Législatives en Russie: pas de surprises

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par Dmitri Fourman, politologue (Institut de l'Europe de l'Académie des sciences de Russie)

Les résultats des élections à la Douma (chambre basse du parlement russe) n'ont créé ni surprise ni sensation. Les tendances principales - renforcement des positions du parti du pouvoir "Russie unie", affaiblissement des communistes et de l'opposition de droite, poussée des votes "contre tous" - étaient prévisibles (et avaient été pronostiquées) bien avant les élections. Examinons plus en détail les résultats des élections et essayons de distinguer les facteurs structurels et les causes conjoncturelles.

Le renforcement du parti du pouvoir. Ce phénomène est tout à fait logique, il aurait même pu prendre une ampleur bien plus grande. (Le parti "Russie unie" a recueilli 37 % des voix, ce qui ne dépasse pas de beaucoup les résultats enregistrés aux élections de 1999 par les deux partis qui prétendaient au rôle de partis du pouvoir - "Unité" et "Patrie - Toute la Russie".

Le soutien au parti du pouvoir ne pouvait pas ne pas s'amplifier, car l'imposant électorat traditionaliste qui votait jadis pour les communistes, pour l'ancien pouvoir "authentique", contre le pouvoir d'Eltsine "l'imposteur", a vu maintenant ce même pouvoir dans l'autorité présidentielle de Vladimir Poutine. Le vote pour "Russie unie" n'est pas un choix entre plusieurs possibilités, mais une manifestation d'allégeance rituelle, "sans alternative", au président. Le soutien apporté à ce parti, parti des "valets du souverain", s'accroît surtout dans les régions faiblement urbanisées, parmi les couches relativement peu instruites, pauvres et rurales, c'est-à-dire les couches ayant une conscience traditionaliste.

L'érosion de l'électorat communiste est une autre cause du succès de "Russie unie". Les communistes étaient moins un parti en lutte contre le pouvoir qu'un parti de l'ancien pouvoir, de protestation traditionaliste considérant les transformations engagées dans le pays à la charnière des années 80 et 90 comme une "période trouble" qui devait s'achever bientôt. A présent, l'électeur communiste s'est persuadé que le "pouvoir authentique" se renforce. Par conséquent, sa protestation traditionaliste s'estompe.

Bien entendu, l'ampleur de l'échec des communistes est partiellement dû aux efforts déployés par le pouvoir. La propagande anticommuniste a été diffusée chaque jour par les chaînes de télévision contrôlées par l'Etat, alors que les communistes ne pouvaient pas répondre. Ce qui a pu influer substantiellement sur l'électorat communiste. D'ailleurs, son érosion se serait poursuivie sans cela.

Le LDPR et le bloc "Rodina" ("Patrie") sont relativement proches. Les deux partis partagent la profondeur de la vieille tradition et la fermeté du caractère russe. N'étant pas élitaires, ils sont, en même temps, des partis "pro-pouvoir", "tsaristes". C'est le peuple qui demande au tsar de lui livrer ou d'exécuter les traîtres boyards. Pour le pouvoir présidentiel russe, ils jouent un rôle important, en canalisant la protestation sociale non seulement dans le courant inoffensif pour le pouvoir suprême, mais aussi là où elle peut servir au renforcement de ce pouvoir. C'est un "épouvantail pour l'élite", contre ses tentatives de limiter le pouvoir.

L'apparition et le succès du bloc "Rodina" sont dus à la volonté du président Vladimir Poutine d'empêcher l'émergence d'une opposition formée par les grands propriétaires, de trouver une alternative plus "présentable" et moins "tapageuse" au LDPR de Vladimir Jirinovski et d'enlever des voix aux communistes. Il ne fait pas de doute que le plan de création de ce parti a été élaboré au Kremlin, ou, en tout cas, approuvé par le Kremlin. Il a été mis en oeuvre avec succès.

L'échec des partis de droite - le SPS et "Iabloko" - est directement lié à l'augmentation du nombre des votes "contre tous". Si la protestation "populaire" contre le pouvoir faiblit au fur et à mesure que ce dernier acquiert les traits du pouvoir autoritaire sans alternative, traditionnel pour la Russie, la protestation des couches plus "modernes", instruites et aisées, concentrées dans les grandes villes, avant tout dans les capitales, s'accroît également. Ceux qui ont voté contre tous et dont le nombre a dépassé les suffrages accordés à chacun des deux partis de droite, le SPS et "Iabloko", représentent, en fait, l'électorat de droite qui a choisi une autre forme de protestation, plus radicale.

En fait, tous les processus qui se sont traduits dans les résultats des élections à la Douma constituent un seul grand processus: le pouvoir révolutionnaire des "démocrates" de 1991 acquiert les traits du pouvoir autoritaire traditionnel russe, ce qui y attire les couches populaires traditionalistes, mais éloigne les couches les plus progressistes, celles des grands centres urbains et de "l'entourage" du pouvoir.

RIA-Novosti

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