Le nouveau cinéma russe vit de la publicité

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par Olga Sobolevskaïa, RIA-Novosti

Les cinéphiles devraient savoir gré à la publicité. Le nouveau cinéma russe s'alimente de sa sève vivifiante qui le revigore à vue d'oeil. Fin novembre, le créateur de clips Egor Kontchalovski, 37 ans, a présenté au public la suite de son film culte "Antikiller", "Antikiller-2". Déjà, les critiques le cinéma lui prédisent un succès fou, sans précédent en Russie, bien sûr financier et en termes d'action sur les cerveaux.

Inspiré par un roman du même nom de Daniil Koretski, "Antikiller" était le film russe de l'année 2002. En quatre semaines de distribution dans la CEI, il avait rapporté 875 000 dollars. "Antikiller-2" a été acheté avant même d'être tourné, cas unique dans le cinéma russe. D'ordinaire, les distributeurs ne sont pas pressés de passer des contrats avec les cinéastes russes, sachant que les délais d'achèvement des films sont imprévisibles en raison des difficultés financières. D'autre part, le retour sur investissement n'est pas garanti. Les films russes ne rapportent que 6% des recettes totales de la distribution et il n'est pas étonnant que leur part dans le temps de projection ne constitue que 16%. Mais le succès d'"Antikiller" a poussé les distributeurs à observer de plus près le nouveau cinéma russe et à en évaluer plus juste le potentiel.

Ce sont des quadragénaires qui règnent aujourd'hui sur le cinéma national. Les réalisateurs à succès en font partie : Alexeï Balabanov, dont "Le Frère" et "Le Frère-2" sont qualifiés de "nouvelle poésie épique russe", Valeri Todorovski, auteur de "Ami amant", le meilleur drame psychologique de ces dernières années, Filipp Yankovski, ex-annonceur et réalisateur de "En mouvement", une narration dynamique sur la vie moderne et enfin le triomphateur de l'année 2003, Andreï Zviaguintsev, dont "Le Retour" a été récompensé par un Lion d'or au Festival de Venise. Egor Kontchalovski, fils du mondialement célèbre Andreï Kontchalovski, appartient lui aussi à cette génération. Egor a tourné son premier film, "Reclus", drame policier psychologique, en 1999.

Les quadragénaires ont sur l'art cinématographique des vues larges et hardies. Ils s'appuient sur l'expérience européenne et américaine dans une mesure non moindre que sur l'expérience russe, et les années de travail permettent déjà de calculer l'algorithme de l'apparition des films qui susciteront de l'intérêt auprès des publics les plus différents. Ils puisent souvent les images et les techniques de tournage dans l'industrie de la publicité.

C'est en tournant des spots publicitaires, dit Egor, que j'ai fait mes universités. Il estime que sa génération cinématographique "envoûte moins par les profondeurs psychologiques que par la qualité physique des films". En effet : le sujet d'"Antikiller" et d'"Antikiller-2" - le policier Filipp Korenev (surmommé "Antikiller") livre bataille d'abord à la petite délinquance puis ni plus ni moins au terrorisme international, un sujet qui tient, qui se déploie à un rythme vertigineux. Les personnages, à commencer par Korenev - à la un Don Quichotte et un samouraï, un romantique en lutte contre le mal universel - et pour finir par les petits délinquants - sont tous des personnages éclatants, en partie parodiant les héros de Martin Scorsese et Quentin Tarantino. Des étoiles de toute première grandeur ont tourné dans les deux "Antikiller". Caméra, montage, son, effets spéciaux, dialogues tissés d'aphorismes - tout est de qualité, et de grande qualité. Comme dans tout "action", le film abonde en bagarres, voitures écrasées en flammes, tirs interminables et souffrances humaines, ce à quoi le public s'est habitué, et pas seulement en cinéma, tout, tel un tourbillon, entraîne le spectateur vers des profondeurs abyssales dès les premières séquences.

Ce qui saute portant aux yeux, c'est l'hommage que rend pleinement le réalisateur à son "bercail" professionnel, la publicité. Les acteurs qu'on voit s'agiter dans le film, le public s'en souvient car ils ont animé pas mal de pubs à la télé. Quant au sujet, c'est le plein triomphe de ce qu'on appelle "product placement", la publicité indirecte soigneusement "implantée" dans le tissu du film. Aux personnages, par exemple, il est "prescrit" d'utiliser des marques définies de portables et de voitures. Cette publicité insidieuse est jugée comme l'une des plus efficaces sur le plan de son action sur le public.

Tout porte à croire que les dialogues d'"Antikiller-2" "partiront" en d'innombrables citations. Début 2004, il verra le jour en cassettes et en DVD et la Première chaîne de télévision en présentera la version en quatre épisodes. Sur Internet, les forums consacrés au film sont des plus animés. Le tenant du rôle de Filipp Korenev, Gocha Koutsenko, 36 ans, qui a participé à tout film un tant soit peu remarqué de ces dernières années et à la publicité - aujourd'hui, il anime sur la Première chaîne le show "Trukatchi" (Tours de force) - est las des déclarations d'amour. Dans la presse, on l'appelle tantôt "mystique", tantôt "Gocha le splendide", tantôt "le dernier héros". Ses violons d'Ingres - l'escrime, le snowbording, le karting, la natation - et ses talents - la danse, le chant, la guitare et le piano - sont connus de tous tout comme son désir de jouer le rôle du guide du prolétariat mondial Vladimir Lénine.

Seule ombre au tableau : Egor Kontchalovski a abordé le thème du terrorisme comme chemin faisant, comme s'il rendait hommage à la mode. L'un après l'autre, la télévision nous présente des feuilletons sur "la lutte contre cette peste du 21e siècle". Le réalisateur Karen Chakhnazarov, chef des plus grands studios de Russie, Mosfilm, tourne un film à épisodes d'après un livre du terroriste russe du début du 20e siècle, Boris Savinkov. Egor Kontchalovski avait bien la possibilité de renforcer le sujet avec des idées plus ou moins nettes. Mais il ne s'est pas risqué à des généralisations philosophiques. Le problème du terrorisme est resté en marge du sujet, servant uniquement de prétexte à de nouvelles aventures d'Antikiller.

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