Au mois d'octobre, alors que la presse faisait état de désaccords quasi insurmontables entre la Russie et l'Union européenne au sujet des tarifs du gaz naturel, de nombreux observateurs avait conclu que la Russie allait devoir oublier l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pendant trois ou quatre ans. Cependant, après le sommet Russie-Union européenne tenue en septembre à Rome, où les deux parties ont fait part de leur intention d'achever les négociations en 2004, la situation ne semble plus aussi désespérée. Le calendrier des prochains contacts sur le thème de l'OMC communiqué par Maxime Medvedkov, principal négociateurs russe et vice-ministre du Développement économique et du Commerce, montre que le travail va bon train et que les "émotions d'octobre" sont dissipées.
Fin novembre, la délégation russe se rendra à Washington où elle mènera des pourparlers avec les partenaires américains. Début décembre, des émissaires de l'UE arriveront à Moscou pour débattre des conditions d'adhésion à l'OMC. Les choses seront facilitées du fait que le 18 novembre la Douma (chambre basse du parlement russe) a achevé l'adaptation de la législation russe aux normes de l'OMC en adoptant la loi "Des mesures anti-dumping, protectionnistes et compensatoires".
Simultanément la Russie négocie avec 68 pays membres de l'OMC, ce qui constitue le record mondial. A l'époque la Chine s'était entendue avec 37 Etats. Cependant, face aux journalistes Maxime Medvedkov déborde d'optimisme et dissipe leurs soupçons quant à un changement d'attitude de la Russie à l'égard de l'adhésion à l'OMC.
En Occident on s'interroge beaucoup sur l'impact que les législatives du 7 décembre pourraient avoir sur le processus d'adhésion de la Russie à l'OMC. "Elles n'auront aucune influence, répond Maxime Medvedkov. Ces choses ne sont pas liées". "La position de la Russie a été énoncée par le gouvernement en 1994 et elle reste inchangée, ajoute-t-il. L'adhésion à l'OMC reste un objectif majeur de la politique économique russe".
Le vice-ministre affirme que les pourparlers sur les articles sont presque achevés avec de nombreux pays. Seulement lorsque Maxime Medvedkov se met à énumérer les thèmes à problèmes - avions, automobiles, produits agricoles - on se demande quels sont les articles sur lesquels les parties se sont entendues. Par exemple, tout ce qui comporte des ailes, poulets et avions, met la puce à l'oreille aux Etats-Unis. Pour la viande de poulet, des progrès ont été enregistrés, mais en ce qui concerne Boeing, les Américains souhaiteraient que la taxe à l'importation soit fixée à 5 pour cent tandis que la Russie voudrait qu'elle soit de 15 pour cent.
Maxime Medvedkov donne des explications: le problème est surmontable, les parties disposent de ressources suffisantes pour parvenir à un compromis. Voilà ce qui est essentiel. La Russie est disposée, pendant une période transitoire de 5-7 ans, à ramener ses tarifs protectionnistes de 11 pour cent actuellement à 7,5-8 pour cent. Ce qui laisse supposer que le niveau sur lequel une entente interviendra sera inlassablement négocié durant l'année 2004.
Pour ce qui est des services, les pourparlers sont encore plus serrés. Nos partenaires européens et américains exigent une libéralisation brutale du marché des services bancaires, assurantiels et de télécommunications. On peut les comprendre. Par exemple, la compagnie Rostelekom, qui détient le monopole des communications lointaines, affiche une croissance de 40 pour cent l'an. Aussi les étrangers voudraient bien participer au partage des revenus procurés par ce marché des plus prometteurs. La Russie est prête à une libéralisation partielle dans ce secteur également, mais après une période de transition de 5-7 ans. Maxime Medvedkov et ses collègues pensent que les assureurs et les banquiers russes pourraient avoir sur le marché national une part protégée du moment qu'ils ont créé ce secteur à partir de rien et qu'ils serait injuste de laisser entrer dans la maison les concurrents occidentaux plus forts sans laisser aux compagnies russes le temps de se muscler. Ce qui demandera du temps. Un détail: la capitalisation cumulée des banques russes est égale au capital d'une grande banque européenne.
On sait que les contradictions entre les pays industrialisés et les pays émergeants sont à l'origine de l'échec des négociations agricoles menées en septembre dernier à Cancun dans le cadre de l'OMC. Ces contradictions se font également sentir dans le cas de la Russie. L'agriculture est un secteur sensible. Les partenaires, partisans de la libéralisation du commerce, exigent de la Russie qu'elle abandonne les subventions publiques. "Tant que des pays maintiendront leurs subventions détruisant notre marché, nous ne pourront pas supprimer l'aide de l'Etat à l'agriculture et nous ne le ferons en aucun cas; dit Maxime Medvedkov. Nous sommes prêts à libéraliser, mais aux mêmes cadences observées dans les autres pays".
Le secteur énergétique reste un problème de taille. Ici notre principal interlocuteur est l'Union européenne. Le relèvement des prix intérieurs du gaz jusqu'au niveau européen qu'elle réclame est inacceptable pour la Russie et Moscou n'a pas l'intention de modifier sa position. La différence entre les prix intérieurs et les prix à l'exportation est un boulet accroché au commerce mondial, relève Maxime Medvedkov.
Le point de vue de la Russie a été clairement énoncé à Rome par Vladimir Poutine. La Russie est disposée à assumer tous les engagements standards pris par les membres de l'OMC à condition qu'elle puisse jouir de tous les droits dont ses membres sont investis. Une bonne partie des exigences émises par l'UE sur le gaz sort du cadre de cette formule. "Nous menons des discussions pour savoir quelles sont les règles du commerce du gaz dans les autres pays de l'OMC et comment les exigences de l'organisation y sont appliquées. Pour nous il ne fait aucun doute qu'une solution sera trouvée tôt ou tard", dit Maxime Medvedkov.
Si le vice-ministre souligne que la Russie reconnaît que ses partenaires ont des intérêts économiques qui doivent absolument être respectés, il y a une limite que Moscou ne franchira pas. "En dernière analyse, l'adhésion à l'OMC est pour nous un instrument d'essor économique et non pas d'ouverture unilatérale de nos marchés, qui porterait préjudice au développement de notre pays", a dit le négociateur gouvernemental pour mettre les points sur les i.
MOSCOU, 20 novembre