Les remakes des films soviétiques les plus célèbres sont à la mode chez les cinéastes russes. Par exemple, Fedor Bondartchouk, le fils de Serguei Bondartchouk, classique de la cinématographie soviétique ("Guerre et paix", "Waterloo", etc.), a l'intention de reproduire, ni plus ni moins, le chef d'oeuvre de son père "Le Destin d'un homme" tourné en 1959.
Le projet est fantastique: considéré comme un chef d'oeuvre du cinéma mondial, ce film a été tourné d'après le récit de Mikhaïl Cholokhov, Prix Nobel de littérature 1965. Evoquant la tragédie des simples gens qui ont connu la guerre contre le nazisme, ce film a conquis le monde entier au début des années 60. Selon l'idée de Fedor Bondartchouk, l'action se déroulera en Tchétchénie et il interprétera lui-même le rôle du héros principal, comme l'avait fait son père.
D'autres réalisateurs n'osent pas toucher aux oeuvres de Mikhaïl Cholokhov, mais ils n'hésitent pas à reproduire les films classiques, connus de chaque Russe né avant la perestroïka. Ainsi, le film "Zvezda" (L'Etoile), remake du film de 1961 du même titre qui relate le raid d'un groupe de partisans soviétiques dans les régions occupées par les hitlériens. Le film précédent n'a jamais figuré parmi les grandes réalisations cinématographiques: même à cette époque-là, il était trop propagandiste. La nouvelle version mise en scène par un jeune réalisateur qui a invité de jeunes acteurs et a employé de nouvelles technologies a surpassé l'original, ce qui arrive rarement.
D'autres remakes sont en voie de réalisation: le public a déjà entendu parler des prises de vues d'une nouvelle version du film "L'Homme-grenouille" et attend avec impatience son apparition sur le petit écran. L'histoire fantastique de l'homme-grenouille avait été accueillie avec un vif intérêt en Union Soviétique dans les années 60. Tous les détails du film avaient contribué à son succès: le lieu exotique où se passe l'histoire (Amérique latine), la beauté des héros, l'amour tragique, la musique aux rythmes endiablés, les costumes magnifiques. Les spectateurs soviétiques, qui n'avaient pas la possibilité de voyager de par le monde, avaient été captivés par ce film. La chaîne de télévision "Rossia" se propose de diffuser le remake en quatre épisodes du film préféré des adolescents soviétiques.
Certes, les nouveaux auteurs du film "L'Homme-grenouille" n'éprouvent pas d'émotions en le créant, car ce film et le roman d'après lequel il a été tourné ne sauraient être qualifiés aujourd'hui de chefs-d'oeuvre. Par conséquent, les auteurs du remake ne risquent pas de rencontrer un échec. Ce qui étonne, c'est la hardiesse avec laquelle la jeune génération de cinéastes reproduit les chefs-d'oeuvre de la cinématographie soviétique.
On peut citer, parmi ces films, "Viens, Moukhtar!": l'histoire pleine de dramatisme et de notes tragiques d'un chien de berger, de sa vie et de ses relations avec un policier interprété par Youri Nikouline, clown et acteur, qui a créé une image très impressionnante. Evidemment, les auteurs de ce remake se sont inspirés du feuilleton autrichien "Commissaire Rex" diffusé par la télévision russe. En quoi nos chiens de berger le cèdent-ils à Rex? - ont-ils probablement pensé. Mais qui pourrait surpasser ou même imiter Youri Nikouline dans ce remake?
Pourquoi les remakes sont-ils à la mode en Russie? A la fin des années 80 et au début des années 90, le public russe rêvait de s'initier au cinéma mondial et de rejoindre les admirateurs des films hollywoodiens avec leurs effets spéciaux et leurs vedettes. A peu près à la fin des années 90, les Russes en ont vu assez et ont commencé à éprouver de la nostalgie pour les films russes: ce n'est pas par hasard que cette période a été marquée par l'essor des feuilletons russes. La nostalgie du passé soviétique est également devenue évidente: la vente de vieux films s'est amplifiée, ils passent de plus en plus souvent à la télévision, les tirages des cassettes vidéo de ces films ne cessent de se multiplier.
Des changements sont également survenus alors dans le cinéma russe: si, dans les années 90, les réalisateurs imitaient scrupuleusement les modèles occidentaux, à la fin du siècle, ils ont commencé, et avant tout les jeunes talents, à acquérir leur style particulier. A preuve, le film d'Andrei Zviaguintsev "Le Retour" qui a mérité en 2003 le Grand Prix du Festival du Film à Venise.
A présent, en Russie le public est prêt à regarder les films russes et les cinéastes sont disposés à tourner des films et à fournir des chefs-d'oeuvre nationaux au public. Apparemment, ils ont trouvé un moyen d'y parvenir: prendre une oeuvre qui a déjà connu un succès et la rénover, en présentant au public de nouveaux acteurs et, si possible (mais pas obligatoirement), une nouvelle vision. Pour l'instant, il est prématuré de parler des résultats de ce processus. La production de remakes est une voie risquée. On sait que le remake surpasse très rarement l'original.
L'essentiel est que la mode des remakes de films soviétiques traduit les processus plus sérieux qui se produisent en Russie. En revenant à l'art soviétique, la cinématographie russe est à la recherche de son identité, tout comme la conscience nationale.