Qui a perpétré l'attentat du train d'Essentouki le 5 décembre faisant plus de 40 morts et plus de 120 blessés dans le territoire de Stavropol, à proximité de la Tchétchénie? Plusieurs hypothèses ont été émises à ce sujet. L'hypothèse numéro un retenue par les enquêteurs est celle d'un attentat commis par des séparatistes tchétchènes sur ordre du tristement célèbre terroriste Chamil Bassaïev.
Quelques jours avant l'attentat Bassaïev avait tenu des propos belliqueux et proféré des menaces sur Internet. Il avait lancé, en des termes offensants et avilissants, une mise en garde générale, y compris aux Tchétchènes résidant à Moscou pour forcer ceux-ci à quitter la capitale. Selon une autre version à ne pas écarter totalement, la date du 5 décembre a été choisie parce qu'elle précédait de deux jours celle des élections de députés à la Douma et de plusieurs chefs de région. Les commanditaires de l'attentat pouvaient avoir comme objectif d'intimider la population du sud du pays, d'y torpiller le scrutin, de montrer que la situation en Russie, plus particulièrement dans ses régions méridionales, était instable. Enfin, la troisième hypothèse est celle d'un règlement de comptes entre adversaires politiques, comme il s'en produit de plus en plus fréquemment en Russie. Etant donné la proximité des législatives, cette version doit nécessairement être prise en compte. Quoi qu'il en soit, l'attentat de décembre rappelle fort celui commis le 3 septembre dernier dans un train circulant dans le territoire de Stavropol. Quatre personnes avaient alors trouvé la mort et plus de cinquante autres avaient été blessées.
Il est difficile d'en dire davantage, laissons les enquêteurs faire leur travail. Toutefois, certaines conclusions peuvent être tirées sans attendre les résultats de l'instruction.
On a l'impression que l'on cherche à accoutumer la Russie aux attentats comme Israël à une certaine époque. Seulement si dans le petit Etat hébreu chaque habitant est depuis longtemps habitué à prêter attention à tout ce qui est suspect et à réagir immédiatement, dans l'immense Russie les gens sont plutôt fatalistes. Ce comportement est répréhensible. Non seulement les services secrets, mais encore la population tout entière doit être vigilante de manière à pouvoir prévenir les tragédies. Il ne s'agit pas d'inciter à la délation mais de rester sur ses gardes. Ici la Russie va devoir beaucoup apprendre. Une autre conclusion: le terrorisme reste un défi très dangereux de notre époque. C'est indéniable, il faut se débarrasser des terroristes. Mais il n'est pas moins important de liquider la base sociale nourricière du "matériel humain" nécessaire pour perpétrer les attentats. Cette base, c'est le taux de chômage élevé parmi la jeunesse, surtout dans les régions méridionales, les règlements de comptes sanglants accompagnant le partage des biens qui se poursuit ici et là en Russie. Un exemple manifeste nous est offert par le Daghestan (république caspienne du Caucase du Nord) où depuis plusieurs années ce partage se fait à coups de bombes et de rafales d'armes automatiques.
Est-il possible de liquider entièrement le danger d'attentat? Il serait absurde de poser la question ainsi. Pour cela il faudrait éradiquer entièrement la corruption et la criminalité, ce qui s'avère impossible même pour ce pays puissant que sont les Etats-Unis.
Cependant, si les organes de maintien de l'ordre ne sont pas en mesure d'éliminer la mafia, ils peuvent néanmoins la soumettre à un contrôle rigoureux. Ceux qui mettent sur pied les attentats - nous ne parlerons pas ici des exécutants - visent en premier lieu l'enrichissement personnel. Il ne faut pas le leur permettre. Ici la Russie a énormément besoin de l'expérience des Etats-Unis, du Japon et de la Chine qui ont appris à neutraliser les filières de financement des gangs.
Enfin, voici une question qui nous préoccupe depuis longtemps: peut-on établir un parallèle entre ceux qui commettent des attentats en Russie et les membres de l'opposition tchétchène qui n'ont pas encore déposé les armes, qui résistent aux forces fédérales? Nous pensons que cette comparaison comporte une certaine part de vérité mais que le rapprochement n'est pas absolu. Beaucoup de gens dans l'opposition ont pris les armes parce qu'ils n'ont pas trouvé leur place dans l'existence ou veulent venger des parents ou des proches tués pendant les affrontements armés ou les "nettoyages". Ce ne sont pas des terroristes ne serait-ce que parce que nombre d'entre eux tentent de revenir à la vie pacifique. Aussi cette voie ne doit pas leur être barrée. Parmi les terroristes il y a de toute évidence des zombies qui n'ont pas conscience de ce qu'ils font. Il se trouve des gens pour leur dire: "Voici tes ennemis, voici ceux qui sont responsables de tes malheurs, tue-les!" Malheureusement certains d'entre eux se laissent influencer. Seulement, répétons-le, ils ne sont que des exécutants. Les terroristes "purs et durs", plus exactement les organisateurs des attentats, se livrent à leur sale besogne uniquement à des fins lucratives. Il est notoire que des terroristes internationaux de première grandeur sont venus au Caucase uniquement pour se faire de l'argent et disparaître ensuite. Il faut tout mettre en oeuvre pour qu'ils n'en aient plus la possibilité. -0 - FT/TJ