L'euphorie provoquée à la Maison Blanche et au Pentagone par la capture du dictateur irakien Saddam Hussein au début de la semaine sera de courte durée.
Premièrement, on ne sait pas exactement comment agir avec ce prisonnier. Il est peu probable qu'on puisse lui faire avouer la présence d'armes de destruction massive en Irak, prétexte officiel de la guerre lancée contre ce pays. Même si on y parvient, les aveux de l'ex-dictateur devront être confirmés par des faits. Mais si ces armes n'ont jamais existé ou ont été détruites, qu'est-ce qu'on doit présenter au monde?
Deuxièmement, Saddam arrêté représente une trop grande charge pour les autorités américaines. Il faudra l'entretenir comme un V.I.P. et le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a déjà annoncé que Saddam Hussein était un prisonnier de guerre qu'il fallait traiter conformément à la convention de Genève de 1949 et cherche déjà à contrôler le respect de cette convention. Aux termes de ce document, "les conditions de logement des prisonniers de guerre seront aussi favorables que celles réservées aux troupes de la Puissance détentrice cantonnées dans la même région. Ces conditions devront tenir compte des murs et coutumes des prisonniers et ne devront, en aucun cas, être préjudiciables à leur santé". En plus, "les représailles contre les personnes sont interdites". Il est peu probable que Washington souhaite être accusé de violation grossière et intentionnelle du droit humanitaire international compte tenu des accusations formulées contre lui par certains mouvements internationaux.
Washington doit être aux petits soins pour Saddam Hussein, veiller à ce qu'il ne tombe pas gravement malade ou ne meure d'insuffisance cardiaque, de pneumonie ou d'une autre maladie typique pour son âge. Si Saddam meurt en captivité, la plupart des communautés islamistes le considéreront comme un martyr et un juste mort dans la lutte contre les infidèles. Cela ne fait pas le jeu des États-Unis ou d'autres pays occidentaux, surtout des pays où les musulmans sont nombreux. Le jugement de l'ancien tyran pose aussi beaucoup de problèmes. Ce n'est pas la question du lieu où se déroulera le procès - à Washington ou à Bagdad. Saddam Hussein a commis assez de crimes contre son peuple, les Kurdes, l'Iran et le Koweït pour être traduit devant n'importe quelle cour de justice. Mais il faudra d'abord collecter et enregistrer des milliers de témoignages, communiquer les pièces du dossier à l'accusé et lancer une procédure judiciaire avec des procureurs et des avocats. Il n'est pas évident qu'elle touche à sa fin rapidement et qu'on puisse prouver tous les chefs d'accusation avancés contre Saddam Hussein. Une chose est claire: la paix et la stabilité ne seront pas rétablies en Irak dans un avenir proche, du moins tant qu'il sera occupé par les troupes américaines et gouverné par Washington.