Qui va accéder aux cimes de l'Olympe politique russe?

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Par Valéri Asriyan, commentateur de RIA Novosti

A peine les élections législatives terminées qu'une autre campagne électorale s'engage, à savoir celle de la présidentielle. Le Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe) a fixé au 14 mars 2004 la date de l'élection du président de la Russie. Ce scrutin aura donc lieu dans un peu plus de trois mois. Ce qui ne laisse pas tellement de temps aux candidats à la magistrature suprême, dont la campagne commence ce jeudi, 11 septembre. Une campagne qui, si l'on en croit les experts, devrait aboutir à la réélection du président Vladimir Poutine. Avec une cote de popularité dépassant 70 pour cent, le chef de l'Etat ne devrait laisser aucune chance de victoire à ses éventuels concurrents. Les élections du 7 décembre à la Douma (chambre basse du parlement) en sont une confirmation. Elles ont été remportées haut la main par le parti pro-président Iédinaïa Rossia (Russie unie) qui a recueilli plus de 37 pour cent des suffrages et remporté près de la moitié des sièges. Ce succès de Russie unie est dû surtout aux bonnes dispositions du président à son égard, ce que sait très bien la population. En dépit de sa simplicité, le slogan "Avec le président" adopté par Russie unie pour mener sa campagne s'est avéré très persuasif. En votant en faveur de Russie unie les électeurs ont en fait voté pour Vladimir Poutine. Les résultats du scrutin montrent que s'il était de nouveau candidat, le leader du Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF), Guennadi Ziouganov, ne serait pas en mesure d'inquiéter quelque peu Vladimir Poutine. Le KPRF est sorti très affaibli des législatives avec seulement 12,7 pour cent des voix, soit près de deux fois moins qu'en 1999.

Guennadi Ziouganov semble être sur le déclin par rapport au milieu des années 90. Rappelons qu'en 1995, le Parti communiste avait remporté les législatives et qu'à la présidentielle de 1996 son leader avait failli battre Boris Eltsine. Cependant en 2000, il n'avait rien pu faire face à Vladimir Poutine (élu au premier tour) bien qu'ayant quand même recueilli environ 30 pour cent des suffrages. Il aurait beaucoup de mal à réaliser un score identique le 14 mars.

Les partis de la droite libérale SPS (Union des forces de droite) et Yabloko ont subi une véritable Bérézina puisqu'ils n'ont même pas réussi à franchir la barre des cinq pour cent pour pouvoir être représentés à la Douma. Par conséquent, si les leaders de ces formations se présentaient à la présidentielle, ce serait uniquement en qualité de figurants.

Doyen de la scène politique postsoviétique et un de ses personnages les plus extravagants, le chef du Parti libéral-démocrate de Russie, Vladimir Jirinovski, ne voudra certainement pas rater l'occasion de faire parler de lui. D'autant plus que son parti a réalisé le troisième meilleur résultat aux toutes récentes législatives (11,8 pour cent). Evidemment, Vladimir Jirinovski ne prétend pas concurrencer Vladimir Poutine, mais il entend néanmoins clamer une fois de plus ses mots d'ordre populistes et se faire passer comme le défenseur des véritables intérêts du peuple russe, un rôle dans lequel il excelle toutes ces dernières années en trompant son électorat par trop puéril et pas très scrupuleux qui plus est.

De nombreux experts conseillent de ne pas prendre à la légère la candidature éventuelle de Sergueï Glaziev au poste de président. Ce n'est pas une nouvelle pièce sur l'échiquier politique russe. En 1992-1993, le docteur ès sciences économiques Sergueï Glaziev avait été ministre des Relations économiques extérieures, ensuite il avait été élu à la Douma de la première législature (1993-1995) sur la liste du Parti démocratique de Russie et assumé la présidence du comité de la politique économique de la chambre basse. Sergueï Glaziev n'a pas été réélu à la Douma de la deuxième législature, mais il a accédé à la suivante sur la liste du KPRF. Il avait pris une véritable stature politique l'année passée, après l'élection du gouverneur du territoire de Krasnoïarsk (Sibérie orientale) où il avait recueilli un nombre appréciable de suffrages. Pour beaucoup il était évident que ce politique de 41 ans possédait un potentiel important.

Des désaccords avec le dirigeant communiste Guennadi Ziouganov ont obligé Sergueï Glaziev à se séparer du KPRF pour les législatives et à constituer le bloc Rodina avec le président du Comité international de la Douma, Dmitri Rogozine. Cette formation a créé une des grandes surprises du scrutin en recueillant d'emblée un peu plus de 9 pour cent des voix. Pendant la campagne électorale Sergueï Glaziev a su faire jouer la fibre patriotique des Russes et l'hostilité de ceux-ci face à la puissance des oligarques en proposant de soumettre ces derniers à un impôt supplémentaire sous forme de "rente des ressources naturelles".

Pour le moment Sergueï Glaziev a un électorat assez peu étoffé mais il pourrait compter sur l'apport de l'électorat communiste s'il réussissait à rallier à lui une partie des dirigeants du KPRF qui, déçus par les résultats des législatives, souhaiteraient le départ de Guennadi Ziouganov. Le leader de Rodina pourrait alors devenir le chef de file de toute la gauche et représenter quelque chose de très sérieux. Compte tenu de sa jeunesse et de son potentiel, Sergueï Glaziev pourrait être le principal concurrent de Vladimir Poutine à la présidentielle de 2004 et jouer à coup sûr les tous premiers rôles en 2008.

Incontestablement, au mois de mars prochain Sergueï Glaziev ne remportera pas la présidentielle. Vladimir Poutine étant pratiquement inaccessible tant sa politique répond aux attentes de la majorité écrasante des Russes. Par contre, dans quatre ans, lorsque le deuxième mandat de Vladimir Poutine arrivera à expiration, il sera extrêmement difficile à tous les autres candidats de se hisser à sa hauteur. C'est d'ores et déjà patent.

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