Vers le retour des "ex-citoyens" russes?

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par Olga SOBOLEVSKAIA,

commentatrice de RIA-Novosti.

Ces dernières années, les Russes installés définitivement à l'étranger au début des années 90 sont de plus en plus nombreux à revenir dans leur patrie. "Je n'ai pas pu m'adapter aux Etats-Unis. Mes attentes étaient trop grandes. J'y mangeais à ma faim, mais je me sentais toujours isolé. Je n'ai jamais été considéré comme Américain", raconte le médecin Alexei P. émigré en 1998 et rentré en 2002. "Ma formation n'a pas été reconnue en Allemagne. J'ai été contrainte de travailler comme garde-malade dans une maison pour handicapés, je gagnais peu d'argent et je me sentais humiliée", explique Galina S., professeur de mathématiques. "Je me suis mariée avec un Américain. Mais nos mentalités étaient trop différentes, se plaint Anna You. Après avoir divorcé, je suis revenue".

D'après les données officielles, entre 1991 et 2002, plus de 7 millions de personnes ont quitté la Russie. Les experts du Centre de démographie et d'écologie de l'homme de l'Académie des sciences de Russie constatent que l'émigration "présente toutes les caractéristiques de la fuite des cerveaux": la science et les secteurs industriels de hautes technologies perdent des cadres professionnels. A la charnière des siècles, le chiffre de la "fuite des cerveaux" représentait 1,5 million de personnes. L'Université de Moscou "a exporté" 10 % de ses professeurs. Parmi ceux qui partent, il y a des programmeurs, des chimistes, des physiciens, des biologistes, des mathématiciens, des géologues, des représentants des secteurs prometteurs de la médecine. Le talent et la compétence des spécialistes de ces domaines sont appréciés à leur juste valeur à l'étranger, surtout s'ils sont diplômés des écoles supérieures prestigieuses qui ont subi l'épreuve du temps.

Depuis le début des années 1990, la science a perdu d'éminents savants et, depuis le milieu des années 1990, de jeunes scientifiques. D'après les données de Lioudmila Ledeneva, expert du Centre de démographie et d'écologie de l'homme de l'Académie des sciences de Russie, près de 70 % des Russes qui font leurs études à l'étranger n'ont pas l'intention de rentrer. "Nous avons des raisons valables d'affirmer que, si une solution n'est pas trouvée rapidement à la crise du complexe scientifique et technique du pays, tous les programmes russes de développement seront de la "poudre aux yeux", car il n'y aura pratiquement personne pour les mettre en oeuvre", a résumé Valeri Sobolev, président du syndicat des chercheurs de l'Académie des sciences de Russie. Cette "exportation" désintéressée fait perdre au pays au moins 3 milliards de dollars par an. La "fuite des cerveaux" a plusieurs origines. Le financement de la science n'assure pas encore une existence décente aux scientifiques, bien qu'il augmente tous les ans. Le travail intellectuel est prestigieux, mais il est mal rémunéré, par conséquent, les possibilités de développement de la science sont très faibles par rapport à ce qu'elles devraient être. Le système de subventions et de concours accordant des prix en espèces est un appui substantiel, mais irrégulier. C'est pourquoi les scientifiques émigrés reviennent rarement.

Si la "fuite des cerveaux" préoccupe toujours la société russe, les données sur l'émigration ethnique témoignent qu'elle se réduit considérablement. L'exode" de ce qu'on appelle "l'immigration traditionnelle" en Allemagne (plus de 50 % des "ex-citoyens" russes), en Israël (plus de 25 %) et aux Etats-Unis (plus de 10 %), qui a débuté après la chute du rideau de fer, s'est presque épuisé au début du 21e siècle. Ceux qui ont voulu rejoindre leurs parents résidant à l'étranger l'ont déjà fait dans la majorité des cas. Ceux qui estimaient qu'ils ne pouvaient pas faire d'affaires en Russie se consacrent au business ailleurs.

D'autres pays n'encouragent pas toujours, loin s'en faut, l'arrivée des Russes qui veulent s'installer définitivement, ou bien ils perdent leur attrait pour les Russes. L'Union européenne en voie d'élargissement manifeste une hospitalité bien plus grande à l'égard des citoyens des pays adhérents. Après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, les Etats-Unis accueillent les étrangers d'une manière très sélective. D'ailleurs, ces tristes événements ont réduit de deux fois le nombre de Russes qui partent pour les Etats-Unis (en 2000, 9 500 personnes ont émigré en Amérique, en 2001, 4 500). Les émigrés potentiels ne se pressent pas de partir pour Israël à cause de la détérioration de la situation politique dans ce pays.

"Quelle que soit la croissance économique de la Russie, il est peu probable qu'elle devienne, dans la période à venir, un pays aussi confortable et ayant un haut niveau de vie comparable à celui des pays d'Europe occidentale. Il est douteux que l'émigration disparaisse, estime Nikita Mkrtchian. Mais, en perspective, les pays de l'Ouest vont préférer les Russes, dont la culture est proche de celle de l'Occident, aux ressortissants des Etats musulmans".

D'après les données des sociologues, 51 % des Russes estiment que leurs enfants s'épanouissent mieux dans leur patrie. Bien entendu, ce n'est pas la proportion idéale, mais, il y a 5 ans, elle n'était que de 35 %.

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