La politique extérieure en direct

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par Dimitri Kossyrev, RIA-Novosti

Le genre des réponses à des questions, en direct, à la télévision, n'entend évidemment pas la publication des doctrines développées, que ce soit sur la politique extérieure ou sur n'importe quelle autre politique. La valeur de ce genre de communication est tout autre. C'est qu'il est capable de montrer avec plus ou moins de précision la manière dont les problèmes de la politique extérieure sont interprétés par les Russes et celle dont ils sont perçus par leur Président. Force est de constater que le point de vue des personnes qui regardent le problème à l'écart et celui des autres qui l'observent de l'intérieur même ne sont jamais les mêmes.

Dans de telles situations, un politique qui va aux élections joue normalement selon les règles qui consistent notamment à deviner l'état d'esprit du public et à essayer de lui plaire, alors qu'un homme politique en exercice de ses fonctions se conforme, lui, à d'autres règles qui se résument à peu près comme suit: expliquer les raisons de ses actions et exposer ses plans. Dans le cadre de la "ligne directe" d'aujourd'hui, Vladimir Poutine a justement annoncé son intention de se présenter pour un deuxième mandat présidentiel. Autrement dit, il y serait intervenu en homme politique qui va aux élections. Quoi qu'il en soit, ses réponses aux questions sur la politique extérieure montrent explicitement qu'il réfléchit toujours en Président en exercice. Cela est particulièrement notable quand, à titre de complément, à une réponse directe et simple, le chef de l'Etat ajoute quelque chose encore. Il se peut que ce soit une idée préparée d'avance. Il est tout aussi possible que ce soit tout simplement une idée qu'il aurait voulu exprimer déjà depuis longtemps. Ou la réitérer tout bonnement.

A l'intention de tous ceux qui ont, peut-être, oublié que la politique extérieure du Président Poutine repose toujours sur des réalités économiques, il a exposé une fois de plus son idée maîtresse que "la plus grave menace" pour la Russie réside dans un retard dans son développement économique. "Si nous n'arrivons pas à communiquer des rythmes de croissance garantis à notre économie, nous serons aussi en retard sur tous les autres volets", a rappelé le chef de l'Etat.

Faisant, de toute évidence, suite aux discussions qui se poursuivent depuis longtemps parmi les experts russes, Vladimir Poutine signale que cette âpre concurrence qui se poursuit aujourd'hui dans le monde s'est déplacée, à la différence des temps jadis, de la sphère de la confrontation militaire dans celle de la concurrence purement économique. "Et là, nous devons être efficaces et compétitifs et ce, à commencer par un simple citoyen jusqu'à l'Etat lui-même. Si nous réussissons à le faire, nous survivrons et deviendrons même un pays prospère. Sinon, on aura une multitude de problèmes très difficiles à résoudre", a-t-il déclaré.

C'est sans doute aussi dans ce contexte que l'on peut et doit même assimiler à la politique extérieure son idée sur la nécessité de doubler le produit intérieur brut dans des délais record, tout d'ailleurs comme beaucoup d'autres idées, exposées dans le cadre de cette interview. Cela se rapporte même aussi à l'idée concernant la nécessité de ne pas refréner le processus d'immigration en Russie, mais de le gérer en conséquence, en sachant exactement où, combien et quels immigrants nous sont nécessaires. C'est qu'il s'agit là aussi de nos relations avec les pays-membres de la Communauté des Etats indépendants (CEI), tant européens qu'asiatiques, ainsi que de nos relations avec la Chine et d'autres Etats.

Somme toute, l'écran de télévision nous a livré l'image du Président sûr de lui. Sur le plan économique et celui de la politique extérieure, l'année qui s'en va s'achève plutôt bien. A part l'indice record et relativement bien connu de la croissance économique de 6,7%, une nouvelle information a été rendue publique, celle que la fuite des capitaux de la Russie ne dépasserait pas en 2003 six à sept milliards de dollars, et que déjà, au quatrième trimestre, cet exode s'est radicalement réduit. Cela est particulièrement réjouissant compte tenu du fait qu'en 2002, 8,2 milliards de dollars ont fui la Russie. De telles statistiques sont en général d'un très grand secours dans n'importe quelles actions dans l'arène internationale.

Sous le Président Poutine, la politique extérieure est différente de celle d'autrefois. Si, en effet, tout récemment encore, la sauvegarde de l'intégrité territoriale de la Russie a été pour nous l'un des problèmes les plus importants, les plus graves et les plus prioritaires, à l'heure actuelle, "cette tâche est généralement accomplie", a noté Vladimir Poutine. C'est que cette menace a été substituée en quelque sorte par une autre, celle de séparation territoriale de tous les territoires d'habitation compacte des populations musulmanes. Somme toute, c'est une nouvelle formule de ce danger que l'on désigne généralement chez nous par le terme générique "terrorisme international". Le danger en question a été décrit par le Président comme suit: "Si cela se produit, la situation chez nous sera encore pire qu'elle ne l'était jadis en Yougoslavie, ce sera alors la "yougoslavisation" de la Russie dans sa pire des variantes, et les victimes seront alors beaucoup plus nombreuses".

Tout porte à croire d'ailleurs que la prise de position de Vladimir Poutine face aux Etats-Unis est soumise, elle aussi, à la lutte contre ladite menace. Notons qu'un militaire à la base aérienne russe dans ville kirghize de Kant, ayant posé une question dans le cadre de la "ligne directe", s'est intéressé, lui, à l'aspect purement militaire. Il voulait savoir notamment si l'Irak ne deviendra pas finalement un "autre Vietnam" pour les Américains. Néanmoins, la réponse du Président portait plutôt sur une autre chose. Vladimir Poutine parlait de sa manière de voir les actions d'un allié dans la lutte contre l'ennemi commun.

Cette réponse a produit sans doute le plus grand effet parmi toutes les autres réponses concernant les affaires étrangères. Réitérant son attitude bien connue au sujet de la priorité du droit international et de la nécessité d'une sanction de l'Organisation des Nations Unies pour toute opération militaire, il a cependant rappelé que la Russie n'avait aucun intérêt à ce que les Etats-Unis essuient une défaite dans leur lutte contre le terrorisme international, car "on est partenaires dans cette lutte". Seulement, il est à savoir quelle est l'utilité d'un partenaire qui, comme les USA, par exemple, souffre de toute une série de complexes qui ne font, en fait, qu'aggraver encore plus sa situation. Il s'agit là d'un sentiment d'invulnérabilité, de la manie de la grandeur et de la présomption d'être irréprochable. "J'espère bien que cela ne se produira quand même pas avec nos partenaires américains", a ajouté le Président de la Fédération de Russie, en exprimant ainsi la critique pratiquement standard que le monde entier formule au sujet du style américain dans le comportement en-dehors des USA.

Toutes les autres questions des téléspectateurs ont été plutôt traditionnelles pour l'électorat russe. Nul n'ignore qu'il se connaît mieux aux problèmes de ses proches voisins - de la Biélorussie, des Etats baltes, de la Géorgie... Les réponses du Président n'y ont pas fait sensation. C'était plutôt un démenti formel des soupçons que la Russie puisse s'y écarter de la politique qu'elle avait elle-même proclamée.

Elle ne s'en écartera pas, a été la réponse de Vladimir Poutine. Moscou interviendra toujours, à l'avenir également, en tant que garant de la stabilité en Géorgie et dans d'autres Etats voisins. La Russie ne reviendra pas, non plus, sur sa décision de faire union avec la Biélorussie. Elle ne cessera, non plus, revendiquer les mêmes normes en matière de droits de l'homme en Europe, y compris pour les populations russophones des pays baltes.

Tout cela, c'est la politique qui bénéficie du soutien de l'électeur russe. Or, on dira la même chose de la position de Moscou concernant l'Irak et d'autres problèmes abordés dans l'actuelle "ligne directe". A signaler que la politique extérieure, reposant sur l'opinion des Russes, a aidé en ce mois de décembre les partis pro-présidentiels à remporter les élections à la Douma d'Etat (Chambre basse du Parlement russe). Tout porte à croire qu'elle sera tout aussi efficace aux futures présidentielles.

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