Les musulmans ont besoin de l'aide de l'Etat

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par Chafig Pchikhatchev, président du Centre de coordination des musulmans du Caucase du Nord, ancien mufti de la Direction spirituelle des musulmans de la République de Kabardino-Balkarie (1992-2002)

La Loi fédérale "De la liberté de conscience et des associations religieuses" stipule que la Russie est un Etat laïc, que les associations religieuses sont séparées de l'Etat. Cependant, l'Etat doit participer à la vie religieuse, sinon il se détournera d'un grand nombre de ses citoyens.

Pratiquement tous les croyants de Russie - qui professent le christianisme, l'islam, le judaïsme et le bouddhisme - sont des peuples autochtones. La culture de la population du pays repose sur le droit aussi bien religieux que laïc. L'Etat doit tenir compte de ce fait.

Les croyants sont respectueux des lois. Ils respectent les lois de leur religion et ont la même attitude envers les lois de l'Etat. Nous voudrions qu'ils contribuent au développement de la vie religieuse en Russie et tiennent compte de la situation locale.

Conformément à la législation, l'Etat peut apporter une aide matérielle et financière aux établissements religieux "pour assurer la restauration, l'entretien et la protection des bâtiments et des ouvrages considérés comme des monuments historiques et culturels, ainsi que pour assurer l'étude des disciplines générales dans les établissements d'enseignement fondés par les organisations religieuses". Mais cela ne suffit certainement pas.

Par exemple, le travail des imams des Républiques du Caucase du Nord doit être rémunéré. Toutes les communautés ne peuvent pas se permettre de rémunérer le travail de l'imam. En Ingouchie, ce problème a été réglé par l'ancien président Rouslan Aouchev: des bourses mensuelles permanentes y ont été introduites pour les imams. On a expliqué cette mesure à la population en disant qu'il s'agit d'un salaire, bien que le budget républicain ne prévoie pas de rémunérer le travail des imams. Il en est de même en Kabardino-Balkarie. L'imam est responsable pour sa communauté, la stabilité locale dépend de son travail, par conséquent l'Etat ne peut pas ne pas l'aider en cela.

L'enseignement religieux est une autre sphère qui ne peut pas se passer de l'aide de l'Etat. En mai 2002, le président russe Vladimir Poutine a chargé le gouvernement d'élaborer un ensemble de mesures visant à apporter une aide organisationnelle, matérielle et méthodique au développement de l'enseignement religieux, avant tout musulman. Le travail continue dans ce sens. Début novembre, les leaders musulmans ont examiné cette question à l'Administration présidentielle.

Que peut-on dire de l'enseignement religieux dans le Caucase du Nord? Cette région a été la première à être touchée par l'idéologie extrémiste propagée par certaines organisations religieuses étrangères.

Pour que les tendances extrémistes ne s'enracinent pas en Russie, mes collègues et moi, nous avons maintes fois proposé de créer, au niveau de l'Etat, un conseil d'experts chargé de contrôler l'arrivée des écrits religieux. D'abord, un tel conseil pourrait être créé dans le Caucase du Nord. Il pourrait être constitué de scientifiques, de spécialistes de l'islam, de personnalités religieuses et de représentants des structures de l'Etat.

En outre, il est nécessaire d'instruire la population, à commencer par l'école. La situation la plus favorable se crée dans cette sphère en Ingouchie (République du Caucase du Nord). Depuis quelques années, les fondements de l'islam et les rudiments de la culture islamique y sont enseignés, sur une base facultative. Les enfants ne manifestent pas d'intérêt pour d'autres idéologies, ce qui explique la stabilité dans cette République.

Malheureusement, sauf l'Ingouchie, l'islam n'est enseigné nulle part ailleurs à l'école, mais nous espérons que la situation changera en mieux dans un proche avenir. Le ministère de l'Education de la Fédération de Russie a donné en juillet pour consigne aux établissements d'enseignement d'Etat et municipaux d'accorder aux organisations religieuses la possibilité d'éduquer les enfants dans un esprit religieux en dehors des programmes d'enseignement. La Direction spirituelle des musulmans de Kabardino-Balkarie a déjà entériné un programme unique d'enseignement des fondements de l'islam à l'école, le processus de sélection des enseignants est entré dans sa phase finale, par conséquent, nous espérons commencer ce travail à partir de janvier 2004. Il se peut que les autres République suivent notre exemple, ce qui dépend, pour beaucoup, de la compréhension entre les leaders spirituels et l'administration locale.

L'élite politique change peu à peu d'attitude envers l'islam et les musulmans. Des postes administratifs sont assumés au niveau local par des personnes compétentes qui connaissent les fondements de notre religion. Il en résulte l'apparition entre nous et les autorités fédérales de médiateurs compétents qui évaluent objectivement la situation.

En ce qui concerne la population, la situation n'est pas simple. Aussi paradoxal que cela paraisse, certaines familles caucasiennes qui ont professé l'islam de père en fils tâchent de s'en écarter aujourd'hui. Les événements en Tchétchénie se sont répercutés sur les habitants du Caucase. De nombreux parents craignent aujourd'hui que leurs enfants ne tombent sous l'influence des extrémistes en allant à la mosquée. Si les musulmans le craignent, que dire des autres couches de la population?

L'enseignement religieux et l'éducation religieuse sont la seule issue à cet état de choses. En ce qui concerne l'éducation religieuse, la situation est moins complexe: par exemple, des rubriques sur l'islam existent dans tous les médias de la République de Kabardino-Balkarie. Une revue intéressante sur l'islam paraît au Daghestan. Le journal "Assalam" est diffusé dans tout le Caucase du Nord, on édite des livres sur l'islam. Bref, le progrès est évident, mais il est certainement impossible de se passer de l'aide de l'Etat, notamment de l'aide financière à l'organisation du système d'enseignement religieux. Ce sera une contribution importante à la lutte contre l'extrémisme.

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