les ouvrages nucléaires et radiologiques dangereux (on en dénombre une cinquantaine) sont défendus par d'importants détachements des troupes de l'Intérieur. Nuit et jour des appareils et des caméras surveillent les allées et venues et les actions des gens sur l'ensemble du territoire gardé".
Des mesures sont également prévues contre le terrorisme dit radiologique impliquant l'utilisation de substances radioactives pour irradier les gens. Le secteur nucléaire a été doté d'un système très rigoureux d'inventaire et de contrôle des substances radioactives et des matières fissiles. Dans les dossiers statistiques de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) concernant les vols et les manipulations non sanctionnées de matières radioactives la Russie n'est pas le pays le plus mal classé, loin s'en faut. Par exemple, les incidents - pertes ou disparition de matières radioactives - sont bien plus nombreux aux Etats-Unis.
En Occident les mesures de protection physique et la garde des sites nucléaires ont été durcies après l'attentat perpétré à New York le 11 septembre 2001. En Russie, en raison de la guerre en Tchétchénie et du plasticage d'immeubles à Moscou et dans d'autres villes russes par des terroristes, c'est bien plus tôt que la protection des zones sensibles a été renforcée. Selon Nikolaï Chingariov, "le système de protection des sites nucléaires russes est perfectionné en permanence. Les meilleurs spécialistes en la matière sont sollicités. Des appareils et des équipements de protection pointus sans équivalents dans le monde sont créés".
Les matières fissiles sont contrôlées dans les entrepôts et aussi au cours de leur déplacement dans le pays à l'occasion de l'approvisionnement des centrales nucléaires en combustible, du retrait de l'uranium usé, du débarquement des réacteurs des sous-marins nucléaires désaffectés, etc. Un Centre de crise fonctionne près le ministère de l'Energie atomique, au moyen d'un système satellitaire il surveille le transport des frets radioactifs dans le pays. Ces frets sont acheminés dans des conteneurs spéciaux, principalement par fer et par convoi prioritaire. Chaque année un millier de ces convois ferroviaires se déplacent. Les conteneurs de produits radioactifs utilisés sont fabriqués dans des entreprises spécialisées et sont soumis à des tests de solidité poussés. Ils doivent rester intacts après une chute de neuf mètres sur une aire de béton, résister aux tirs d'armes différentes et au feu.
De l'avis du ministre russe de l'Energie atomique, Alexandre Roumiantsev, "la coopération permanente du ministère avec les organisations internationales et les partenaires étrangers donne de bons résultats. Le Programme de sûreté nucléaire TACIS financé par l'Union européenne est en voie de réalisation, de même que le programme russo-américain d'inventaire, de contrôle et de protection physique des matières fissiles. Les spécialistes des Etats-Unis qui viennent en Russie en voyage d'information donnent une haute appréciation du système de protection des sites et des matières nucléaires.