Pourquoi l'opération Long saut a échoué

S'abonner
Par Viatchaslav Lachkoul, commentateur de RIA Novosti

La présentation du nouveau livre de Youri Kouznets, "Téhéran 43 ", a eu lieu dans les locaux du service de presse du Service russe de renseignement extérieur. Les anciens agents secrets Gevork et Goar Vartanian ainsi que le général Vadim Kirpitchenko, consultant du SRE, y ont pris part. Ils ont exprimé leur opinion sur des événements remontant à un demi siècle ainsi que sur l'étude approfondie effectuée par Youri Kouznets, après quoi ils ont répondu à la question de savoir ce qui avait fait échouer la tentative d'attentat perpétrée contre les dirigeants de l'Union soviétique, des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne réunis à la Conférence de Téhéran de novembre-décembre 1943.

Vadim Kirpitchenko:

- Je réponds à ceux qui continuent de demander si une opération avait vraiment été montée voici cinquante ans dans la capitale iranienne en vue d'éliminer les Trois Grands. La première information secrète sur l'éventualité d'un attentat avait été communiquée par l'agent secret soviétique Nikolaï Kouznetsov après un entretien confidentiel avec le SS-Sturmbannführer Ulrich von Ortel. Ce contre-espion allemand haut placé avait commis une bourde en laissant entendre que l'élimination des Trois Grands était en préparation. C'est qu'Ortel avait été nommé à la tête d'une école de sabotage à Copenhague avec pour mission de préparer les exécutants de l'action. Par la suite, l'Union soviétique et la Grande-Bretagne avaient reçu d'autres confirmations qu'un attentat aux vies de Staline, de Churchill et de Roosevelt était en préparation.

Je tiens à relever que Moscou attachait une grande attention au renseignement en Iran parce que pendant la Seconde Guerre mondiale ce pays jouait un rôle déterminant au Proche- et au Moyen-Orient. Son territoire était utilisé pour mener une activité d'espionnage et de sape contre l'Union soviétique et désorganiser d'importantes régions de l'arrière soviétique. Dans un télégramme chiffré adressé à Moscou le chef du réseau soviétique à Téhéran écrivait ceci: "Depuis l'Iran les Allemands dirigent les réseaux implantés en URSS, depuis l'Iran les Allemands passent en URSS et en reviennent comme les criquets". Au demeurant, dès le 4 septembre 1939 le gouvernement iranien avait proclamé sa neutralité, cependant cela ne l'empêchait pas d'appliquer une politique pro-allemande. C'est la raison pour laquelle c'est à Téhéran que se trouvait le principal réseau soviétique de renseignement opérant en Iran et qui avait à sa tête l'agent secret Ivan Agayants. Sa tâche prioritaire avait été de mettre en place un réseau afin de démasquer les agents secrets étrangers, les organisations hostiles à l'URSS, et aussi de prévenir les actes de sabotage et le travail visant à saper l'activité économico-militaire de l'URSS en Iran.

La bonne connaissance de la situation dans leur pays de résidence avait permis aux agents secrets soviétiques et britanniques de déjouer les projets des hitlériens, notamment la préparation de l'attentat contre les dirigeants des trois grandes puissances.

La veille de la Conférence de Téhéran le renseignement avait obtenu des informations dignes de foi sur le parachutage près de la ville de Koum d'un commando allemand d'avant-garde composé de six hommes. Ensuite ce groupe s'était mis en route pour entrer en contact avec les responsables de l'opération. Il ressort de la lecture du journal que le radio SS-Untersharführer Rokstrok avait sur lui lors de son arrestation et qui est conservé dans les archives du SRE russe que ce commando avait probablement mis plus de deux semaines pour gagner Téhéran: ces hommes disposaient d'un équipement et d'un armement volumineux. A proximité de la capitale iranienne ils avaient été accueillis par un camion sur lequel le tout avait été chargé. Les membres du commando avaient revêtu des vêtements nationaux, s'étaient teint les cheveux et installés dans un appartement secret. Toute l'équipe avait été "cueillie" après que leur poste de radio eut été localisé par gonio . Les services secrets allemands ayant appris l'échec du groupe d'avant-garde, Berlin renonça à envoyer à Téhéran les principaux exécutants de l'opération Long saut. A propos, dans une interview accordée en 1966, l'ancien as du renseignement allemand Otto Skorzeny confirma qu'Hitler lui avait donné l'ordre de préparer un attentat contre les Trois Grands à Téhéran.

Le groupe de jeunes agents secrets soviétiques joua un grand rôle dans la collecte des renseignements. Gevork Vartanian, Héros de l'Union soviétique, en faisait partie.

Gevork Vartanian:

C'est notre groupe qui a découvert les six radios. Nous nous déplacions à bicyclette dans Téhéran si bien qu'on nous avait baptisé "cavalerie légère". Petit à petit ce groupe s'était étoffé pour devenir ce que nous appellerions aujourd'hui un "détachement de réaction rapide". Nous avons travaillé une bonne dizaine d'années contre les services secrets allemands opérant en Iran et contre les organisations pro-nazies locale. Pourquoi avons-nous échappé à l'attention des Allemands? En tant qu'ancien agent secret, je puis dire avec certitude qu'ils ne pouvaient pas nous démasquer de l'"extérieur". Il semble toutefois qu'ils ne prenaient pas au sérieux les "juniors imberbes" que nous étions. Or, le renseignement s'est quelque chose de très subtil et de très sérieux. Cette négligence a coûté aux Allemands la perte de quatre cents de leurs agents.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала