Revue de la presse russe du 10 décembre

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Kommersant

Pour l'instant aucune thèse concrète n'a été retenue quant aux motifs du crime, écrit Kommersant en commentant l'attentat perpétré mardi matin devant l'hôtel " National ", à deux pas du Kremlin. L'explosion a fait six morts, dont deux shahidas, et 14 blessés. Les terroristes ont ainsi "marqué" à leur façon la fin des élections à la Douma (chambre basse du parlement russe) ou encore le début de la campagne pour la présidentielle qui doit être annoncé par le Conseil de la Fédération (chambre haute). Ces versions sont très plausibles du moment que tout événement d'importance dans le pays est accompagné d'attentats.

D'un autre côté, les enquêtes menées sur ces crimes révèlent que les shahidas, qui que soient ceux qui les manipulent, ont des motifs de vengeance, relève Kommersant. Ordinairement, c'est la perte de parents proches tués au combat face aux troupes fédérales. Par ailleurs, à ce qu'on dit au Service fédéral de sécurité (contre-espionnage russe), on insinue aux shahidas que même les civils "de l'autre côté" peuvent être soumis à la vengeance.

Quels que soient les auteurs de l'attentat de mardi, ses conséquences sont aisément prévisibles, écrit Kommersant. Les explosions vont durcir les actions des troupes fédérales en Tchétchénie et dans les régions voisines (à l'heure qu'il est des opérations d'envergure sont menées en Ingouchie et on dit que la Karatchaïevo-Tcherkessie attend son tour) ainsi que les mesures antiterroristes dans l'ensemble du pays.

Izvestia

Pour la première fois depuis deux ans qu'il existe le Conseil des législateurs, qui réunit des législateurs régionaux et des membres de l'Assemblée fédérale (parlement), s'est réuni au Kremlin, écrivent les Izvestia. Le président Vladimir Poutine a expliqué à ses hôtes ce que le pays attendait d'eux dans la période à venir. Il leur a demandé aussi de mettre un terme à la discussion sur des changements à apporter à la Constitution russe qui aura dix ans le 12 décembre.

Selon les informations dont disposent les Izvestia, les "meilleurs éléments" de la chambre haute du parlement ont appliqué des efforts vraiment titanesques pour rendre possible cette réunion. Une tentative dans ce sens avait déjà été faite au début de l'année, mais à l'époque c'est le président qui s'était rendu au siège du Conseil de la Fédération pour dire ceci: "Il est temps de cesser de faire des promesses creuses, de se livrer à la démagogie. Quand on fait des promesses, il faut les tenir. Nous ne pouvons pas nous permettre de réfléchir cent ans, comme on a l'habitude chez nous uniquement pour ne rien entreprendre".

Si les propos tenus mardi par le chef de l'Etat étaient moins expressifs, ils ont été quand même aussi rigoureux. Il a été annoncé au corps législatif régional qu'en dix ans 2,5 pour cent des projets de loi régionaux parvenus à la Douma sont devenus des lois à part entière, le reste ayant été mis au rebut.

Hier le chef de l'Etat a une nouvelle fois déclaré haut et fort qu'il ne soutenait absolument pas ceux qui préconisaient une réécriture de la Constitution.

Troud

Le président Poutine vient de viser un document qui pourrait avoir de sérieuses conséquences. Cette ordonnance présidentielle a pour titre De la signature de la Convention de l'ONU contre la corruption. La Russie a donc rallié le pacte reconnaissant comme crimes de droit commun les pots-de-vin, les détournements de fonds publics, le blanchiment de revenus provenant de la corruption et définissant les règles générales de la répression de ce phénomène. En particulier, la Convention oblige les parties signataires à restituer les sommes détournées au pays d'origine.

Troud rappelle qu'après deux années de négociations la Convention avait été concertée cet automne à Vienne. Elle sera définitivement entérinée ce mercredi à la Conférence internationale de l'ONU qui se tient à Mexico et prendra effet dans trois mois dans tous les Etats qui y auront adhéré.

Vladimir Poutine vient donc d'indiquer à la nouvelle Douma que la lutte contre la corruption allait être un des grands axes de son activité, constate Troud.

Nézavissimaïa gazéta

Si le bilan de la campagne des législatives 2003 s'est avéré fatal pour les partis de droite, il pourrait quand même être profitable à l'électorat démocrate, estime la Nézavissimaïa gazéta. Au cours d'une conférence de presse tenue à Moscou, les dirigeants du parti Yabloko ont déclaré qu'ils étaient en pourparlers avec l'Union des forces de droite (SPS) et d'autres formations de même tendance ayant pris part aux législatives, en vue de déployer une activité conjointe extra-parlementaire. Le leader de Yabloko, Grigori Yavlinski, a relevé que l'objectif poursuivi était d'adopter une ligne de conduite pour la présidentielle dont la campagne débutera dans quelques jours. Le concurrent numéro un est connu. Lutter contre le président Poutine sera difficile, mais c'est indispensable, a souligné Grigori Yavlinski.

Pour le moment on ignore encore qui, à part l'Union des forces de droite, pourrait rejoindre le mouvement. Cependant, interrogé sur la question de savoir si la nouvelle coalition était disposée à accueillir dans les rangs Mikhaïl Gorbatchev, dont la présidence à la tête de l'URSS avait été le précurseur du mouvement démocratique, Grigori Yavlinski a répondu; "je respecte Mikhaïl Gorbatchev qui nous a apporté la liberté et si celui-ci souhaite faire partie du mouvement démocratique uni que nous constituons, il n'y a pas de problème. D'une manière générale, nous sommes prêts à accueillir tout le monde".

Gazéta

Depuis mardi Moscou a institué pour les Géorgiens résidant en Adjarie des modalités simplifiées d'entrée en Russie, informe la Gazéta. Désormais les personnes arrivant à l'aéroport de Moscou en provenance de Batoumi peuvent obtenir un visa après de rapides formalités. Pour le ministère russe des Affaires étrangères ces modalités simplifiées ne se distinguent pas foncièrement de celles qui sont en vigueur dans les autres pays. Selon le porte-parole de la place Smolenskaïa, Alexandre Yakovenko, "cette démarche est dans le droit fil de la politique menée par la Fédération de Russie en vue d'alléger le régime de visa avec la République de Géorgie".

La réaction de Tbilissi à la décision de Moscou ne s'est pas fait attendre: "Ces actions unilatéralistes sont une grossière violation de la souveraineté de la Géorgie", est-il indiqué dans un communiqué du ministère géorgien des Affaires étrangères. "L'introduction par la Russie d'un régime de visa simplifié avec l'Adjarie est une humiliation publique de la Géorgie", a déclaré le principal candidat au poste de président de la Géorgie, Mikhaïl Saakachvili. Il a conseillé au chef de la diplomatie géorgienne de rappeler l'ambassadeur à Moscou. "A l'avenir personne ne se permettra d'agir avec la Géorgie comme la Russie l'a fait aujourd'hui. Après le 4 janvier (date de l'élection présidentielle) la Russie pourra constater que la Géorgie n'est plus le territoire de l'époque de Chevardnadze et qu'elle saura se faire respecter", a déclaré Mikhaïl Saakachvili en conclusion.

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