Les réponses "de marché" de Vladimir Poutine

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par Marina Chakina, RIA-Novosti

Bien avant la séance de direct entre le président Vladimir Poutine et la population du pays le 18 décembre, on connaissait les problèmes qui préoccupent les Russes. Le travail et les salaires, les garanties sociales et le logement, bref tout ce qui définit le niveau de vie et touche au bien-être des gens. La politique économique ne suscite pas autant d'intérêt. Mais ce sont là les deux côtés d'une médaille et cela est évident. Et ce n'est pas un hasard si Vladimir Poutine a annoncé, en prélude à l'émission, quelques résultats du développement économique du pays en 2003.

Egrenant des chiffres, il ne cachait pas sa satisfaction. Une hausse du PIB à hauteur de 7%, 17 milliards de dollars de dettes remboursées - "le pays ne s'en est même pas aperçu", - les réserves de change de la Banque centrale culminant à 70 milliards de dollars, un record historique. Le nombre de personnes vivant au-dessous du minimum vital, 2112 roubles, soit près de 70 dollars par mois, s'est réduit depuis le début de l'année de 6 millions, mais constitue toujours un "chiffre inacceptable" de 31 millions sur les 145 millions d'habitants du pays. Pour la première fois depuis des années, la productivité du travail a augmenté, a encore noté le chef de l'Etat. Les arriérés de salaire appartiennent définitivement au passé, la natalité est en hausse.

Interrogé sur les menaces à la sécurité de la Russie, Vladimir Poutine a cité, sans hésiter, le retard économique du pays. Et la nécessité de poursuivre les réformes peut être qualifiée de leitmotiv de ce dialogue entre le président et la population. Le chef de l'Etat s'est montré un ferme partisan des réformes de marché et est intervenu à plusieurs reprises comme vulgarisateur ou défenseur de l'économie libérale. Il a expliqué le sens des innovations dans la sphère des retraites et le côté économique de la réforme militaire.

Et sa réponse à la question d'une Russe - Le temps n'est-il pas venu d'en finir avec les privatisations et de passer aux nationalisations ? - est plus que caractéristique sur ce plan. Non, a répondu le président, essayant de la convaincre, certes, les privatisations des années 1990 se sont accompagnées d'erreurs, vos critiques sont justes, mais la nationalisation ne serait pas une solution. Par rapport à l'Etat, le propriétaire privé est plus efficace, et l'expérience mondiale est là pour le prouver. Au lieu de déprivatiser, il faut perfectionner la loi, consolider l'Etat et mettre en place une administration de contrôle. Au contraire, la privatisation se poursuivra, l'Etat se désengagera des entreprises et des secteurs économiques où le capital privé peut le remplacer, au nom d'une plus grande efficacité.

Vladimir Poutine a expliqué sa position sur la réforme du logement et des équipements collectifs, où il s'est montré bien plus radical que le gouvernement. Les gens se plaignent de la hausse des tarifs, de l'absence de progrès dans le domaine des logements vétustes, de l'impossibilité pratique, pour un jeune ménage, d'acquérir une maison ou un appartement. Le crédit au logement, ou le crédit hypothécaire, qui sera lancé dès l'année prochaine, voilà qui doit, aux dires du président, en finir avec la crise du logement dans le pays.

Jusqu'ici, l'hypothèque demeure inefficace en raison des nombreuses contradictions dans la législation russe. Par exemple, la loi interdit l'expulsion. Cette norme est un acquis social. Mais aucune banque n'accordera de crédit à la construction ou à l'achat de logements à des personnes insolvables. Le projet d'amendement est déjà examiné par le parlement.

Pour ce qui est des charges qui, en termes de qualité, en restent à un niveau peu acceptable, la solution est unique et elle passe par l'implantation des mécanismes de marché. Les subventions publiques, à défaut de quoi les équipements collectifs sombreraient, doivent être mises à la disposition des locataires et non virés aux "monopoles municipaux", comme cela se pratique aujourd'hui. Ce sont les locataires qui achèteront, grâce à cet argent, les services des entreprises qui leur proposeront des prestations qualitativement acceptables. "Le gouvernement ne se décide toujours pas à aller dans ce sens de manière conséquente et résolue, mais il devra se résoudre à le faire", a souligné le président.

Vladimir Poutine a énoncé sa position sur la question - aujourd'hui à la mode - de la "rente des ressources naturelles", ce "clou" de la récente campagne électorale. Il s'agit de la proposition de certains politiques de faire monter brusquement le niveau des prélèvements au profit de l'Etat dans l'industrie du pétrole et du gaz. Le secteur des hydrocarbures (TEK) connaît un développement trop rapide en Russie, au détriment de l'industrie de transformation, a dit le président. L'Etat est intéressé à équilibrer la situation. Mais il doit agir avec circonspection, pour ne pas nuire à l'économie. Déjà, il a fait beaucoup pour remettre de l'ordre dans le secteur, décrétant un impôt sur les matières premières minérales et augmentant les taxes à l'exportation de pétrole et de gaz. "Ces impôts ont quadruplé", a constaté le chef de l'Etat.

Vladimir Poutine estime aussi qu'il serait juste d'augmenter la part à prélever des surprofits que le business pétrolier tire de la conjoncture favorable. "Dans les pays développés, 80% des surprofits vont à l'Etat, en Russie, seulement 50%", a rappelé le président. Le projet de loi correspondant avait été "sabordé" par la Douma précédente, résultat des démarches d'un riche et puissant lobby pétrolier, a-t-il précisé. Remarque qui devrait être considérée comme une réponse à la question - d'ailleurs jamais posée - sur l'affaire Youkos. Cette loi sera de nouveau présentée à la Douma, le ministère du Développement économique en achève la mise au point. Le prélèvement de la rente sera différentiel, et son montant dépendra de la qualité du puits, de son âge, de son degré d'inondation et d'autres indices substantiels. Mais "n'oublions pas que le TEK est une poule aux oeufs d'or pour la Russie", personne n'est intéressé à la dégradation du secteur pétrolier, a déclaré fermement Vladimir Poutine.

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