Les adversaires du protocole de Kyoto s'obstinent à retarder la signature de ce document pragmatique et humain, pourtant avantageux pour la Russie. Le leader des sceptiques, Andréï Illarionov, conseiller économique du président russe, a annoncé en public les conditions auxquelles la Russie pourrait revoir sa position, actuellement négative. L'une de ces conditions est la radiation de la Russie de la liste qui figure à l'Annexe n° 1 du Protocole. Monsieur Illarionov soutient que si le protocole de Kyoto est modifié, on peut supposer que les autorités russes y prêteront attention et décideront alors de la nécessité ou de l'inopportunité de ratifier le document.
Mais le protocole de Kyoto ne doit pas être modifié et aucun des pays qui l'ont approuvé n'a le droit de dicter des conditions supplémentaires. On doit ou bien ratifier cet accord international en l'état où y renoncer, et c'est seulement après qu'on pourra formuler les conditions d'un autre accord jugé convenable. Personne ne voudra revenir à la case de départ. C'est absolument clair.
Quel est le sens de l'Annexe n° 1 ? Elle comporte la liste des pays industrialisés qui assument des engagements déterminés et sont regroupés au sein d'un pool servant de base au calcul des quotas déterminant les conditions imposées à chacun des pays. La Russie est, naturellement, portée sur la liste n° 1 parce qu'elle fait partie des pays industrialisés. Comment pourrait-on qualifier autrement un pays qui possède des armes nucléaires et réalise des programmes spatiaux ?! Monsieur Illarionov veut sans doute que la Russie se retire de l'Annexe n° 1 pour rejoindre le tiers-monde.
La division des Etats en puissances industrialisées et en pays en développement est la position officielle de l'ONU qui a été à maintes reprises retenue dans les documents les plus divers, et la Russie n'a jamais élevé d'objection mais a toujours insisté pour être classée dans une catégorie particulière, celle des "pays à économie de transition". Combien de temps l'étape transitoire peut-elle durer? La condition au maximum avantageuse découlant du protocole de Kyoto est justement la reconnaissance de notre "statut particulier".
Le protocole de Kyoto impose à la Russie des obligations minimales, à savoir de ne pas dépasser le niveau des émissions de gaz responsables de l'effet de serre enregistré en 1990. Depuis cette date, à cause de l'éclatement de l'Union Soviétique, la Russie a connu une chute de la production et les rejets de gaz ont diminué de ce fait de plus de 30%. Ce volume est devenu notre "marge de manoeuvre" qui nous permet d'augmenter la production et de vendre une partie de notre quota, à condition de procéder avec savoir-faire. Sur cette toile de fond, les Etats-Unis, par exemple, doivent, conformément au protocole, réduire leurs émissions de 19% au total. Les Américains disent que cela ne répond pas à leurs intérêts et, d'une façon générale, considèrent le protocole de Kyoto comme trop "onéreux" et ne le ratifient pas pour cette raison.
Monsieur Illarionov évoque souvent la position des Etats-Unis en ajoutant : pourquoi ce qui est cher pour les Etats-Unis riches ne l'est-il pas pour la Russie qui est pauvre ? Parce que, du point de vue des conditions du protocole, nous sommes dans des situations qui ne sont pas comparables : nous avons une marge de liberté et ils n'en ont pas et devraient de ce fait s'imposer une réduction substantielle de 19% par rapport à 1990. Si les Etats-Unis avaient eu une réserve de 30% comme nous, ils auraient forcé le monde entier à ratifier le document. D'ailleurs, je doute qu'ils aient renoncé définitivement au protocole de Kyoto. Tout simplement, à l'étape actuelle ils jugent sa ratification désavantageuse. Il n'est pas exclu qu'ils reviennent à ce document après les prochaines élections présidentielles.
Les détracteurs du protocole de Kyoto font souvent appel à l'argument "économique". Les raisons véritables en sont la xénophobie et le désir de faire revenir l'économie du pays dans la voie du développement autarcique, de fermer la porte à l'économie mondiale.