En 1553, des marchands anglais en quête d'une voie nord-orientale vers l'Inde et la Chine, se retrouvèrent près de la mer Blanche, dans le Grand Nord russe, à l'embouchure de la Dvina. Ils furent accueillis par des habitants locaux qui les accompagnèrent à Moscou pour les présenter au tsar Ivan le Terrible. C'est ainsi que deux grandes puissances nouèrent des relations diplomatiques et commerciales régulières il y a 450 ans. Le 17 décembre, le musée "Kremlin de Moscou" présentera une exposition consacrée à cet événement.
Outre le Kremlin participent à ce projet international deux des plus grands musées russes l'Ermitage de Saint-Pétersbourg et le Musée historique de Moscou, mais aussi le Musée de l'histoire navale et les Archives russes. Côté britannique, le Musée maritime national de Greenwich et la Galerie des beaux-arts Guildhall de Londres (Guildhall museum) sont les principaux intervenants. L'exposition devrait présenter au public ce qu'il est convenu d'appeler des "exclusivités". 150 objets d'art et monuments historiques rares témoigneront de l'amitié liant Moscou et Londres depuis des siècles.
Cette manifestation pourrait être intitulée "Triomphe des cadeaux diplomatiques". La collection d'argenterie anglaise datant des XVIe-XVIIe siècles prêtée par le Palais des armures et l'une des plus imposantes au monde et la collection d'armes à feu britanniques du XVIIe siècle comprennent les cadeaux offerts aux tsars russes par les diplomates et les agents commerciaux de Grande-Bretagne. Moscou a toujours su faire preuve d'hospitalité et de générosité à l'égard de ses invités. Au XVIe siècle, l'Angleterre devint le premier partenaire officiel et privilégié de la Russie. Les habitants du pays insulaire - marchands, diplomates, médecins, spécialistes militaires, ingénieurs des mines - qui venaient en Moscovie (c'était ainsi qu'ils appelaient à l'époque ce pays exotique des froids et des neiges), s'y installaient pour longtemps, voire pour toujours s'habituant rapidement aux murs et aux coutumes russes. Plus tard, de nombreux étrangers ont servi loyalement Pierre le Grand qui en européanisant la Russie voulut en faire un État puissant et invulnérable. Parmi ses adeptes on compte un Écossais, Patrick Gordon, qui au cours de sa longue carrière militaire au service du tsar gravit tous les échelons et obtint après 38 années de bons et loyaux services le grade de général.
Parmi les pièces exposées on verra également un portrait sur bois unique de la reine Elizabeth I Tudor effectué à l'époque où Ivan le Terrible demanda sa main, ainsi que la correspondance des deux monarques qui jeta les bases de relations stables entre les deux puissances alliées.
On pourra contempler les portraits de personnes royales des deux pays, des broderies et des gravures de la ville de Londres, des objets ayant appartenu à des hommes politiques russes, des camées, des livres, des médailles et des pièces de monnaie, ainsi que des lettres de créance finement ornées que les diplomates de Londres remettaient aux tsars russes.
"Nous avons essayé de donner une idée de ce qu'était la vie artistique en Grande-Bretagne sous les Tudor et les Stuart, d'informer le public des contacts multiformes entre Londres et Moscou pendant les règnes d'Ivan le Terrible et de Pierre le Grand. L'exposition doit intéresser les gens de tous les âges et de toutes les nationalités", a indiqué Irina Zagorodniaïa, employée du musée "Kremlin de Moscou" et chargée de l'exposition.
Ces dernières années, le "Kremlin de Moscou" participe de plus en plus activement à la vie internationale tout comme les autres musées de Moscou et de Saint-Pétersbourg. Ainsi en 1997, l'arsenal des tsars russes a été exposé à la Tour de Londres en échange d'une présentation de trésors de ce musée à Moscou. Cette année, des pièces d'argenterie du "Kremlin de Moscou" ont été exposées lors d'une rétrospective consacrée à Elizabeth I et qui s'est tenue au Musée national maritime de Greenwich.
"Nous avons organisé des expositions importantes couvrant le XVIIe et le début du XXe siècles et destinées au grand public aux États-Unis", a annoncé la directrice adjointe du musée Zelfira Tregoulova. Une collection de pièces d'argenterie européenne a été présentée en Suède, en Pologne et au Musée national de Nuremberg en Allemagne.
"Nous promouvons nos relations avec le Louvre. Nos collections ont déjà participé à l'exposition "Le temps d'exubérance - Les arts décoratifs sous Louis XIII et Anne d'Autriche (1610-1661)" tenue en 2002. Nous avons déjà convenu de présenter certains des joyaux de Louis XIV à l'automne prochain. Cette exposition aura lieu dans le cadre d'un programme de présentation des trésors des rois européens au Kremlin. Des négociations appropriées sont en cours entre le Kremlin de Moscou et les musées de Dresde, de Prague et de Vienne. La partie française a, pour sa part, émis le vu d'exposer au Louvre des icônes dans leurs revêtements en 2005-2006".
En février prochain, la plus grande exposition européenne du "Kremlin de Moscou" sera inaugurée à Bonn. Elle comprendra des objets rares de différentes époques notamment des icônes byzantines, des objets d'art décoratif et des uvres de Carl Fabergé. "Nous sommes un musée ouvert et nous sommes prêts à montrer nos chefs-d'uvre tant en Russie et qu'à l'étranger", a conclu Mme Tregoulova.