Les mesures de sécurité renforcées ont été maintenues à Essentouki, une ville d'eaux russe où 45 voyageurs d'un train ont récemment trouvé la mort dans un attentat. Un commando d'une trentaine d'OMONS (policiers anti-émeutes) avec des chiens est même arrivé en renfort dans la région. Un hélicoptère avec tireur d'élite surveille la voie ferrée entre Kislovodsk et Minéralny vody. La nuit des locomotives montées de policiers circulent pour déjouer les tentatives de sabotage de la voie par des terroristes. Selon les organes de maintien de l'ordre, les attentats perpétrés contre des trains dans les environs d'Essentouki ont été mis sur pied par des bandes opérant en Tchétchénie.
En Pologne les mesures de sécurité ont été renforcées dans les aéroports, aux passages frontaliers et dans les lieux publics en raison d'attentats possibles la veille des fêtes de Noël. En effet, des ressortissants d'un "pays à haut risque" interpellés à un poste frontière polonais n'ont pas été à même de donner une explication plausible à leur venue. D'autre part, Varsovie et d'autres capitales européennes ont été prévenues d'attentats en préparation. Le Mossad (services secrets israéliens) a informé les services de renseignement italiens qu'à l'occasion des fêtes de Noël plusieurs attentats semblables à ceux commis dernièrement à Istanbul étaient programmés pour les fêtes de Noël dans une ville d'Italie. L'alerte "orange", le quatrième degré sur les cinq que compte l'échelle, a été décrétée aux Etats-Unis tant est grand le risque d'attentat dans ce pays. Cela est confirmé dans un communiqué publié par Tom Ridge, le secrétaire à la Sécurité nationale des Etats-Unis.
Le terrorisme du nouveau millénaire est encore plus perfide, agressif et dangereux que le précédent. Il est devenu transnational. Les menaces d'attaques de fanatiques religieux se sont multipliées. Aucune barrière morale ne les arrête dans leurs actions. Leurs agissements sont orchestrés par des "mentors spirituels" s'arrogeant le droit de disposer comme ils l'entendent de la vie de croyants. Le danger d'attentats perpétrés par des fanatiques est d'autant plus grand que les moyens de destruction dont ils disposent sont devenus infiniment plus redoutables. Désormais ces gens sont en mesure d'empoisonner les denrées alimentaires et l'eau distribuées dans les mégalopoles, de répandre des maladies infectieuses, de provoquer des épidémies, etc. D'autre part, le terrorisme prend des formes inédites, il sévit de plus en plus fréquemment de manière anonyme, recourant souvent aux kamikazes tchétchènes.
Dans le contexte actuel la personnification du terrorisme, quand les crimes qui lui sont liés sont ramenés à des individus comme Abou Nidal, Ousama ben Laden, Bassaïev ou encore Hattab, est une grave carence dans la lutte contre le terrorisme international. Cette façon de poser le problème laisse à penser que pour en finir avec le terrorisme il suffit d'éliminer physiquement des personnes concrètes. Ce point de vue est erroné parce que l'assassinat des tristement célèbres organisateurs de l'activité terroriste ne réglerait pas le problème. En outre, réduire le danger terroriste à l'existence de quelques "parrains", c'est leur faire de la publicité. En agissant ainsi nous rehaussons leur notoriété, nous vulgarisons inconsidérément leurs objectifs déclarés, créons des conditions propices à l'enrôlement de nouveaux adeptes. C'est la raison pour laquelle il faut impérieusement élaborer et appliquer avec esprit de suite une politique équilibrée en matière de lutte contre la criminalité internationale.
Les premiers pas dans cette direction ont été faits. Le Forum mondial anticriminel et antiterroriste (FMAA) a été créé sur l'initiative de la Russie et, en particulier, de l'ancien ministre de l'Intérieur, Anatoli Koulikov, en tant que centre de coordination du système social mondial dont la mission est d'endiguer la vague criminelle et terroriste. Son siège est à Berlin. Il prévoit les tendances de l'évolution de la criminalité dans le monde, élabore la stratégie et la tactique de lutte contre les attentats, les prises d'otages, le trafic de stupéfiants et d'armes, les crimes dans le domaine des hautes technologies, la corruption, la migration illégale et d'autres crimes. Le FMAA contribue au rapprochement des positions des Etats dans l'élaboration des concepts afférents à la lutte contre la criminalité organisée et le terrorisme, stimule l'unification des législations ad hoc de différents pays. En élaborant des recommandations concrètes, nous collaborons avec les services secrets de plusieurs dizaines de pays du monde, dont l'Autriche, l'Allemagne, les Etats-unis, la Biélorussie, Israël, la France, etc. Le chef d'Etat-major interarmes des Etats-Unis, Richard Myers, a hautement apprécié la coopération russo-américaine dans la lutte contre le terrorisme international, la qualifiant de constructive et d'utile.
La Fondation nationale anticriminelle et antiterroriste a été créée en Russie pour épauler le Forum. Pourtant, une chose commence à nous préoccuper, c'est la tendance à conférer une certaine vogue au danger terroriste international. Nous assistons à la commercialisation des efforts appliqués dans la lutte contre le terrorisme, on ne compte plus les experts "prestigieux" dont les innombrables versions, schémas, hypothèses remplissent le champ informationnel mondial, ce qui ne fait que renforcer la psychose de masse dans la société et accroître ainsi l'effet de peur, objectif principal de l'activité terroriste, ce qui incite à la violence les gens psychologiquement vulnérables.
Ces questions et d'autres problèmes sensibles seront débattus au cours de la 2-e Conférence internationale qui se tiendra les 20 et 21 janvier 2004 à Moscou sur le thème: La communauté mondiale contre la globalisation de la criminalité et du terrorisme.